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NORMANDY CHANNEL RACE

Phil Sharp, le patient britannique

Il est l’une des figures sympathiques du circuit Class40 depuis maintenant une dizaine d’années. A 36 ans, alors qu’il vient de signer un partenariat de trois ans avec son sponsor, l’Anglais Phil Sharp (Imerys) s’élance ce week-end sur la Normandy Channel Race. Portrait d’un marin rêvant toujours de Vendée Globe.
  • Publié le : 12/05/2017 - 16:41

Phil SharpDepuis la fin de ses études d’ingénieur, Phil Sharp rêve de victoire sur le Vendée Globe.Photo @ Amory Ross
Il se déclare avant tout pur Normand ! Et lorsque l’on naît sur une île, la mer attire les premiers regards, forcément. Phil Sharp a 
ainsi vu le jour à Jersey, il y a tout juste 36 ans. Les sensations iodées y sont avalées avec bonheur sur le bateau familial, au fil du vent. Mais les premiers émois en compétition sont découverts sur un lac alors qu’il est étudiant à l’Imperial College de Londres où il passe son master en ingénierie mécanique. «C’était très sportif car il fallait virer de bord toutes les trois minutes vu la taille du bassin. En plus, il ne fallait pas dessaler car l’eau n’était pas très saine. La mer me manquait donc. C’est là que j’ai décidé de me lancer dans la course au large. A l’époque, j’étais inspiré par le Vendée Globe avec les aventures de Pete Goss. J’ai donc monté un projet Mini 6.50 pour traverser l’Atlantique sur un prototype. Après des mois pour mes qualifications, j’ai pu courir la Mini-Transat 2005 sur un plan Magnen où je termine quatrième» explique Phil Sharp pour qui le grand large en solitude était une vraie découverte envoûtante. Convaincu qu’il est fait pour cela, avec en tête ce fameux tour du monde, il se lance l’année suivante en Class40. Louant un des premiers Pogo 40.


Et le résultat est magistral puisqu’il remporte la Route du Rhum 2006 : «Cela a changé ma vie. C’était décidé, je voulais être skipper professionnel et devenir le premier Britannique à remporter le Vendée Globe. Gagner le Rhum en Class40, c’est bien pour ton CV, mais cela ne veut rien dire en Angleterre quand tu cherches un sponsor. La voile n’a pas le même rayonnement médiatique chez nous. Il y a bien sûr Ben Ainslie (cinq médailles aux jeux Olympiques et skipper du défi anglais dans la prochaine Coupe de l'America, ndlr) mais il fait des ronds dans l’eau. Seule Ellen MacArthur en 2000 a été capable de faire vivre des histoires incroyables et surtout de les partager avec le grand public. Avec la belle deuxième place cette année d’Alex Thomson, cela va peut-être changer les choses.»

ImerysLe Mach 40 Imerys se comporte bien sous toutes les allures et Phil Sharp le trouve vraiment performant au reaching.Photo @ Andy Le Gresley
Dès lors, il faut persévérer pour le sujet de Sa Gracieuse Majesté. Il décide de continuer sur le même support avec une classe qui a bien évolué : «Quand j’ai commencé, c’était un milieu franco-français. Depuis, c’est de plus en plus international. La classe a changé énormément et des bateaux naviguent partout dans le monde. Sur cette Normandy Channel Race, il y a des Japonais, Norvégiens, Hollandais, Italiens, Finlandais… Les règles actuelles permettent d’avoir des engins performants avec un réel contrôle des coûts de construction. Cela permet un bon mixte entre professionnels et amateurs. Le niveau est aussi beaucoup plus élevé. Cela donne une autre dimension à la course océanique avec des concurrents affûtés et très compétitifs. On le voit bien : les résultats sont souvent très serrés. Il n’y a qu’à regarder l’arrivée l’an dernier de la Transat Québec/Saint-Malo où nous sommes sept bateaux au coude-à-coude après treize jours de course.»

Phil SharpL’été dernier, Phil Sharp participait à la Transat Québec/Saint-Malo au terme de laquelle il prenait la 7e place, à seulement 3 heures 41 des premiers.Photo @ Phil Sharp Racing
Rêve de Vendée Globe

Après deux années passées à Valence en Espagne où il travaillait à la conception du design des bômes du S/Y A,  il est revenu à la compétition il y a deux saisons. S’installant avec sa femme à La Rochelle, y trouvant sur place beaucoup de facilités pour la mise en chantier de son bateau et une vie agréable, Phil Sharp s’élance ce dimanche 14 mai sur la Normandy Channel Race. Et ce en compagnie de l’Espagnol Pablo Santurde del Arco, vainqueur de cette même épreuve l’an dernier avec son compatriote Fidel Turienzo : «Pablo vient comme moi du circuit Mini et navigue en Class40 depuis maintenant trois ans, avec de très bons résultats grâce à Alex Pella et Gonzalo Botin. Pour cette première course ensemble, son expérience va être très intéressante pour moi. Même si je compte sur lui pour la performance du bateau car c’est un pur régatier issu du dériveur. Je vais faire en sorte de partager avec lui au niveau des options et de la tactique.»
A bord du Mach 40 Imerys, les deux hommes surveilleront de près Serenis Consulting, le plan Humphreys de 2013 mené par Jean Galfione et Nicolas Troussel qu’ils viennent tout juste de battre sur la Grand Prix Guyader. «Nous avons souvent été bord à bord avec eux. Ils sont rapides au portant et au près, mais je pense que nous sommes plus performants au reaching. Mais nous sommes vingt-quatre bateaux au départ et le parcours va être difficile. Il y a plein de passage où tu dois faire les bons choix, et ce sur plusieurs jours, avec de nombreux systèmes et leurs phases de transition» poursuit l’Anglais dans un français qu’il maîtrise de mieux en mieux.

Phil SharpPhil Sharp s’est offert l’an dernier la troisième place de The Transat bakerly derrière Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton-ARSEP) et Louis Duc (Carac) qu’il retrouve cette semaine encore une fois comme adversaires.Photo @ Mark Lloyd
Venant de signer pour trois ans avec son sponsor Imerys, un groupe français leader mondial des spécialités minérales pour l’industrie, Phil Sharp espère pouvoir entrer dans le monde des IMOCA dès l’année prochaine. Il lui faudra bien sûr trouver un ou plusieurs autres partenaires pour espérer atteindre son rêve, celui pour lequel il attend patiemment depuis de nombreuses années : le Vendée Globe. Enfin...

Départ Normandy Channel RaceIls seront 24 Class40 sur la ligne de départ ce dimanche 14 mai, s’élançant pour un périple de près de 1 000 milles offrant navigation côtière et hauturière.Photo @ Jean-Marie Liot


Normandy Channel Race

Organisée chaque année par Sirius Events depuis 2010, la Normandy Channel Race est l’un des rendez-vous privilégiés de la Class40. Cette course en double propose, en ce mois de mai, aux 24 bateaux engagés représentant dix nationalités un parcours avoisinant a priori les 1 000 milles au départ de Caen. La ligne franchie devant Hermanville-sur-Mer, ce dimanche à 16 heures 30, l’île de Wight sera laissée à bâbord. Puis, depuis le Solent, direction Land’s End pour une traversée de la mer Celtique jusqu’au phare de Tuskar. Les concurrents rejoindront alors le phare du Fastnet avant de prendre la route retour vers le Calvados après avoir laissé Guernesey à bâbord. Résultats attendus dans la journée de vendredi prochain.