Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE : L'ANALYSE

Pièges en haute mer !

Après les violentes dépressions du début de course, d’autres pièges attendent tous les concurrents de la Transat. Rares sont ceux qui pourront se reposer tranquillement dans les prochaines 24 heures. Si la croisière s’amuse, la course ça use !
  • Publié le : 05/11/2015 - 07:31

Trimaran MACIFMACIF semble s"envoler vers une victoire annoncée.Photo @ DR
Un bébé Pot-au-Noir devant Rio !

La vie est belle pour Macif (Gabart/Bidégorry). Grand soleil, beaux alizés, 25 nœuds de moyenne et plus de 200 milles d’avance sur Sodebo Ultim’ (Coville/Nélias). En 24 heures, les leaders ont englouti près de 600 milles à ce rythme soutenu. Notamment grâce à son seul foil, installé à tribord, qui lui permet de sustenter le bateau. « C’est assez génial car nous sommes en train de le découvrir, reconnaissait François Gabart il y a quelques jours. Et je peux vous dire que ça marche plutôt bien ! Cela demande un peu de travail, nous faisons des réglages dans tous les sens pour essayer de comprendre comment il fonctionne, mais c’est hyper sympa. Le bateau est complètement différent avec ou sans foil. Il marche très bien sans, mais dès qu’il va vite, il plafonne, et il est difficile d’aller à plus de 28 nœuds. Avec le foil, nous avançons à 30-35 nœuds ! »

Tout irait pour le mieux s’il n’y avait ce dernier piège qui attend les Ultimes avant l’arrivée. Toute cette journée de jeudi, ils vont encore profiter de ces alizés qui vont tourner au Nord et les obliger à empanner… Et donc à ralentir un peu en changeant d’amures (bâbord à tribord) sur le flotteur sans foil. Mais c’est à partir de Cabo Frio, à l’Ouest de Rio, que le danger les guette vraiment. Les 500 derniers milles, dans cette immense baie de Rio, pourraient s’éterniser comme dans un second Pot-au-Noir. Macif devra certainement contourner ce triangle sans vent, laissant du même coup la porte ouverte à son poursuivant. Il devra également traverser une zone de transition entre les alizés de Nord et des vents de Sud-Est qui le pousseront jusqu’à l’arrivée. Le risque de se retrouver coincé sous un nuage pendant quelques heures et de voir Sodebo revenir à la charge n’est pas impossible. La tension ne retombera qu’à l’arrivée à Itajai vendredi soir ou samedi matin…

Rattraper par le Pot, c’est pas de peau !

« Je suis souvent passé ici et je n’avais jamais fait de trajectoire comme ça ! Il ne faut pas que la situation dure toute la nuit et toute la journée de demain sinon il va falloir regarder dans les rétroviseurs. »
Vincent RiouIl peut serrer les dents, Vincent Riou. Toujours leader avec Sébastien Col, il doit affronter un passage délicat en abordant la corne du Brésil.Photo @ DR
L’analyse émane de Vincent Riou la nuit dernière. Le skipper de PRB, toujours leader de la Classe IMOCA ce matin, ne parle pas de ses deux poursuivants qui le talonnent, Queguiner – Leucémie Espoir (Eliès/Dalin) et Banque Populaire VIII (Le Cléac’h/Tabarly), mais des deux suivants. Initiatives Cœur (de Lamotte/Davies) et Le Souffle du Nord (Ruyant/Hardy) ont 188 et 211 milles de retard (à 4h30 ce matin). Riou sait que le danger vient de leur décalage Est de près de 250 milles ! Lorsque ces deux-là sortiront du Pot-au-Noir, ils seront sûrs de pouvoir contourner la corne brésilienne en un bord, avec un angle de vent favorable aux grandes vitesses. Pas le cas du trio de tête déjà obligé de louvoyer pour s’extraire d’un Pot-au-Noir redescendu sur eux et qui les piège à nouveau. « Les conditions ne sont pas simples, précisait Riou cette nuit. On croise les doigts pour avoir du vent établi demain (ce jeudi). Là, il est comme dans le Pot-au-Noir, instable avec une zone de vents faibles. Nous ne savons pas encore si nous allons pouvoir déborder les côtes avec un seul bord, mais le but est de passer en un coup la corne du Brésil : réponse demain ! » Et s’ils n’y arrivent pas, les deux tandems retardataires de Lamotte/Davies et Ruyant/Hardy en profiteront pour revenir sur les trois leaders, et pourquoi pas même les doubler ! Un scénario à suspense qui risque de donner aujourd’hui de sérieux maux de tête aux six marins qui les précèdent…

Fénétréa PrysmianLeader en classe Multi50, FenêtréA-Prysmian doit surveiller ses arrières et le retour éventuel d"Arkema.Photo @ Jean-Marie LiotMulti50 : duel dans le Pot

La situation semble moins dangereuse pour FenêtréA-Prysmian (Le Roux/Pedote). Avec un seul concurrent à surveiller, le duo franco-italien a commencé hier son recalage à l’Est pour contrôler son adversaire qui n’est plus décalé que de 170 milles en latéral. Mais attention quand même ! A bord d’Arkema, Lalou Roucayrol et César Dohy ont joué à quitte ou double en tentant de traverser le Pot-au-Noir très à l’Est. Ils n’en sont pas encore sortis. Mais s’ils revenaient à la même latitude tout en conservant leur décalage longitudinal, les cartes seraient rebattues pour la fin de course. Le troisième et dernier Multi 50, Ciela Village (Bouchard/Krauss), qui s’est longtemps arrêté au Cap-Vert pour réparer son enrouleur de gennaker, n’est pas une menace pour les deux premiers. A plus de 400 milles derrière, il n’est même pas encore entré dans le Pot-au-Noir.

ascension mât TeamWorkTelle une vigie dans la mâture, Bertrand Delesne (TeamWork 40) cherche-t-il une terre ou le vent à l’horizon ? Non, plutôt une petite réparation ou vérification en tête de mât...Photo @ Bertrand Delesne / TeamWork

Class40 : attention aux dévents du Cap-Vert

Décalé à 170 milles dans l’Ouest du Cap-Vert, seul Le Conservateur (Bestaven/Brasseur) peut continuer de naviguer sereinement dans les alizés. Le solide leader de la Class40 a parfaitement préparé sa trajectoire pour éviter le Cap-Vert et commencer à viser son point d’entrée dans le Pot-au-Noir dans deux jours. Son trio de poursuivant, à 150 milles dans le nord de l’archipel cap-verdien, a plus de souci à se faire. Ces trois-là ne pourront contourner l’archipel avec une aussi belle marge que le premier. Conséquence : le risque de se faire piéger sous le vent d’une île est réel. Les hauts reliefs du Cap-Vert génère des trous d’air oscillants jusqu’à 50 milles sous leur vent. Pour Solidaires en Peloton ARSEP (Vauchel-Camus/Erussard), V and B (Sorel/Manuard) et Carac Advanced Energies (Duc/Lebas), le podium peut se jouer aujourd’hui dans cette traversée du Cap-Vert. Derrière eux, les derniers n’en finissent pas de s’extraire de la dorsale anticyclonique qui leur barrait la route. Les deux derniers, qui avaient fait escale en Bretagne ou en Espagne, pointent à plus de 1 200 et 1 600 milles du leader. Un écart qui va continuer d’augmenter les prochains jours.