Note :
Maître Jacques a terminé second et… dernier de la Transat Jacques Vabre 2011, alors que les Multi 50 étaient six au départ. Ce qui fait quand même un maigre plateau.Photo @ Alexis Courcoux Transat Jacques VabreQu’on se le dise, l’avenir des Multi 50 n’est pas remis en cause ! Bien au contraire selon les acteurs de cette classe réunis en association depuis 2003. C’est indéniable : ces bateaux ont de la gueule. Sur une patte, ils font le show, bombardent et imposent quelques figures de style ! Même à quai, ils attirent l’œil et les curieux se pressent pour les voir. Pourtant, suite à la Transat Jacques Vabre 2011, au lancement du circuit MOD 70 (lire ci-dessous «Du Multi50 au MOD 70 : un budget trois fois supérieur») et à l’annonce du retrait du sponsoring de Crêpes Whaou, moteur de la classe, on peut se poser la question : ces trimarans de 50 pieds ont-ils encore leur place dans le monde de la course au large ?
Car les Multi 50 n’ont pas vraiment été sous les feux de la rampe lors de la Transat Jacques Vabre 2011. Six bateaux ont pris le départ au Havre et, suite à des avaries ou des blessures, seulement… deux (Actual et Maître Jacques) ont franchi la ligne d’arrivée à Puerto Limon. Sans qu’il n’y ait de véritable bataille aux avant-postes. Les libellules de 15,24 m ont été éclipsées par les monocoques Imoca, plus nombreux. Et ce sont les 60 pieds qui ont franchi la ligne d’arrivée en premiers…
Yves Le Blevec et Samuel Manuard, sur Actual, ont su le mieux gérer les conditions difficiles rencontrées lors de la Transat Jacques Vabre 2011. Premier des Multi 50, ils sont arrivés après les monocoques de 60 pieds. Une arrivée un peu éclipsée donc, malgré leur performance.Photo @ Alexis Courcoux Transat Jacques Vabre
«C’est simplement un mauvais passage pour les Multi50 !», maugrée Lionel Lemonchois. Le skipper de Prince de Bretagne a abandonné après avoir découvert une fissure sur le bras de liaison avant de son bateau. Un rien agacé, il poursuit : «Depuis que je suis rentré, je répète toujours les mêmes choses, c’est pas que ça m’emmerde…» Mais quand même. Ce qui compte pour lui, c’est d’être arrivé à bon port avec son bateau pour se concentrer sur 2012. Même s’il ne connaît pas encore les raisons de son avarie, il continuera à courir en Multi 50 l’an prochain.
Des tas de projets pour Roucayrol
Fenêtre A – Cardinal a abandonné lors de la Transat Jacques Vabre 2011 après qu’Erwan Leroux a découvert une fissure au pied de mât et une voie d’eau. Le skipper a mis en vente son trimaran pour trouver un bateau «plus performant».Photo @ Alexis Courcoux Transat Jacques VabreMalgré la casse, son sponsor, Prince de Bretagne, est satisfait des retombées. «Chez les Multi 50, il y a un excellent rapport qualité/prix comme en Figaro avec un très bon retour sur investissement», assure Emmanuel Descloux. Le directeur du marketing refuse de donner le budget communication mais parle de 2,5 millions d’euros de retombées «presse» en 2010 avec en point d’orgue la Route du Rhum. «Et on devrait être au même niveau cette année, puisque la casse intéresse tout autant le consommateur. La télévision et la radio ont chacune consacré une heure à Prince de Bretagne pendant la Transat Jacques Vabre», détaille-t-il. D’accord, mais alors pourquoi passer à un trimaran de 80 pieds en 2013, avec pour objectif la Route du Rhum 2014 ? «Le Multi 50, on trouve ça très bien, mais on a envie de rentrer dans l’histoire de la voile», affirme le sponsor.
Et les skippers de clamer tous en chœur : «La Multi50 a toute sa place et possède son état d’esprit !» L’association a été fondée en 2003 pour réunir plusieurs classes de multi autour d’une jauge commune et ainsi offrir la possibilité de naviguer à moindre frais qu’avec les défunts 60 pieds Orma, victimes d’une hécatombe lors du Rhum 2002 (15 abandons pour 18 participants). Les Multi 50 se veulent plus accessibles et plus ouverts. On y trouve à la fois des marins professionnels comme des propriétaires ou des particuliers. C’est ce qui fait sa richesse. «J’ai fait douze ans de 60 pieds Orma et ce qui nous manquait à l’époque, c’était une classe intermédiaire sur laquelle on puisse s’appuyer ; pour moi, aujourd’hui, les MOD 70 ne peuvent pas exister sans les Multi 50», assure Lalou Roucayrol. Pour preuve de sa détermination, le skipper est le seul à se faire construire un nouveau bateau (Région Aquitaine – Port Médoc) qui sera mis à l’eau en septembre 2012 (Voir l’info ici). Ce n’est pas tout. Il compte monter une écurie avec une deuxième monture pour former un novice, Quentin Vlaminck, et participer avec lui à la Transat Jacques Vabre 2013. Et pourquoi pas lancer une école de formation au multicoque en 2014…
Les Multi 50 attendus au Rhum 2014
Lors de la Transat Jacques Vabre, Prince de Bretagne – ici de retour à Lorient – a abandonné après avoir cassé son bras de liaison avant. C’est la quatrième fois en deux ans. Le sponsor de Lionel Lemonchois est pourtant satisfait des retombées engrangées cette année.Photo @ D.R. Prince de BretagneDe son côté, Erwan Leroux estime aussi que le Multi 50 est «une bonne solution pour ceux qui veulent se lancer en multi.» Le skipper de Fenêtre A – Cardinal voit cette plateforme comme «un bon pallier avant de faire du MOD 70» sans compter que «la classe n’a jamais eu autant de bateaux et d’argent.» Il a mis en vente son bateau et espère en trouver un autre plus performant. L’ancien Crêpes Whaou de Franck-Yves Escoffier aurait, lui, déjà trouver un nouvel acquéreur.
Or l’argent, c’est toujours le nerf de la guerre. Question gros sous, la Multi 50 s’en sort plutôt bien selon Franck-Yves Escoffier, le président de la classe : «Les Multi 50 coûtent toujours moins cher qu’un monocoque de 60 pieds, tout en étant spectaculaires et très visuels ! Quand un skipper trouve un sponsor, il n’a le choix ni du budget ni du support. S’il a 250 000 euros par an, il fera du Class 40, avec 500 à 600 000 euros du Multi 50 et 2,5 millions d’euros du 60 pieds…» Comprenez que «c’est à chaque classe de défendre son bout de gras», dixit Yves Le Blevec, dernier vainqueur de la Transat Jacques Vabre sur Actual. Ce qui revient à poser l’éternel problème du nombre de courses, de classes et de leur visibilité.
A ce sujet, Pen Duick, l’organisateur de la Route du Rhum, n’a pas encore tranché sur les catégories qui seront représentées lors de la prochaine édition en 2014. Y aura-t-il une catégorie Ultime avec des multicoques géants ? La compétition sera-t-elle ouverte aux MOD 70 ? Réponses en mars prochain. Mais Pierre Bojic, le directeur général de Pen Duick, le promet : «C’est une certitude, les Multi50 auront toute leur place dans cette compétition.» D’ici là, quelques bouleversements dans le monde de la course au large ne sont pas à exclure.
| Du Multi50 au MOD 70 : un budget trois fois supérieur |
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Niveau budget : il faut compter environ 3 millions d’euros pour acheter un monotype MOD 70, 2 millions à 2,5 millions d’euros par an pour le fonctionnement, contre deux à trois fois moins en Multi 50… La logistique et les équipes étant bien moins conséquentes – voire absentes – en Multi 50. «En Multi 50, tu maîtrises ton support de bout en bout contrairement au MOD 70», explique Lalou Roucayrol, le skipper de Région Aquitaine – Port Médoc. «Le projet MOD 70 est très élitiste, ambitieux et ultra pro, ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir la course au large», abonde Yves Le Blevec, vainqueur de la dernière Transat Jacques Vabre sur Actual et vice-président de la classe Multi 50. Touché au vif, Franck-Yves Escoffier défend encore : «Peut-être que certains journalistes vont délaisser la Multi 50 en se disant "ce sont des tocards" mais il y a autant de talent que dans les autres classes.» Pan dans les dents. Comptez donc sur les Multi 50 pour faire parler d’eux en faisant ni moins bien ni mieux que les MOD 70, mais simplement… différemment. |
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Que dire alors de la Volvo : seulement 6 bateaux et 50 % d'abandon lors de la 1ère étape...