Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Quand l'Atlantique Nord s'en mêle !

L'Atlantique Nord présente un visage inhabituel. Après un Pot au Noir très épais il faudra sans doute aux deux leaders naviguer dans un flux de Nord Est pénible. Au près, tribord amure, pendant au moins une semaine, dans du vent froid et de la mer formée, la fin de course s'annonce particulièrement rude pour les bonhommes et le matériel. Le match entre Armel et Alex, séparés ce matin par 145 milles (et Jérémie Beyou sur Maître CoQ, 3e, est à 928 milles) n'est pas fini !
  • Publié le : 07/01/2017 - 07:05

Thomson départToujours dans la position du chasseur, Alex Thomson compte bien sur les conditions délicates attendues en Atlantique Nord pour venir bousculer Le Cléac'h.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe

Il y a des jours ou l’océan est comme ça. Pas gentil avec ceux qui osent lui caresser la peau. Armel Le Cleac’h aurait pu espérer un scénario plus cool pour en finir avec ce Vendée Globe tant maitrisé, tant dominé. Le skipper de Banque Populaire VIII le mérite 1 000 fois et bien plus encore lui qui a déjà terminé deux fois deuxième, en 2009 puis 2013, et qui mène la flotte depuis le cap de Bonne Espérance.
Mais l’Atlantique Nord a décidé de faire sa mauvaise tête et de soumettre les nerfs et les épissures à rude épreuve.

Acte 1 : la traversée du Pot au Noir

samedi 7 janvier 18 heuresTriangles colorés : situation d’Hugo Boss, de Banque Populaire et de Maitre Coq ce samedi matin à 6 heures. Les ronds indiquent leurs positions prévues dimanche après-midi. Photo @ Dominic VittetEn se décalant vers le Nord-Ouest, l’anticyclone des Açores a laissé le champ libre au Pot au Noir qui a pris ses aises et s’étale sur près de 1 500 milles de long, depuis les côtes africaines jusqu’à quelques encablures du Brésil. Sa traversée s’annonce corsée.
Armel aurait pu tenter de passer plus dans l’Ouest, là où la zone mortelle est plus étroite. Mais deux éléments l’incitent à couper le fromage, quitte à prendre le risque d’être encalminé quelques heures. D’abord, la remontée dans les alizés de Nord Est s’annonce sévère contre le vent dans une mer formée. Banque Populaire cherche donc à anticiper cette punition en gagnant « facilement » quelques milles vers l’Est avant d’attaquer le shaker alizéen.

Ensuite, il contrôle Hugo Boss dont la seule perspective d’attaque consisterait à se placer plus à l’Est que le leader. Si jamais Alex Thomson réussissait à traverser le Pot au Noir sans trop d’encombre, il pourrait devenir menaçant.
Cette chevauchée au cœur du Pot au Noir plonge nos deux combattants dans un scénario incertain.
Tant que l’oiseau bleu patauge dans les calmes, Alex Thomson va réduire son retard.
La logique voudrait qu’Armel sorte de la zone maudite en premier et reconstitue aussitôt un matelas confortable sur son poursuivant.
Sauf que l’équateur météo est vicieux. Il doit se rétrécir dans les prochaines 48 heures et, au final, être moins sévère pour Alex Thomson. Seulement 150 milles voire moins pourraient séparer les deux coques à  la sortie de la fournaise.

 Acte 2 : la remontée vers le Nord Est

jeudi 12 janvier 0HLe rond rouge représente la position possible des deux leaders dimanche soir. En vert, la route impossible. En rouge la route probable qui passe au ras de la dépression dans le minuscule flux de Sud et ouvre la porte vers les Sables-d"Olonne.Photo @ Dominic Vittet
Dans le Nord-Ouest des Canaries, une dépression, bloquée par l’énorme anticyclone et son froid polaire qui couvre l’Europe, reste stationnaire. Elle interdit toute trajectoire par le milieu de l’Atlantique. (Route verte sur le schéma)

La seule solution qu’il reste aux deux belligérants est donc d’affronter l’alizé puissant jusqu’à la latitude des Canaries et d’essayer de se glisser jeudi prochain dans le minuscule flux de Sud qui borde l’Est de cette dépression. (Trait rouge)
Si cela se confirme, les deux voiliers resteraient tribord amures quasiment jusqu’à l’Espagne, faisant le bonheur d’un certain Hugo Boss qui naviguerait pendant au moins 8 ou 9 jours d’affilé sur son foil valide. Certains routages voient même le Gallois à moins d’une heure du Finistérien trois jours avant l’arrivée !

Encore une fois tout n’est pas joué.
Le grand Armel devra batailler comme un furieux pour lutter contre cet Atlantique qui refuse obstinément de lui dérouler le tapis rouge. Son palmarès montre sa capacité à faire les bons choix sous la pression. Il en aura besoin.
Pour Alex, en d’autres circonstances, le match aurait été plié depuis longtemps. Mais les dieux atlantiques sont avec lui. Réussira-t-il à forcer le destin et bousculer enfin la domination française sur le Vendée Globe ? 

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, champion de France solitaire ou champion du monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

A bord avec A Le Cléa"chBanque Populaire trace sa route vers un Atlantique Nord compliqué avec un Hugo Boss classé ce matin à 145 de son sillage.Photo @ Armel Le Cléac"h/Banque Populaire/Vendée Globe

Classement samedi 7 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 3 147 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 145 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 928 milles       
4.       Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), à 1 601 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 602 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.