Actualité à la Hune

THE BRIDGE

Quatre Ultime et un Géant !

Jeudi, au cœur du bois de Boulogne dans l’Ouest parisien et à un mois du début des festivités célébrant le centenaire du débarquement américain lors de la Grande Guerre, le staff de The Bridge autour de son créateur Damien Grimont et des quatre skippers engagés – François Gabart (Macif), Thomas Coville (Sodebo Ultim’), Yves Le Blevec (Actual) et Francis Joyon (Idec Sports) – a présenté la Transat qui va relier Saint-Nazaire à New York (départ le 25 juin) et tenter de défier le paquebot Queen Mary 2 affrété pour l’occasion et pour quelque 7,5 millions d’euros.
  • Publié le : 19/05/2017 - 12:00

Queen Mary 2 à New-YorkLe Queen Mary 2 à New York devant la statue de la Liberté.Photo @ Cunard
Damien Grimont est détendu. L’ingénieur en bâtiment, ancien vainqueur de la Mini-Transat et créateur de The Bridge (le pont, ndlr) pour commémorer les 100 ans du débarquement de deux millions de soldats américains sur le sol français en 1917 lors de la Première Guerre mondiale est en train de réussir son pari un peu fou. «Je m’excuse par avance, car cette conférence de presse va durer longtemps… le programme de cet événement est si dense !» lance-t-il en préambule. Il n’a pas tort, car c’est long bien qu’intéressant.

Car si le «clou du spectacle» est bien cette Transat Saint-Nazaire/New York entre quatre trimarans Ultim et l’un des plus grands paquebots du monde avec ses 2 691 passagers et 1 292 membres d’équipage, dont le départ sera donné le dimanche 25 juin à 19 heures, les deux villes vont aussi célébrer en grande pompe deux «importations» américaines essentielles il y a un siècle : le basket et le jazz.

ParcoursLa route du Queen Mary 2 et celles possibles des multicoques.Photo @ The Bridge
«Cette idée remonte à quatre ans sur les terrasses d’un immeuble à Saint-Nazaire. J’avais une vue plongeante sur la ville, et me suis dit : "si tu veux faire un événement qui a de la gueule, quand tu penses Saint-Nazaire tu penses paquebot et donc au Queen Mary 2. Et pour le faire revenir là où il a été construit, il faut un truc d’ampleur, et le monument qui est sur la place de Saint-Nazaire c’est celui du débarquement américain lors de la Première Guerre mondiale." C’est comme ça qu’est née l’idée» raconte Damien Grimont.

MacifDernier construit, Macif, mené par François Gabart, fait figure de favori.Photo @ A. Courcoux/Macif
Aujourd’hui, 153 entreprises ont embarqué dans l’aventure autour des trois sponsors principaux : le CIC, Réalités et Réauté chocolat pour un budget de 15 millions d’euros dont la moitié consacrée uniquement à l’affrètement du paquebot auprès de la compagnie britannique Cunard. La plupart des cabines pour le voyage transatlantique ont été «louées» par les partenaires, mais il reste encore quelques places pour des particuliers rêvant d’une telle traversée.

Et si le basket et la musique vont prendre une place prépondérante du 18 au 25 juin, la voile reprendra ses droits avec les «Quatre Fantastiques» (c’est le surnom qui leur a été donné, ndlr) confronté au Queen Mary 2 du 25 juin au 1er juillet, date où le paquebot doit passer sous le pont de Verrazano à «Big Apple».

ActualYves Le Blevec sur Actual embarque comme navigatrice Samantha Davies.Photo @ T. Martinez/Actual
«
Cela reste une course, précise Grimont. C’est la première fois que ces bateaux vont se confronter réellement entre eux, en équipage et en dehors des records (Macif, Sodebo Ultim’ et Actual ont disputé la Transat bakerly en 2016 mais pas Idec Sport, ndlr). La deuxième chose, c’est que le duel face au Queen Mary 2 qui suit l’orthodromie à près de 23 nœuds (22,8 nœuds a précisé le commandant du paquebot dans Voiles et Voiliers n° 551, ndlr) de moyenne va permettre de mettre les entreprises au milieu de l’océan. Pour moi, ça a valeur de symbole. C’est aussi l’énergie de la voile contre l’énergie des transports d’hier et cette projection vers le monde de demain. Enfin, la troisième chose, c’est qu’on ouvre un temps de référence Europe Etats-Unis exactement comme on l’avait fait pour le record SNSM en 2005 (entre Saint-Nazaire et Saint-Malo, épreuve déjà créée par Grimont, ndlr).»
S’il ne faut pas rêver, car à cette période de l’année et dans le sens Est-Ouest, il y a peu de chances qu’un multicoque puisse battre le paquebot géant, et ce d’autant que passer au Nord d’une éventuelle dépression atlantique comporte de gros risques, la zone des glaces étant à ce jour très basse (à proximité de la côte Est des Etats-Unis à la latitude du cap Finisterre), la régate entre les quatre multicoques sera forcément intéressante.

sodeboSodebo de Thomas Coville tentera le record en solitaire New York Lizard après The Bridge.Photo @ JM Liot/Sodebo
Thomas Coville, héros de l’hiver avec son record de 49 jours en solitaire autour du monde, a recruté, outre sa garde rapprochée – Jean-Luc Nélias, Loïc Le Mignon et Thierry Briend de Sodebo Ultim’ – deux «novices» du multicoque océanique. «Vincent Riou et Billy Besson embarquent avec nous et c’est génial, explique Coville. Nous avons navigué la nuit dernière. J’étais super ému de proposer la barre à Billy (Besson). Ce qui lui est arrivé à Rio (grave blessure au dos alors qu’il était favori des JO en Nacra 17, ndlr) a fortement raisonné dans ma tête car je sais ce que c’est. Du coup je lui ai dit que si je pouvais un tout petit peu l’aider à reconstruire le truc je ferai tout pour…» 

Billy BessonBilly Besson embarque sur Sodebo et passe du Nacra 17 à l’Ultim…Photo @ D. RavonEt quand on demande à Thomas Coville l’émotif ce qu’il pense du quadruple champion du monde de Nacra 17, la réponse fuse : «c’est génial qu’il soit à bord ! Il est hyper enthousiaste, passe à tous les postes, et à la barre il est marrant, car nous, on associe tout de suite un chiffre, alors que lui ne regarde pas les compteurs mais parle de sensations. Il a un plus : un toucher de barre exceptionnel !» Il se murmure aussi que Vincent Riou pourrait bien racheter Sodebo Ultim’, Thomas Coville construisant un nouveau multicoque que l’on dit révolutionnaire… et qui est dessiné par un certain Martin Fisher, patron du design team de Groupama Team France, entre autres ! «Vincent, après le Vendée Globe, quand je l’ai appelé, il était ronchon. Je lui ai proposé de venir goûter aux Ultim. Depuis qu’il a mis son sac à bord, il est à fond, super motivé ! Avec Sodebo, on essaye de l’aider pour qu’il trouve des partenaires et puisse racheter mon bateau. J’ai découvert un nouveau Vincent ! C’est un jeune premier, avec l’enthousiasme d’un junior. Il veut être de toutes les navigations, se passionne pour tout. Et quand un Vincent Riou a envie, il n’y a pas grand-chose qui lui résiste !» C’est dit.

IDEC SportQuelques mois après son prodigieux record autour du monde, Francis Joyon sur Idec Sport repart avec le même équipage sauf Bernard Stamm remplacé par Quentin Ponroy pour cause de TFV.Photo @ Idec
Enfin, difficile de ne pas  asticoter» Thomas en lui demandant si cette course face à un paquebot est bien sérieuse sportivement parlant. «C’est une super idée ! Il faut qu’on bouge, qu’on change les codes habituels, qu’on aille chercher un autre public. Croiser cet événement avec le basket et le jazz, c’est encore mieux. Et puis les privilégiés qui vont traverser sur le Queen Mary 2 vont voir un peu ce qu’est le large. Il peut y avoir du mauvais temps. Ils vont avoir froid, avoir chaud, se rendre un peu compte plus de notre vie en course… même s’ils seront dans un confort sans la moindre comparaison avec le nôtre» rigole l’homme aux dix cap Horn !