Il organise la Semaine Internationale de Deauville, dont la quatrième édition a lieu du 4 au 7 juin le long des plages du Débarquement - en même temps que le 65e anniversaire du Jour J, marqué par la présence du président des Etats-Unis, Barack Obama ! Manfred Ramspacher nous en dit plus sur une épreuve qui semble avoir trouvé sa voie - et bat cette année son record d'affluence avec 80 bateaux.
Note :
Après avoir racheté et dirigé le Tour de France à la voile, Manfred Ramspacher (à g.), très attaché à la Normandie, a créé la Semaine Internationale de Deauville.
Photo © Jean-Marie Liot (Deauville International Week)
V&V.com : Pourquoi avoir choisi Deauville - cité balnéaire plutôt marquée chevaux de course, golf et "bling-bling" - pour organiser une Semaine internationale de voile ?
Manfred Ramspacher : J'avais envie de créer une grande épreuve de voile dans une zone où il n'y en avait pas beaucoup - je parle de la Normandie, de la Manche. Entre les pôles Bretagne et Angleterre, très puissants, il manquait quelque chose. Je suis très attaché à ces côtes superbes, et l'on a tendance à oublier qu'avant et après-guerre, le centre du yachting était en Normandie - notamment au Havre. Et puis, Deauville est internationalement connu, a des capacités hôtelières importantes, à deux heures de Paris. Le port de plaisance est dans la ville, à 50 mètres de la gare, et nous avons deux à trois ronds devant Deauville et Trouville. L'an dernier, nous avons pu faire 12 manches en trois jours et demi !
V&V.com : Tu voulais donc remettre la Normandie à sa place dans l'Histoire de la voile ?
M.P : Entre autres. Il y a beaucoup d'atouts, à commencer par la qualité du site. La baie de Seine est un plan d'eau très tactique, avec des reliefs, beaucoup de collines, et passionnant pour régater. Les chenaux de Saint-Marcouf et Saint-Vaast sont réputés pour leurs courants. C'est une zone qui est au confluent de plusieurs régions, avec un fort potentiel de voiliers IRC... et Cowes, <La Mecque> de la voile, se situe à seulement 90 milles. Mon souhait était donc de trouver un lieu qui, par nature, puisse brasser des cultures, être propice à la création de belles régates. Et il ne faut pas oublier que l'on navigue beaucoup au Havre, Cherbourg, Ouistreham, Caen... qui sont devenues des places fortes pour le nautisme en général, et la course en particulier.
V&V.com : Tu as le sentiment d'avoir réussi ?
M.P. : Partir d'une feuille blanche n'est pas simple. Il faut du temps pour pérenniser un événement. Et, compte tenu des infrastructures portuaires, on ne pourra jamais monter à 400 ou 500 bateaux. Les régatiers qui viennent courir à Deauville prennent du plaisir sur ce plan d'eau, et semblent plutôt satisfaits. Cela reste une régate à dimension humaine. La quatrième édition s'annonce plutôt bien en dépit de la conjoncture, puisque l'on va approcher la centaine de concurrents.
V&V.com : La grande course a lieu le jour où Barack Obama vient célébrer l'anniversaire du Débarquement sur Omaha Beach. Hasard du calendrier ?
M.P. : Absolument ! Le parcours de la course au large - 100 milles - que nous organisons pour les Farr 30 le 6 juin, part de Deauville pour suivre la côte du Calvados, et toutes les plages du Débarquement... Il longe donc Ohama Beach. Je trouve que c'est un beau symbole, et j'ai bien envie d'appeler cette régate <The D-Day Race>, la course du Jour J. J'attends la confirmation de la Préfecture maritime pour savoir si la flotte aura l'autorisation de naviguer à proximité, compte tenu des problèmes liés à la sécurité, mais je suis confiant.
Les J 109, qui ont leur classe distincte, sont très prisés par les équipages anglais et nordiques, mais encore peu représentés à Deauville.
Photo © Jean-Marie Liot (Deauville International Week)
V&V.com : Quelles sont les séries engagées ?
M.P. : Cette année, on assiste au retour en force des Farr 30, car la Semaine de Deauville compte pour le championnat de France des équipages 2009. Nous aurons aussi une très belle flotte de <sportsboats>, notamment avec les Longtze, les J80, les J105 et un nombre croissant de grands IRC. Ce sont des séries assez élitistes, c'est vrai, donc avec des régatiers de renom - Luc Gellusseau, Daniel Souben, Nicolas Béranger, Erwan Tabarly, Dimitri Deruelle, Fabien Henry... Le niveau sportif prime.
V&V.com : Tu as beaucoup misé sur la participation des étrangers. Mais ils ne semblent pas encore très nombreux...
M.P. : J'ai conçu ce projet comme international. La langue officielle est l'anglais - ce qui n'est pas courant en France -, la moitié du Comité de course est anglais, le jury est international, le site de la course est en deux langues (www.deauville-week.fr) et l'on a entre 20 et 40 % d'équipages anglo-saxons selon les années. J'ai multiplié les déplacements vers le Solent et Hamble. Il y a un engouement, certes, mais il faut leur proposer du solide. Ils viennent d'abord pour l'intérêt sportif...
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Manfred Ramspacher : un passionné carré
Il a racheté et dirigé le Tour de France à la voile en 1998, un an après l'avoir gagné comme équipier sur CSC Microsystems, avec Bertrand Pacé et Philippe Guigné, fait le pari osé - et réussi - de remplacer le JOD 35 par le Mumm 30 (aujourd'hui rebaptisé Farr 30), puis a revendu l'épreuve au Groupe Larivière six ans plus tard. Avant, ce gaillard plutôt timide à la voix posée, ancien de la Marine nationale (dix années comme officier chef de quart et commando marine), a beaucoup navigué au Proche et au Moyen Orient.
En 2005, il créé Sirius Événements, une structure d'organisation de régates, qui a fait ses preuves. Il a notamment lancé la Semaine Internationale de Deauville, l'étape française des TP52 à Hyères, la course en 6,50 Les Sables d'Olonne-Les Açores, et la BMW Sailing Cup lors du Spi Ouest-France...
Compétent et carré, à 49 ans, derrière une apparence un rien austère, Manfred Ramspacher a la réputation d'être fidèle, proche des coureurs, et a su faire fructifier son expérience avec passion, discrétion et savoir-faire.
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