Actualité à la Hune

Record solo autour du monde

La bataille de l’Atlantique commence !

Doublant le cap Horn ce mardi 8 mars à midi, avec deux jours et demi de retard sur le record du tour du monde en solitaire de Francis Joyon, Thomas Coville sur Sodeb'O réalise paradoxalement une bonne opération. Car il a repris 440 milles en une semaine même si sa trajectoire dans le Pacifique n'a pas été celle dont il avait rêvé, finalement loin de l'orthodromie à cause des glaces. Très combatif, Coville entame pourtant la bataille de l'Atlantique avec de très sérieux atouts, à commencer par 2 jours et 5 heures de retard en moins qu'il y a deux ans... soit à peu près ce qui lui avait manqué à Brest pour battre Joyon ! Alors...

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  • Publié le : 09/03/2011 - 00:02

Délivrance ! Le sourire en dit long. C'est le huitième cap Horn de Thomas Coville mais c'est l'un de ses plus beaux. Et cela deviendra peut-être LE plus beau d'ici moins de trois semaines ! En attendant, c'est la délivrance du stress du Grand Sud. Photo © Thomas Coville (Sodeb'O) Record à battre : 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes (soit 15,84 noeuds sur les 21 769 milles de la route théorique selon le WSSRC, mais ce calcul est erroné, la moyenne serait de 15,76 noeuds sur 21 769 milles et de 15,75 noeuds sur 21 760 milles), record établi du 23 novembre 2007 au 20 janvier 2008 (heure française) par Francis Joyon à bord d'Idec.

Pour battre le record, Thomas Coville doit être de retour à Ouessant avant le 28 mars à 01h40'34" (heure française).

Passage du cap Horn le mardi 8 mars à 12h24 (heure française) en 38 jours et 33 minutes. Soit avec 2 jours, 12 heures et 8 minutes de retard sur le temps de passage de Francis Joyon qui était de 35 jours, 12 heures et 25 minutes le 28 décembre 2007 (nos archives de l'époque à Voiles et voiliers donnaient 35 jours, 12 heures et 31 minutes ; en l'absence de record officiel, les archives < officielles > d'Idec indiquent 35 jours, 12 heures et 36 minutes... mais lorsqu'on refait le calcul avec les temps de départ et de passage qu'indique le site d'Idec, cela donne 35 jours, 12 heures et 25 minutes !). Au même moment, avec toutes les précautions d'usage, le programme de Géovoile donnait 665 milles de retard soit 440 milles de moins qu'il y a une semaine. Ce décalage dans le retard entre le temps qui est incontestable et la distance s'explique par le fait que Francis Joyon a été lent en Atlantique Sud (voir ci-dessous).

Retard sur le record le mardi 8 mars à 19h00 (heure française) au 38ème jour de la tentative : 744,6 milles (avec toutes les précautions d'usage, ce retard était en augmentation constante mardi après-midi du fait du VMC peu performant, à cause du cap à l'Est-Sud-Est et d'une vitesse étonnamment faible au milieu de l'après-midi sans qu'on ait d'explication, peut-être le changement de lattes évoqué ci-dessous ?).

Mise à jour du 09.03.11 à 07h45 (heure française) : retard de 663,4 milles.

Deux jours et demi de retard. Joyon avait doublé le Horn après 35 jours, 12 heures et 25 minutes. Coville le franchit au 38ème jour avec deux jours et demi de retard. C'est beaucoup en apparence. En réalité, compte tenu des difficultés de Francis sur l'Atlantique, l'écart potentiel est moindre et tout reste possible ! Photo © Sodebo Lors de sa précédente tentative en solitaire, en 2008-2009, le retard de Thomas Coville au cap Horn atteignait 4 jours, 17 heures et 16 minutes (sur la base de 35 jours, 12 heures et 31 minutes pour Joyon, voir ci-dessus). Cette fois, avec 2 jours, 12 heures et 8 minutes de retard, Thomas a diminué ce handicap d'un peu plus de 2 jours et 5 heures. Soit, à peu de chose près, les 2 jours, 7 heures, 13 minutes et 37 secondes qui lui avaient manqué à Ouessant le 17 janvier 2009, en 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes. Faut-il y voir un signe que tout reste parfaitement possible ?

Le cap Horn est la seule véritable marque de parcours qui permette de prendre un temps intermédiaire fiable surtout quand il est enroulé à 200 mètres comme Thomas Coville l'a fait ce mardi 8 mars à midi (heure française, au lever du jour pour lui), en compagnie de Neutrogena, concurrent de la Barcelona World Race. C'est la huitième fois que Coville passe le Horn, son troisième en solo pour son sixième tour du monde (dont trois en deux ans...), mais c'est la première fois qu'il le passe si près ! Cependant, les chiffres d'écart doivent être pondérés en fonction de la météo qui s'annonce. Ainsi que nous le soulignons sur les différentes captures d'écran grib, elle devrait être meilleure que celle dont avait souffert Francis Joyon.

La (relative) molle après le Horn. Le 8 mars à 12h00 UTC (GFS, base du 8 à 06h00 UTC), au passage du cap Horn, le (relatif) dévent du continent est bien visible, plus exactement la (forte) pression au vent du continent. En réalité, Sodeb'O souffre dans les heures suivantes d'un vent de Nord-Est et continue ainsi vers l'Est-Sud-Est. Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) En outre, Thomas Coville attaque les 7 100 milles d'Atlantique en bonne forme et avec un trimaran qui n'a à déplorer que deux lattes de grand-voile cassées dans un empannage accidentel par 20 noeuds de vent. La dernière nuit dans le Pacifique a pourtant été musclée. Il l'a racontée lors de la vacation audio tenue en direct, au moment même où il passait le cap. Tandis que crépitait la VHF du gardien du phare de l'île Horn et que Thomas assurait en même temps l'image vidéo du rocher, des milliers d'oiseaux l'entourant, il était au téléphone et (un peu) à la manoeuvre, finissant par raccrocher parce qu'il était sous-toilé. Le moins qu'on puisse dire est que Coville est non seulement un régatier acharné - qui ne lâche rien ! -, et un grand sportif, dur au mal, mais aussi un communicant hyper actif. Tout le contraire (pour ce dernier point) du détenteur du record après lequel il court...

< Hier en fin d'après-midi, j'ai eu comme un pressentiment et j'ai pris le troisième ris. Heureusement car j'aurais chaviré sinon... Trente minutes plus tard, ça rentrait beaucoup plus fort que prévu ! J'ai eu 40-45 noeuds, avec des rafales à 50 noeuds et une mer de 6 à 8 mètres, comme Groupe Bel avec lequel j'ai été en contact téléphonique [dans la Barcelona World Race, Kito de Pavant et Sébastien Audigane doivent s'arrêter à Ushuaïa à cause de leur problème de quille, ndr]. En fin de nuit, j'ai même croisé un cargo à la cape. L'officier de quart ne croyait pas que j'étais seul dans la tempête, et que je venais de Brest... pour aller à Brest ! >

L’escalier de Joyon. À partir de son 40ème jour (point au-dessous de l'étiquette), Francis Joyon avait dû louvoyer dans les calmes de l'Atlantique Sud, monté en escalier. Si Coville doit enfin annuler son retard sur le defender, c'est là qu'il peut le faire ! Photo © Idec (Géovoile) Le Horn qu'il baptise cap de la Délivrance est sa bonne espérance. Celle de pouvoir attaquer et de combler son retard. < Je vais remonter au près, faire l'aile de mouette dans l'anticyclone puis choper les alizés. C'est pas du portant comme pour Bruno Peyron mais il y a du vent et c'est assez proche de ce qu'on avait eu avec Groupama 3 l'an dernier > dit-il avec Franck Cammas, en liaison téléphonique depuis son VOR 70 à l'entraînement au cap Finisterre. L'analyse des fichiers que nous présentons semble quand même montrer un passage délicat à l'Ouest de l'anticyclone de Sainte-Hélène, même si ce dernier est beaucoup moins étendu et problématique que lors de la descente. Les conditions semblent effectivement favorables à Coville car Francis Joyon avait eu un peu de bricolage en Atlantique Sud et il avait surtout tiré des bords dans la pétole, ayant ensuite connu une sérieuse avarie de gréement après l'équateur, que Francis avait réparée avec brio avant de foncer vers Ouessant.

Cela dit, la route est encore longue et rien n'est évidemment écrit à l'avance. Ainsi, après un océan Indien qui avait commencé par du près jusqu'à Kerguelen, le Pacifique a été plus agité que prévu, avec une mer erratique parfois. Surtout, Coville qui va plus vite que Joyon sur l'eau - avec Sodeb'O doté de son mât basculant et de ses foils - a continué à faire beaucoup plus de milles, en traversant finalement le Grand océan bien loin de l'orthodromie. La faute à la vaste zone de glaces - longue de 1 100 milles entre les parallèles 62° S et 51° S - détectée par CLS Argos au milieu du Pacifique. Elle n'a d'ailleurs peut-être pas été assez anticipée avec une visibilité à 300 milles alors qu'au moins 1 000 milles seraient nécessaires à cette vitesse.

Du vent en permanence ! Comme en témoigne cette carte pour le 9 mars à 12h00 UTC (modèle américain GFS sur la base du 8 mars à 06h00 UTC), il y a du vent en permanence sur la face Sud-Ouest de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Les couleurs correspondent ici à la force du vent moyen en noeuds (idem pour les cartes suivantes). Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) Le 28 février à 19h30 UTC, Sodeb'O empannait par 57° 55' S et 172° 56' W pour filer plein Est après une plongée qui avait commencé douze heures plus tôt par 54° 30'. Mais, dès le 1er mars à 10h00 UTC, il devait remonter sur la bordure Nord de la zone de glaces jusqu'à 50° S le 4 mars à 05h00 UTC... Heureusement, cela se faisait en phase avec des angles de vent favorables. Mais autant dire, que contrairement aux espoirs affichés une semaine avant, Coville n'a finalement pu gagner de milles sur l'orthodromie et il a encore accru son déficit de route parcourue, même s'il a diminué dans le même temps son retard, ce qui en dit long sur son impressionnante moyenne effective sur l'eau... qu'il tarde à traduire en moyenne utile sur la route théorique du record. Le record du Pacifique de Francis Joyon en 10 jours, 14 heures et 26 minutes n'a donc pas été battu.

< Les icebergs étaient visibles au radar lorsque j'ai empanné pour remonter de 58° S avec ce très gros détour qui a été très difficile à vivre en dépit du super boulot effectué par CLS Argos à Brest >. Mais le stress n'est pas seulement lié aux glaces : < Je suis le premier solitaire autour du monde à ne pas devoir courir seulement pour établir un temps, mais pour en battre un qui est en plus remarquable [ce n'est pas exact car Ellen MacArthur avait dû batailler pour battre le premier record de Francis Joyon tandis que lors de son second record, celui-ci était très au-dessus de ce qu'elle avait accompli, ndr].

Un passage délicat. L'anticyclone de Sainte-Hélène étant prévu par 37°S/32° W, le 10 mars à 12h00 UTC (GFS, base du 8 mars à 06h00 UTC), il pourrait y avoir un moment délicat pour conserver de l'air sur son flanc Ouest avant d'accrocher le bon flux de Sud-Est alimenté par la dépression sur le Brésil. Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) C'est ce qui est psychologiquement le plus dur. Et plus d'une fois, j'ai connu le risque de craquer. Pour tenir, je me concentre ainsi sur l'instant présent et je ne me prends pas la tête avec le retard ou ce que j'aurais pu mieux faire. > Il reste au maximum vingt jours à Thomas Coville pour mieux faire. Nul doute qu'il y pense sans cesse. Fut-ce au risque d'un stress permanent, inhérent à la compétition en solo à la mer.

www.sodebo-voile.com

Gagner le large pour attraper l’alizé ? Si le modèle est exact (GFS, base du 8 mars à 06h00 UTC) et n'est pas bouleversé, une fois atteint le flux d'Est-Sud-Est, le 11 mars à 12h00 UTC, il faudra parvenir à gagner dans le Nord-Est, en évitant le gros du flux contraire à la côte, pour que ça adonne. L'alizé ne sera alors plus très loin. Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) Barcelona World Race

Classement du mercredi 9 mars à 05h00 heure française au 67ème jour de course.
1. Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac Paprec 3) à 5 208 milles de l'arrivée.
2. Iker Martínez et Xabi Fernández (Mapfre) à 153,0 milles.
3. Pachi Rivero et Antonio Piris (Renault) à 1 286,9 milles du leader.
4. Boris Herrmann et Ryan Breymaier (Neutrogena) à 1 570,0 milles du leader.
5. Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel) à 1 650,8 milles du leader.

http://barcelonaworldrace.org

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