Actualité à la Hune

Records autour du monde

Banque Populaire et Sodeb’O sur le départ

Enfin ! Après deux mois et demi d'attente - qui pesaient d'autant plus qu'ils rappelaient l'interminable hiver 2009-2010 -, Pascal Bidégorry et l'équipage de Banque Populaire V devraient partir entre ce jeudi soir et dimanche sur le Trophée Jules Verne. Également à Brest, mais depuis quelques jours seulement, Thomas Coville sur Sodeb'O larguerait également les amarres, samedi, afin de tenter d'accrocher le record du tour du monde en solitaire qu'il avait manqué d'un peu plus de deux jours la dernière fois.

  • Publié le : 20/01/2011 - 05:05

Sodeb’O dans la plume. Vendredi 14 janvier, lors du convoyage vers Brest, avec l'avitaillement à bord, Thomas Coville et Sodeb'O ont rencontré des conditions musclées. Photo © Benoît Stichelbaut (Com & Sea/Sodeb'O) Même la lune, pleine ce mercredi 19 janvier, s'est mise de la partie. En l'absence de nuages, l'astre sera précieux pour attaquer une première nuit en mer. Car, ça y est enfin ! Une bonne fenêtre s'ouvre ce jeudi même si c'est loin d'être LA fenêtre idéale, comme nous allons le voir. Elle devrait cependant être suffisamment attrayante pour que les deux bateaux en attente à Brest s'y engouffrent. Si l'enjeu sportif est le même, décrocher le Graal autour du globe, la pression et les impératifs ne sont peut-être pas tout à fait identiques...

Pour Pascal Bidégorry et ses treize équipiers de Banque Populaire V, dont l'attente à Brest dure depuis deux mois et demi - commençant à rappeler l'interminable hiver 2009-2010 qui s'était achevé sans départ pour la banque, tandis que l'assureur triomphait... -, il y a une certaine obligation de résultat, sinon de la part du sponsor, du moins de < l'opinion publique voile >. Depuis le 21 octobre dans les faits, depuis le 1er novembre officiellement, les < BP boys > sont en stand-by à Brest. Autant dire qu'ils ont envie de libérer les chevaux du plus grand trimaran de course du monde, détenteur des records sur l'Atlantique Nord et les 24 heures (2009), et sur la Méditerranée. ! Ils ont en guise de viatique tout le travail effectué l'an dernier et quelques succès.

Le pack toujours soudé. 14 hommes à bord : Erwan Tabarly (V), Florent Chastel (3), Fred Le Peutrec (11), Yvan Ravussin (10), Pascal Bidégorry (11), Brian Thompson, Juan Vila, Thierry Chabagny (8), Ronan Lucas (2), Pierre-Yves Moreau (5), Emmanuel Le Borgne, Jérémie Beyou (14), Xavier Revil, Kévin Escoffier (6). Photo © Benoît Stichelbaut (BPCE) Pour Thomas Coville et Sodeb'O, les choses pourraient sembler plus simples mais il n'en demeure pas moins qu'il reste sur deux déceptions en solitaire. Sa troisième place à la Route du Rhum dont il était l'un des grands favoris (ce qui n'enlève rien à la manière dont il a conduit sa route Nord avec une grand-voile handicapée). Et l'échec (relatif mais en matière de record on le bat ou pas) de sa tentative précédente autour du monde. Le 17 janvier 2009, Thomas avait mis 2 jours, 7 heures, 13 minutes et 37 secondes de plus que le record de Francis Joyon (voir ci-dessous). En 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes, Coville avait néanmoins réalisé à l'époque le quatrième meilleur chrono autour de la planète, derrière Joyon et les équipages de Bruno Peyron et de Steve Fossett. Alors qu'il faisait partie de l'équipage détenteur du Trophée Jules Verne sur Groupama 3 (il va ainsi entreprendre son troisième tour du monde en à peine plus de deux ans !), Thomas Coville n'est à Brest que depuis le 14 janvier et la pression de l'attente est donc beaucoup moins sensible... C'est aussi la raison pour laquelle il peut se permettre d'être un petit peu plus exigeant que ses collègues. Mais il devrait quitter Brest samedi.

Car la situation est favorable comme le confirment la convergence des modèles français, européen et américain. L'anticyclone s'annonce stable sur l'Ouest immédiat des îles Britanniques jusqu'à samedi au moins, avec un gradient de pression favorable à un bon flux d'Est jusqu'à la latitude de Gibraltar, ce vent atteignant même près de trente noeuds au passage du cap Finisterre samedi en milieu de journée (valeur modèle donc le vent moyen sur zone sera bien supérieur). L'anticyclone aurait tendance à grossir et le gradient à diminuer à partir de dimanche...

Une dépression stratégique. Comme le montre bien cette carte preiso expertisée par Météo-France, pour vendredi 21 janvier à 00h00 UTC sur la base du réseau de mercredi 19 à la même heure, la dépression circulera entre les Açores et Madère. Tout va dépendre de son évacuation vers le Sud-Est. Photo © Météo-France Hormis le moment le plus propice au départ, quant au flux de Nord-Est sur zone, la vraie incertitude concerne surtout la dépression qui sera très étendue entre les Açores et Madère vendredi midi et sur Madère samedi midi. Ou pas... car si les modèles mondiaux sont globalement d'accord - tant l'américain GFS que celui du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) ou que le modèle français Arpège Globe -, la vitesse d'évacuation vers l'Est-Sud-Est de cette zone potentiellement orageuse (donc instable et compliquée) varie quelque peu suivant les sources... Or, cela influe directement sur la transition avec l'anticyclone des Açores plus à l'Ouest et la largeur du couloir favorable entre les deux centres de pression qu'il faudra aller chercher sur le 20ème méridien W, voire même sur 25° W. Un couloir certes, mais pas un boulevard !

C'est donc ce passage de Madère qui va définir les heures de départ, peut-être décalées compte tenu des potentiels très distincts des deux bateaux, de longueurs bien différentes (40 mètres de coque centrale pour Banque populaire V et 32 mètres pour Sodeb'O) et menés en solo ou en équipage, le problème étant désormais de laisser passer cette perturbation et de se glisser dans le flux de Nord entre l'anticyclone et la dépression (il pourrait atteindre quinze à vingt noeuds mais au-delà du 25ème méridien). Puisqu'il n'est plus question de passer devant celle-ci comme cela a vraisemblablement été envisagé un moment par l'équipe Banque populaire, lorsqu'un départ était éventuellement prévu pour hier après-midi, mercredi.

Un couloir... à défaut d’un boulevard. La sortie du modèle GFS pour le dimanche 23 janvier à 12h00 UTC affiche un couloir de vents de Nord de 20 noeuds, au-delà de 25° W, au Sud des Açores, entre l'anticyclone et la dépression alors au Nord-Est des Canaries. Du large de Brest au point 34° N/25° W, il y a 1 213 milles, environ 2 jours. Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) Ensuite, les choses se présentent plutôt bien car cette zone de basses pressions va stationner sur les Canaries, maintenant un flux de Nord d'une quinzaine de noeuds à l'Ouest de l'archipel. Puis l'anticyclone des Açores devrait assurer la présence d'un alizé certes un peu mou entre Canaries et Cap Vert mais correctement établi et d'autant plus soutenu que l'on gagnera ensuite dans l'Ouest. Tout cela pourrait mener Banque populaire au Pot-au-Noir en six jours environ, la zone de convergence intertropicale (ZCIT) ne semblant pas trop méchante actuellement.

Quant à l'anticyclone de Sainte-Hélène, les sorties de modèles pour le 1er février le placent en une position franchement occidentale sur l'Atlantique Sud qui nécessitera des choix pour ne pas trop rallonger la route par l'Ouest. D'autant plus qu'il devrait considérablement gonfler dans les trois jours suivants, l'absence de gradient gagnant alors très loin dans l'Est. Mais, ces prévisions étant établies sur la base des réseaux du mardi 18 et du mercredi 19 janvier, les modèles numériques de prévision auront sans doute bien évolué d'ici là... Au moins les hommes seront-ils en mer, plutôt qu'enchaînés aux remparts du château de Brest !

L’alizé plus fort à l’Ouest. Le modèle européen le confirme. C'est au-delà de 25° W qu'il faudra être à la latitude des Canaries puis de 30° W pour descendre vers la latitude du Cap Vert. Cela tombe bien. C'est la route pour attaquer à l'Ouest un Pot-au-Noir qui ne semble pas trop actif actuellement. Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis) Les chiffres clés des deux records

> Trophée Jules Verne en équipage. Temps à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l'équipage de Groupama 3.

> Tour du monde en solitaire. Temps à battre : 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes (soit 15,84 noeuds sur les 21 769 milles de la route théorique selon le WSSRC, mais ce calcul est erroné, la moyenne serait de 15,76 noeuds sur 21 769 milles et de 15,75 noeuds sur 21 760 milles), record établi du 23 novembre 2007 au 20 janvier 2008 (heure française) par Francis Joyon à bord d'Idec.

Sainte-Hélène pas simple. Selon le modèle américain GFS, confirmé par le modèle européen, l'anticyclone de Sainte-Hélène sera franchement à l'Ouest le 1er février, avant de s'étendre très largement vers l'Est, comme ici le 2 février à 12h00 UTC. Mais cela peut beaucoup évoluer d'ici là. Photo © Maxsea (Olivier Chapuis) Pour le calcul théorique de la distance du tour du monde, le World Speed Sailing Record Council (WSSRC) retient la distance de 21 760 milles en équipage (ligne de départ et d'arrivée entre Ouessant et le cap Lizard) et de 21 769 milles en solitaire (ligne de départ et d'arrivée dans le goulet de Brest, face au phare du Petit Minou, mais la ligne peut aussi bien être celle du Jules Verne comme cela s'est produit pour Ellen MacArthur de novembre 2004 à février 2005... et il n'est pas impossible que le WSSRC commette ici aussi une petite erreur).

Quoi qu'il en soit, cette distance de 21 760 milles correspond à la circonférence terrestre à l'équateur (en réalité, la règle prévoit qu'un tour du monde doit faire un minimum de 21 600 milles sur l'orthodromie mais cela impliquerait un tour de l'Antarctique par... 63° S ce qui n'est évidemment pas réaliste). Cela dit, si le calcul de la moyenne finale se base bien sur les distances précitées, les pointages intermédiaires se fondent plutôt sur un parcours théorique optimisé de 24 530 milles afin d'être plus proche de la réalité.

Laquelle est bien au-delà puisque lors de sa dernière tentative, Sodeb'O a parcouru 28 125 milles (contre seulement 26 400 milles pour Idec). Joyon qui avait parfaitement réussi sa trajectoire affichait ainsi une moyenne de 19,09 noeuds sur la trace réalisée. Celle de Coville atteignait 19,58 noeuds.

Le géant sur une coque. Avec 40 mètres de coque centrale et 23 mètres de large, Banque populaire V est le plus grand trimaran de course du monde. Il porte une grand-voile de 450 mètres carrés, un solent de 270 mètres carrés et un gennaker de 610 mètres carrés, pour 23 tonnes et un tirant d'air de 47 mètres. Photo © Benoît Stichelbaut (BPCE) L'équipage de Banque Populaire V

Pascal Bidégorry : skipper, hors quart
Juan Vila : navigateur, hors quart

Quart n°1
Yvan Ravussin : chef de quart, responsable vidéo et composite
Brian Thompson : barreur/régleur
Thierry Chabagny : barreur/régleur
Pierre-Yves Moreau : numéro Un, responsable accastillage et composite

Quart n°2
Fred Le Peutrec : chef de quart
Emmanuel Le Borgne : barreur/régleur, responsable médical
Erwan Tabarly : barreur/régleur, responsable électronique
Ronan Lucas : numéro Un, responsable sécurité

Quart n°3
Jérémie Beyou : chef de quart
Kévin Escoffier : barreur/régleur, responsable vidéo
Xavier Revil : barreur/régleur, responsable avitaillement à bord
Florent Chastel : numéro Un, responsable médical et gréement

Routeur à terre
Marcel van Triest et son équipe.

Pour les CV complets avec palmarès de l'équipage, voir ici.

www.voile.banquepopulaire.fr

Troisième tour en deux ans ! Thomas Coville - ici lors du convoyage entre La Trinité-sur-Mer et Brest le vendredi 14 janvier - va entreprendre son troisième tour du monde en à peine plus de deux ans ! Photo © D.R (Sodeb'O) La cellule routage de Sodeb'O

La cellule routage de Thomas Coville est constituée de Thierry Douillard et Christian Dumard qui sont ses interlocuteurs privilégiés (comme à la Route du Rhum, le premier travaille avec Thomas depuis plusieurs années). Richard Silvani de Météo-France apporte la logistique et l'expertise de Météo-France, notamment les fichiers Grib. Quant au boat-captain Thierry Briend, il assure la coordination lorsque c'est nécessaire.

www.sodebo-voile.com