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Régine Ermel : «Le Spi c’est un animateur de la vie locale»

Le Spi c'est elle. Elle incarne le Spi. Elle, c'est Régine Ermel, directrice des relations publiques de Ouest-France, véritable cheville ouvrière de l'événement depuis ses débuts en 1979. Elle est encore aux manettes cette année...
  • Publié le : 30/03/2018 - 14:00

Régine ErmelRégine Ermel, directrice des relations publiques à Ouest-France - 40e édition du Spi Ouest-France Destination Morbihan. Compétition de voile organisée par la Société nautique de La Trinité-sur-Mer et parrainée par le quotidien Ouest-France.Photo @ Marc Ollivier
Régine Ermel, comment est né le Spi Ouest-France ?
Il est né en 1979 à l’initiative de Gilles le Baud, qui était membre de la SNT, qui commençait à organiser des entraînements d’hiver à la Trinité, et il connaissait Roger Lavialle, qui était secrétaire général de Ouest-France et qui trouvait que notre journal, qui avait plus de 2 500 km de côtes, devait avoir une épreuve majeure dans le domaine de la voile. Et, la participation d’Ouest-France dans le Spi a précédé le rachat de Voiles et Voiliers. Les deux hommes se sont parfaitement entendus. Au début Ouest-France a donné de l’argent à la SNT pour organiser le Spi, puis on en est devenu organisateur. Le principe était que la SNT touche intégralement les droits d’inscription, et vit avec ça, et nous, cela devient notre épreuve. L’idée de départ, qui a conduit à ce fonctionnement, c’est que le Spi devait aussi être un animateur de la vie locale.

 

Régine ErmelRégine Ermel avec Antoine Croyère président de la SNT.Photo @ Thomas Bregardis
Combien de bateaux y avait-il au début ?
On a commencé par une quarantaine, puis une cinquantaine, et à partir de 1984 c’est vite grimpé, jusqu’à finir par atteindre les 300 en 1990. Notre pic, c’est 1993 avec 500 bateaux inscrits, mais surtout 130 bateaux que l’on a dû refuser ! On aurait atteint les 630 ! Mais la préfecture maritime nous avait limités à 500. Comme on avait prouvé qu’on savait faire, ils nous ont laissé le faire. Aujourd’hui, dans les mêmes conditions, ils ne nous laisseraient pas. Surtout, quand je pense à certains départs de course, dans des conditions météo épouvantables en 1994.

Vous vous appuyez aussi sur le savoir-faire de la Société nautique de la Trinité sur Mer…
Oui, avec la SNT on a grandi ensemble, on a appris ensemble. Et la compétence reconnue, et la notoriété de la SNT, vient du Spi. Les premières fois que je suis allée au Spi au début des années 1980, la SNT était basée dans l’arrière-salle du bar l’Étage. C’était ça le club, il n’y avait pas de capitainerie, aucun commerce n’était ouvert, on centralisait les résultats à la machine à écrire, dans une camionnette d’Ouest-France garée sur le môle des pêcheurs. On a démarré comme ça…

Quel est le budget du Spi désormais ?
Je le valorise, en prix public, à 2 M €. Par exemple, si je devais payer la pub sur RTL et Europe, j’en aurais déjà pour 300 000 €. Ce budget n’a cessé d’augmenter, eu égard aux normes de sécurité imposées. Nous, nos frais se composent des besoins liés à la presse (vedettes, salle de presse), à la restauration, au village, la sécurité, le médical, l’animation etc… Sachant que moi, ma structure d’organisation est toujours de la même taille.

Régine ErmelRégine Ermel, directrice des relations publiques à Ouest-France - 40e édition du Spi Ouest-France Destination Morbihan. Compétition de voile organisée par la Société nautique de La Trinité-sur-Mer et parrainée par le quotidien Ouest-France.Photo @ Marc Ollivier

La lourdeur de l’organisation ne vous a jamais découragée ?
Disons que c'est de plus en plus lourd. J’ai demandé, cette année, à Ouest-France de contracter une extension de garantie-attentat. Si ça devait arriver, nous, salariés du journal, on serait couverts, mais les autres pourraient se retourner contre nous, organisateurs.

Est-ce qu’il y a des moments clé dans l’évolution du Spi ?
Il y a eu un changement de consommation de la voile. Avant, et ce n’est pas machiste de ma part de dire cela, M. faisait de la voile, et madame suivait. Il y a eu l’effet 35 heures et les gens ont commencé à organiser leurs week-ends, et l’autre époux a pris de plus en plus de place dans l’organisation. Genre : toi tu fais de la voile, mais moi, je pars en week-end ailleurs etc… Et ça s’est rééquilibré dans le couple. D’autre part, la taille des bateaux s’est réduite, et cela permet de s’organiser au dernier moment, avec des équipages réduits. Avant, du temps des IOR, avec des équipages de douze ou quatorze personnes, il fallait s’organiser différemment. Maintenant, on a l’impression que le bateau se pratique comme le golf, j’y vais, je n’y vais pas, en fonction du temps. C’est plus simple pour les participants, mais pas pour les organisateurs, notamment, par exemple, pour le placement des bateaux dans le port.

Régine ErmelRégine Ermel.Photo @ Thomas Bregardis
La taille des bateaux a beaucoup évolué aussi…
Oui, naviguer sur un gros bateau ça devient compliqué, notamment pour composer un équipage performant. Près de 40 % des navigateurs viennent de Paris et ça coûte cher aussi. Et la monotypie, très recherchée concerne des voiliers de petite taille.

Si l’on vous demande quels sont vos bons souvenirs du Spi ?
Paradoxalement, la grève des marins-pêcheurs, en 2008. Cela a créé un lien. Cela a été tendu, mais solidaire. Ils ont compris qu’ils nous prenaient en otage, parce que l’on était Ouest-France, un média, mais ça a été une opportunité, car toutes les télés se sont tournées vers La Trinité-sur-Mer, et ça a permis de donner une notoriété à l’épreuve. Et puis, Monsieur François Régis Hutin, notre PDG était venu rencontrer les pêcheurs, on leur avait donné la parole sur la scène, et ils avaient été applaudis par les équipages. C’était un début angoissant, mais une fin heureuse. Un autre bon souvenir, c’est l’édition de 2017, avec un temps merveilleux, des régates splendides, un alignement des planètes…

Et des plus mauvais ?
1994, l’année de la tempête, avec des démâtages, des blessés etc… Là, c’était plutôt stressant. Comme les 20 ans du Spi aussi, en 1999. On avait voulu faire des animations, avec des stands de nourriture ambulants, mais il avait fait un temps de m…, de la grêle, un froid épouvantable, personne n’était resté.

Et cette édition 2018, elle s’annonce comment ?
On a donc 370 bateaux. Pour fêter nos quarante ans, on a prévu des animations pour les équipages, il y aura un feu d’artifice tiré du pont de La Trinité… Il devrait encore y avoir 2 500 personnes sur cette édition. Et on estime à près de 4 M € les retombées économiques sur le pays d’Auray, selon une étude réactualisée.