Actualité à la Hune

Rolex Fastnet Race

90 ans et toujours Rock Star

Le phare au Sud-Ouest de l’Irlande est, depuis 1925, la marque de parcours la plus célèbre des courses au large à l’occasion de la Rolex Fastnet Race, un parcours de 603 milles entre Cowes et Plymouth via le Fastnet Rock dont le départ sera donné demain. Pour ses 90 ans et sa 46e édition, l’épreuve rassemble un nombre record de participants : 340 bateaux jaugés IRC et une cinquantaine de voiliers Open !
  • Publié le : 15/08/2015 - 00:01

Rolex Fastnet RaceLe Fastnet Rock est un rocher isolé à cinq milles dans le Sud-Ouest de l’Irlande : la construction du phare tel qu"il est actuellement, fut achevé en 1903 et la course Cowes-Plymouth débuta en 1925.Photo @ Rolex-Kurt Arrigo

C’est une véritable transhumance qui va débuter dans le Solent le 16 août à l’occasion de la Rolex Fastnet Race, l’une des plus célèbres et des plus anciennes courses au large du monde ! Près de 400 voiliers ont envahis cette semaine les marinas de Cowes, Hamble, Southampton, Portsmouth, Lymington… dans l’attente des coups de canon du Royal Yacht Squadron, le club de Sa Majesté qui vit - entre autres hauts faits - la victoire de la goélette America en 1851 !

Depuis, les clubs se sont multipliés dans le monde, en Angleterre mais aussi sur l’île de Wight, à Cowes, la « Mecque de la voile » : pas moins de cinq socétés nautiques pour une ville d’à peine 10 000 habitants à l’année… Le Royal Yacht Squadron est le plus ancien (RYS-1815) puisqu’il a célébré son bicentenaire le 1er juin 2015, le Royal London Club (RLC-1838), l’Island Sailing Club (ISC-1889), le Royal Ocean Racing Club of Cowes (RORC-1926), le Cowes Corinthian Yacht Club (CCYC-1952).

Des clubs royaux

Mais si le plus renommé reste le « château », où même la Reine Victoria n’avait pas accès à toutes les salles et devait signifier sa venue au Commodore du Royal Yacht Squadron, le plus célèbre et le plus actif pour la course au large est toujours le RORC qui organise, cette année, plus d’une cinquantaine d’évènements ! Dont les classiques North Sea Race, Cervantes Trophy, Myth of Malham, de Guingand Bowl, Morgan Cup, Cowes-Dinard Saint Malo, Channel Race (remporté toutes classes confondues début août par le voilier français Teasing Machine, le A-13 de Éric de Turkheim)… sans compter les Championnats IRC, la RORC Caribbean 600 ou la RORC Transatlantique !

Rolex Fastnet RaceLe Royal Yacht Squadron : depuis des lustres le célèbre yacht club où même la Reine d’Angleterre n’avait pas le droit d’accéder au bar est le théâtre d’un spectacle haut en couleurs.Photo @ Rolex-Daniel ForsterEn 1924, le jeune britannique Weston Martyr participe à la Bermuda Race à bord de Northern Light et découvre avec enthousiasme la plus ancienne des courses au large : créé en 1906, cette épreuve de 635 milles rallie Hamilton (Bermudes) au départ de Newport (Rhodes Island) en traversant le Gulf Stream. De retour en Angleterre, il forme un comité avec Evelyn George Martin, éditeur du magazine Yachting World et propriétaire du célèbre Jolie Brise, et Malden Heckstall-Smith, éditeur lui de Yachting Monthly, pour créer une course au large équivalente : le départ est donné le 15 août 1925 par le Royal Victorian Yacht Club de Ryde en direction du phare du Fastnet avec une arrivée à Plymouth.

Sept équipages répondent à l’appel, deux abandonnant en cours de route et un autre finissant largement hors temps… L’épreuve est remportée pour cette première édition par le cotre pilote du Havre de 56 pieds Jolie Brise construit en 1912, arrivant vingt heures avant Gull. C’est à l’issue de cette course que George Martin annonça la formation de l’Ocean Racing Club le 9 octobre 1925 (devenu le Royal Ocean Racing Club le 5 novembre 1931 avec la bénédiction du Roi) : le club créa ensuite la Channel Race en 1928, puis bien d’autres courses au large au départ du Solent ou de Plymouth (Cowes-Santander, Cowes-Dinard, Plymouth-Belle-Île,…) qui ne perdurèrent pas toutes.

Un rocher isolé

Dénommé aussi Carrig Aonor (« roc solitaire » en gaélique), le phare du Fastnet fut édifié suite au naufrage du navire américain Stephen Whitney qui provoqua la mort de 92 de ses 110 passagers en décembre 1847. Situé à moins de cinq milles dans le Sud-Ouest du Cap Clear et de Mizen Head (position : 51º 23.3’ N - 9º 36.1’W), le Fastnet Rock est un caillou d’une trentaine de mètres de haut. La Corporation de Trinity House installa le premier feu sur une tour en acier dessinée par George Halpin en 1848 : la construction fut terminée en 1853 et le phare mis en service le 1er janvier 1854.

Rolex Fastnet RacePourtant l’un des plus grands voiliers inscrits depuis plusieurs éditions, Leopard un 100 pieds dessiné par Bruce Farr, n’a jamais réussi à s’imposer en temps compensé : il sera une nouvelle fois présent au départ devant Cowes. Photo @ Rolex-Daniel ForsterEn 1883, un système par explosion permettait d’émettre un signal toutes les cinq minutes en cas de brouillard, fréquent sur cette côte. Puis, en 1891, le service des phares et balises irlandais constata que la puissance de la lampe n’était pas suffisante et décida de construire une nouvelle tour en granite de treize mètres de diamètre et quarante-cinq mètres de haut sous la direction de William Douglass.

Débutée le 28 novembre 1895, la construction s’acheva en mai 1903 après 89 allers retours avec la terre pour apporter les pierres de l’édifice, totalisant 4 300 tonnes apportées par le SS Ierne... La période du feu adoptée par le Irish Lights Board est toujours d’actualité : un éclat blanc toutes les cinq secondes d’une portée de 27 milles. En 1904, la Marconi Wireless Telegraphy Company installa un équipement pour transmettre des câbles ainsi qu’un système de signaux par pavillonnerie : le rocher devint un relais pour la Lloyd’s avec les navires qui croisaient devant le rocher. Le phare du Fastnet fut finalement automatisé en mars 1989.

Un triplé jamais renouvelé

Sur la Fastnet Race, Jolie Brise s’imposa de nouveau en 1929 et 1930 et reste toujours le seul voilier à avoir gagné trois fois l’épreuve. Et, à ce jour, seuls quatre bateaux ont remporté deux fois l’épreuve : Dorade (1931-1933), Myth of Malham (1947-1949), Carina (1955-1957) et Rán (2009-2011). En fait, la course annuelle du mois d’août ne fut lancée que toutes les années impaires à partir de 1931 et la Seconde Guerre Mondiale interrompit sa périodicité entre 1939 et 1947 : il n’y a donc eu que 45 éditions de cette grande classique de la course au large…

Rolex Fastnet RaceJolie Brise, le pilote du Havre construit en 1912, reste à ce jour le seul voilier à avoir remporté trois fois la Fastnet Race en 1925, 1929 et 1930 ! Il a même participé à la dernière édition.Photo @ Rolex-Daniel Forster

Mais les Britanniques ont l’art du renouveau. Depuis la création de l’Admiral’s Cup en 1957, pas une édition ne ressemble à la précédente. A l’origine, cinq éminents membres du Royal Ocean Racing Club se cotisent et achètent une coupe pour “encourager les plaisanciers étrangers à venir courir dans les eaux britanniques”. Le format était très particulier puisque les voiliers alternaient les régates dans le Solent, les courses au large avec la Channel Race début août et la Fastnet Race une semaine plus tard pour clore l’épreuve.

En fait, le but était surtout de confronter les bateaux anglais et américains en réunissant deux équipes représentées par deux à cinq voiliers. Sus-jacente, l’idée britannique tendait à prendre une revanche sur l’America's Cup, largement dominée par les Américains. L’épreuve prit tous les deux ans de l’ampleur, surtout avec l’adoption de la jauge IOR qui relança le débat architectural. Avec l’apparition des nouveaux matériaux (aluminum, puis polyester, sandwich, époxy, carbone, Kevlar,...), l’Admiral’s Cup devint un véritable Championnat du Monde de course au large officieux avec dix-neuf nations représentées en 1975-77-79.

Un règlement perpétuellement modifié

Après quelques éditions, la suprématie du cabinet Stephens fit place au trio Frers-Holland-Peterson, qui lui-même reflua face à une nouvelle génération d’architectes tels les français Joubert-Nivelt, Berret-Fauroux, Briand, Andrieu, les allemands Judel/Vrolijk, les Anglais Humphreys, Dubois, Castro, les américains Reichel/Pugh et Nelson/Marek, le danois Jeppesen et les néo-zélandais Davidson et surtout Bruce Farr. L’époque est au brassage d’idées, aux innovations technologiques, aux exploitations des “trous” de jauge...

Rolex Fastnet RaceAu large de la baie de Christchurch, le ballet des voiliers au louvoyage risque fort de se renouveler pour cette 46ème édition si la brise de secteur Ouest est au rendez-vous. Photo @ Rolex-Kurt ArrigoMais tous les deux ans, l’expérience de chaque équipe est remise en cause par les modifications du règlement imposé par le RORC. D’abord, la jauge change, pénalisant les gréements en tête, les jupes arrières, les bosses de jauge, les trimmers ou les dérives ; puis c’est au tour des temps compensés suite à la domination des petits ratings (One Tonner) ; enfin, c’est le programme et le coefficient des courses, favorisant les “inshores” puis les triangles olympiques. C’est l’époque des bateaux “magiques” tels Imp, Police Car, Diva, Propaganda,...

De fait, après l’adoption de la jauge IOR dans les années 70, l’Admiral’s Cup a progressivement périclitée vingt ans plus tard car, après chaque édition, les propriétaires devaient revendre leur prototype pour en commander un autre s’ils voulaient conserver une chance de victoire. En 18 éditions de l’Admiral’s Cup, seuls Myth of Malham (1957-59), Yeoman XX (1975-77) et Outsider (1983-1985) ont gagné par deux fois. La Fastnet Race figurait au programme de l’Admiral’s Cup de 1957 à 1997, et s’est rendue tristement célèbre en 1979, une édition tragique où quinze marins disparurent au cours d’une terrible tempête restée célèbre.

Rolex Fastnet RaceLe parcours est essentiellement hauturier : une fois sortis de la Manche, les voiliers doivent traverser deux fois la mer d’Irlande avant de finir à Plymouth. Photo @ Rolex

Après avoir tenté plusieurs relances avec la jauge IMS, puis le CHS, l’Admiral’s Cup ne fut plus à l’ordre du jour et les courses du RORC - dont la Fastnet Race - s’ouvraient à la jauge IRC créée en 2000 pour remplacer le CHS (Channel Handicap Sytem). Les courses au large retrouvaient un nouveau souffle et, désormais, il faut postuler dès l’ouverture des inscriptions pour espérer prendre le départ ! Cette année, les 300 premières demandes ont été enregistrées en 24 minutes…

La Fastnet Race a célébré bien des grands noms de la voile à l’image des architectes Olin Stephens (Dorade, 1931 et 1933), John Illingworth (Myth of Malham, 1947 et 1949) ou Richard Carter (Rabbit, 1965 et Red Rooster 1969), des skippers comme l’australien Syd Fisher (Ragamuffin,1971), l’américain Ted Turner (Tenacious, 1979), le britannique George Walker (Indulgence, 1993), le finlandais Ludde Ingvall (Nicorette, 1995), l’allemand Hasso Plattner (Morning Glory, 1995) ou tout récemment le suédois Niklas Zennström (Rán, 2009 et 2011).

Rolex Fastnet RaceLe duo père-fils Pascal et Alexis Loison a créé la surprise lors de la dernière édition de la Fastnet Race en s’imposant toutes classes confondues sur un JPK 10.10. Le seul double jamais victorieux de la course.Photo @ RolexLes Français ne sont pas nombreux à s’être illustrés sur cette épreuve mythique : Éric Tabarly en 1967 avec Pen Duick III, Catherine Chabaud en 1999 avec Whirlpool-Europe2, Jean-Yves Château en 2005 avec Iromiguy, un Nicholson 33 et, lors de la dernière édition, Alexis Loison et son père Pascal sur le JPK 10.10 Night & Day premiers vainqueurs en double ! Mais le record absolu sur ce parcours est détenu depuis l’édition 2011 ouverte aux classes « Open », par le Maxi trimaran Banque Populaire V mené alors par Loïck Peyron en 1 j 08 h 48’ 46’’.

Un large panel de voiliers

Désormais, pour participer à la Rolex Fastnet Race, il faut avoir cumulé les milles et suivi des stages de sécurité drastiques : le terrible bilan de l’édition de 1979 reste encore dans tous les esprits… Mais cette année anniversaire des 90 ans de l'épreuve, le nombre de partants s’annonce record : plus de 4 000 équipiers sur des voiliers de 30 à plus de 100 pieds.
Néanmoins, avec une moyenne de 18,6 nœuds sur les 603 milles du parcours, difficile d’imaginer que le temps de référence va être battu. En revanche, le record en monocoque établi par le VOR-70 Abu Dhabi en 2011 (1 j 18 h 38’) pourrait être amélioré avec la participation du géant Comanche, le 100 pieds dessiné par VPLP-Verdier et mené par Ken Read.


Rolex Fastnet RaceComanche s’annonce comme le grand favori de cette 46e édition de la Fastnet Race en temps réel, mais il lui faudra des conditions météo exceptionnelles pour espérer sauver son handicap en temps compensé et viser le record détenu par Abu Dhabi.Photo @ DRSur la ligne de départ, les « Open » devraient faire le spectacle : Spindrift 2 (ex-Banque Populaire V, détenteur du Trophée Jules Verne et du record sur la Rolex Fastnet Race), Banque Populaire VII (ex-Groupama 3 vainqueur de la Route du Rhum 2010), Prince de Bretagne, les MOD-70 Oman Air-Musandam et Edmond de Rothschild, les Imoca 60’ et les Class40 qui se préparent à la Transat Jacques Vabre et qui navigueront pour la plupart en double…

Mais les regards vont surtout se tourner vers l’armada des voiliers jaugés IRC qui représentent 25 nations et où les Maxi Yachts vont devoir se confronter aux 30 pieds plus ou moins anciens ainsi qu’aux VO-62 de la Volvo Ocean Race (Dongfeng et Team SCA) : des First, des JPK, des X-Yachts, des J-Boats, des Grand Soleil, des Sagitta, des Swan, des Sigma, des Nicholson, des A-35 ou A-40, des Elan, des Dufour… Et même Dorade, le double vainqueur des années 30 !

Rolex Fastnet RaceMême sur les grosses unités, la Fastnet Race reste une course extrêmement intense et longue avec des conditions météorologiques parfois exécrables lorsqu’il faut louvoyer contre du Nord-Ouest pour aller contourner le rocher… Photo @ DR
 

Les temps de référence en monocoque depuis 1925

1925 : Jolie Brise en 6j 14h 45’

1926 : Halloween en 3j 19h 05’

1939 : Nordwind en 3j 16h 23’

1965 : Gitana IV en 3j 09h 40’

1971 : American Eagle en 3j 07h 11’

1979 : Condor of Bermuda en 2j 23h 25’

1985 : Nirvana en 2j 12h 41’

1999 : RF Yachting en 2j 05h 08’

2007 : ICAP Leopard en 1j 20h 19’

2011 : Abu Dhabi en 1j 18h 38’

 

Rolex Fastnet RaceSortir du Solent est souvent la partie la plus difficile du parcours : contre le vent mais avec le courant favorable, il faut rapidement s’extraire des Needles pour commencer à avoir du vent frais.Photo @ Rolex-Carlo Borlenghi

 

Les vainqueurs de la Fastnet Race depuis 1925

1925 : Jolie Brise (E.G. Martin)

1926 : Ilex (Royal Engineer Yacht Club)

1927 : Tally Ho ! (Lord Stalbridge)

1928 : Nina (P. Hammond)

1929 : Jolie Brise (R. Somerset)

1930 : Jolie Brise (R. Somerset)

1931 : Dorade (R. Stephens Sr.)

1933 : Dorade (R. Stephens Sr.)

1935 : Stormy Weather (P. Le Boutillier)

1937 : Zeearend (K. Bruynzeel)

1939 : Bloodhound (I. Bell)

1947 : Myth of Malham (J.H. Illingworth)

1949 : Myth of Malham (J.H. Illingworth)

1951 : Yeoman III (O.A. Aisher)

1953 : Favona (Sir M. Newton)

1955 : Carina II (R. Nye)

1957 : Carina II (R. Nye)

1959 : Anitra (S. Hansen)

1961 : Zwerver (W. N. H. van der Vorn)

1963 : Clairon of Wight (D. Boyer & D. Miller)

1965 : Rabbit (R.E. Carter)

1967 : Pen Duick III (E. Tabarly) FRA

1969 : Red Rooster (R.E. Carter)

1971 : Ragamuffin (S. Fisher)

1973 : Saga (E. Lorentzen)

1975 : Golden Delicious (P. Nicholson)

1977 : Imp (D. Allen)

1979 : Tenacious (R. E. Turner)

1981 : Mordicus (Taylor & Volterys)

1983 : Condor (R. A. Bell)

1985 : Panda (P. T. Whipp)

1987 : Juno (M. Peacock)

1989 : Great News (R. Short/Jones/Forbes)

1991 : Passage (G. Isett)

1993 : Indulgence (G. Walker)

1995 : Nicorette (L. Ingvall)

1997 : Morning Glory (H. Plattner)

1999 : Whirlpool-Europe2 (C. Chabaud) FRA

2001 : Tonnerre de Bresken (P. Vroon)

2003 : Nokia (C. Dunstone)

2005 : Iromiguy (J-Y. Château) FRA

2007 : Chieftain (G. O’Rourke)

2009 : Rán (N. Zennström)

2011 : Rán (N. Zennström)

2013 : Night & Day (P. & A Loison) FRA

 

Rolex Fastnet RaceRán, le 72 pieds de Niklas Zennström ne sera pas présent cette année malgré ses deux victoires consécutives en 2009 et 2011, mais une partie de l’équipage sera à bord de son quasi sister-ship, Momo.Photo @ Rolex-Carlo Borlenghi