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Vendée Globe

Romain Attanasio : «Quelque chose de vertigineux.»

Vendredi 24 février, Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) a pris la quinzième place de la 8e édition du Vendée Globe. Malgré ses gros ennuis du début de course, il a bouclé l’épreuve en 109 jours et 22 heures à la moyenne de 10,83 nœuds. Récit.
  • Publié le : 25/02/2017 - 00:01

Attanasio 1L’aventure vient de s’achever. Romain Attanasio peut avec fierté embouquer le chenal des Sables-d’Olonne.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Son 60 pieds servait d’aérodrome à goélands depuis trois ans sur un terre-plein lorientais. Le vénérable Pingouin, mis à l’eau en 1998 pour Catherine Chabaud qui avait démâté quelques jours avant de passer la ligne d’arrivée du Vendée Globe 2000-2001, vient de s’offrir une nouvelle révolution planétaire. Sa sixième. Romain Attanasio a donc achevé son périple vendredi matin à 11 heures et 6 minutes sur ce vénérable bateau. «Après avoir participé par deux fois mais par procuration en suivant les projets de ma compagne Samantha Davies, je voulais faire cela une fois dans ma vie. Je suis un Figariste dans l’âme et j’adore la compétition. Mais je me suis lancé sur une aventure différente. Partant avec un bateau d’ancienne génération, un petit budget de 500 000 euros. Grâce à l’appui d’un club de partenaires emmené par mon ami Laurent Defrance, j’ai acheté le vieil IMOCA qui appartenait à Tanguy de Lamotte» expliquait le marin originaire des Hautes-Alpes une fois son coursier amarré à Port Olona.

Quand il prend en main le Pingouin, ex-Whirlpool, le bateau offre malgré tout un visage qui montre qu’il a souffert. Il avait à moitié coulé après une casse de schnorchel (tube permettant le remplissage du ballast, ndlr). Il n’est donc pas en très bon état mais Romain Attanasio n’hésite pas : «On change beaucoup de choses. On change le gréement car je voulais faire ma qualification assez rapidement (1 500 milles car il avait participé à la Jacques Vabre avec Louis Burton, ndlr). C’était début 2016. La quille, elle, est saine.»

Etamine du LysAprès 28 569 milles, Famille Mary-Etamine du Lys vient de terminer son sixième tour de la planète mer. Prouvant que ce bateau était bien né et fiable.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
C’est donc sur une aventure qu’il se lance le 6 novembre dernier : «Je savais que je n’allais pas batailler avec les premiers. Mais je savais aussi que j’étais dans un groupe où j’allais pouvoir vraiment régater. Et puis, patatras, dans l’Atlantique Sud, à 500 milles au large du cap de Bonne-Espérance, je tape un truc. Les deux safrans explosent. Le bruit est horrible et l’angoisse monte. A ce moment-là, la course est terminée pour moi. Je me voyais remonter l’Atlantique tout seul pendant un mois. J’avais abandonné lors de ma première course dans ma jeunesse et cela m’avait laissé un sentiment très désagréable. J’ai eu une conversation téléphonique avec Sam qui a réussi à me calmer. J’ai donc fait route vers Le Cap. J’avais monté moi-même mes safrans à Port-la-Forêt en utilisant une chandelle de maçon. Je me dis alors que cela va être impossible de les sortir. Et j’ai réussi, je les ai straté et j’ai surtout réussi à réparer le fond de coque. Avant de repartir, j’étais vidé, avec l’impression d’avoir vécu une opération à cœur ouvert. Mais satisfait d’avoir fait mon truc tout seul. Ce que j’ai appris sur le Vendée Globe, c’est que c’est tellement vertigineux qu’il ne faut jamais penser à la fin. C’est la magie aussi de l’être humain qui sait trouver des solutions dans des situations particulières.»

Arrivée AttanasioRomain Attanasio ne sait pas encore s’il sera de la prochaine édition. Une chose est certaine, il sera de tout cœur auprès de sa compagne Samantha Davies pour l’accompagner vers un nouveau défi.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Galère de nouveau

La course avait changé après une semaine de perdue dans l’affaire. Le groupe devant lui était à plus de 1 000 milles. «Mon objectif était alors de finir. Mais auprès des Kerguelen, il y a une dépression énorme. Je remonte vers le Nord et quand elle est passée j’ai 1 000 milles de retard de plus. Cela commençait à faire cher» avoue le skipper. Et les ennuis ne sont pas terminés, Romain Attanasio prend cela avec philosophie : «Il y a des moments intenses, dans les hauts comme dans les bas. Tout est démultiplié. En permanence, tu te demandes ce qu’il va t’arriver. Quelle va être la prochaine galère. D’ailleurs, j’ai en fait tapé trois fois un truc, un OFNI comme on dit. La deuxième fois, il n’y a pas eu de dégât mais pour la dernière, j’ai cassé une dérive. Cela fait aussi un mois que je n’ai plus mes aériens. Je me disais il y a quelques jours que toutes ces expériences me serviront dans ma vie courante.»

FinishParti pour jouer dans le troisième tableau, Romain Attanasio a rencontré de multiples écueils. Finir un Vendée Globe demeure malgré tout une victoire.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Le Pingouin est donc rentré manchot. Dès à présent, le futur quarantenaire va se projeter vers une suite de sa carrière. Il sait aussi que sa compagne Samantha Davies a la farouche intention de repartir pour un tour. Un troisième Vendée Globe pour lequel Romain Attanasio sait qu’elle est taillée : «Elle est faite pour cela. C’est son caractère. En plus, il faut être calme, relax et patient. Il faut aussi être très bon en météo. Dans ces cas-là tu évites plein de manœuvres et de mauvaises trajectoires. Il faut avoir un bateau très affûté et des voiles bien travaillées. Les nouveaux bateaux sont peut-être moins physiques je pense. Faire le tour comme Armel l’a fait à des moyennes incroyables, je pense que c’était plus dur moralement et nerveusement pour lui. Son bateau était moins toilé, quasiment tout le temps sous J2. Pour une femme, cela peut être un avantage.»

Après plus de 109 jours de solitude en mer, dans sa geôle volontaire, Romain Attanasio va pouvoir revivre à l’envi son aventure et faire briller les yeux de son petit garçon Ruben en lui narrant ce qu’il a vécu dans les grands espaces de liberté.

Arrivée Attanasio 3Bulles et sourires sur le ponton. Quelles que soient les galères rencontrées, Romain Attanasio peut être fier de son périple.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Classement vendredi 24 février à 12 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest - Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).
12.       Alan Roura (La Fabrique), arrivé le 20 février à 09h 12'32''. Temps de course : 105 j 20 h 10'32''.
Retard sur le premier : 31 j 16 h 34'46''. Moy. : 9,6 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,2 nœuds sur le fond (28 358 milles parcourus).
13.       Rich Wilson (Great American IV), arrivé le 21 février à 13h 50'18''. Temps de course : 107 j 00 h 48'18''.
Retard sur le premier : 32 j 21 h 12'32''. Moy. : 9,5 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 480 milles parcourus).
14.       Didac Costa (One Planet One Ocean), arrivé le 23 février à 08h 52'45''. Temps de course : 108 j 19 h 50'45''.
Retard sur le premier : 34 j 16 h 14'59''. Moy. : 9,4 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 964 milles parcourus).

15.       Romain Attanasio (Famille Mary-Étamine du Lys), arrivé le 24 février à 11h 06'00''. Temps de course : 109 j 22 h 04'00''.
Retard sur le premier : 35 j 18 h 28'14''. Moy. : 10,83 nœuds sur le fond (28 569 milles parcourus).