La classe des Multis 50 perd Escoffier et Le Blevec, la météo antillaise est sens dessus-dessous, et les leaders se préparaient hier à arriver sur la Guadeloupe... en tirant des bords. A quelque 200 milles dans le sillage de Franck Cammas, Thomas Coville maintenait la pression, mais ses chances de revenir sur le leader se réduisaient d'heure en heure. Dénouement dans les prochaines 24 heures.
Note :
De notre envoyé spécial en Guadeloupe
> Le fait du jour
Alors, Franck, cette ETA ? L'ETA, pour Estimed Time of Arrival, c'est toujours le grand fantasme des terriens, impatients de fêter le marin. Les navigateurs ont généralement d'autres chats à fouetter que de donner des rendez-vous qui ne seront de toutes façons pas respectés, et Franck Cammas (Groupama 3), joint hier à la vacation dominicale organisée depuis la Guadeloupe, s'imaginait juste arriver à vue de l'île en fin de journée ce lundi (heure locale), sans plus de précisions.
Plus que le timing de l'arrivée, c'étaient les conditions de navigation dans le dernier sprint qui préoccupaient le vainqueur annoncé. <Les dernières 24 heures seront sans doute les plus complexes de la course. Il va y avoir des grains, de la pétole, on va passer en revue toutes les voiles du bateau, la côte ne sera pas loin, ça risque d'être sportif.>
Sauf retournement de situation de dernière minute, Franck Cammas est attendu la nuit prochaine en Guadeloupe. Mais le sprint final s'annonce tendu, dans des conditions météo tordues lui imposant de nombreuses manoeuvres sur son trimaran géant.
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
La météo antillaise, madame, n'est plus ce qu'elle était dans des mois de novembre normaux. Coincé entre une onde d'Est et la dépression tropicale Tomas, l'alizé ne fait pas le malin, et les Antilles subissent un régime de Sud pour le moins perturbé. Cela devrait se terminer au près, avec en cours de nuit le passage d'un front tropical, < ce qui n'est jamais simple, va falloir être prudent >. Le foc ORC était en tous cas déjà en batterie sur le pont de Groupama, prêt à être envoyé.
Avec Coville (Sodebo) à près de 200 milles dans le rétroviseur, Cammas était hier en situation de contrôle, c'est à dire placé entre son rival et la marque de parcours que constitue l'îlot de la Tête à l'Anglais, au Nord de la Guadeloupe. Mais ce n'est pas non plus du match-racing. <C'est sûr que par rapport à Thomas, je suis bien positionné. Mais lorsque le premier tombe dans un trou de vent, celui qui arrive derrière peut facilement le contourner. Ce que je crains le plus, c'est le petit temps.>
Voici les bateaux tels qu'ils étaient positionnés dimanche soir, et les vents tels qu'ils sont prévus cet après-midi : pour les leaders, la Route du Rhum devrait se finir au près, du jamais vu. Responsable du bazar, la dépression tropicale Tomas, en haut à gauche.
Photo © Cartographie Route Du Rhum
La situation météo est si inhabituelle que personne ne sait trop à quelle sauce les leaders vont être mangés dans le tour de la Guadeloupe. Et si Coville a une idée sur le sujet, il s'est bien gardé de la communiquer. <On va être jusqu'au bout un adversaire dangereux, la situation complexe de l'arrivée est presque une aubaine pour nous>, disait-il dimanche, façon de mettre un peu la pression.
Tom a repris à Cammas un peu plus de 150 milles en trois jours, en cravachant comme un fou, non sans se donner quelques chaleurs sous les grains. <Il arrive dans ton dos, le grain, il essaie de te bouffer, il a même une haleine, le grain.>
C'était un sacré baroud, mais depuis hier les routes ont convergé, Cammas s'est repositionné dans l'Ouest, au prix de quelques empannages, Coville s'est aligné dans son sillage, ses chances de recoller au leader s'amenuisant d'heures en heures.
Quant à Francis Joyon (Idec), il a tenté un coup en essayant de contourner par le Sud la zone sans vents, <mais visiblement, avouait-il, on est tombé dedans !> Il avait redécollé en cours d'après-midi, mais son retard était si grand qu'il paraissait irrémédiable. La certitude, c'est que les marins ne dorment pas beaucoup, qu'ils manoeuvrent abondamment, et que les dernières heures vont être épouvantablement tendues.
Chez les Multis 50, Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou 3) et Yves Le Blevec (Actual) dominaient la flotte, leur écart d'une centaine de milles s'allongeant et se réduisant au fil des grains. Mais, en milieu d'après-midi, dimanche, l'étrave de la coque centrale de Crêpe Whaou cédait, vraisemblablement en raison des chocs répétés dans les vagues : sans gennaker - et donc sans tension d'une voile sur l'étrave -, le leader naviguait en effet sous deux ris et foc ORC. Puis c'est Le Blevec, vers 1 heure ce matin, qui constatait une avarie sur le bras avant tribord de son voilier et devait faire route sous voilure réduite. Lalou Roucayrol (Région Aquitaine) est devenu virtuellement le nouveau leader d'une catégorie décapitée - et Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) rôde, prêt à enlever un possible doublé, finalement !
En IMOCA, Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac'h (BritAir) se disputaient comme des chiffonniers la deuxième place du classement, tandis que Roland Jourdain (Veolia) creusait encore son avance en tête. Près de 80 milles de distance, dans une classe où la régate est aussi acharnée, cela commence à compter. Lancés au portant, les 60 pieds foncent dans la vague tels le sanglier dans la futaie, et Jourdain n'est probablement pas loin d'avoir soudé la pédale d'accélérateur au plancher de son plan Farr. Qu'en dit Riou ? <C'est son truc, à Bilou, il aime ça, ce genre de situations où il faut allumer, se fermer les yeux et se boucher les oreilles.> Mais les monocoques vont à leur tour rencontrer les calmes et la zone météo perturbée. <Cela risque d'être une belle partie de poker.>
Les Class 40 connaissent à leur tour, depuis le franchissement du front en début de week-end, les plaisirs de la glisse. Le plan Verdier de Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) fait parler la poudre, doublant hier son avance sur Yvan Noblet (Appart City) et Sam Manuard (Vecteur Plus). Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne), isolé sur son option Sud et décalé de près de 400 milles en latitude, aligne les meilleures moyennes de la flotte. Il était remonté hier de la 19e à la 7e place - tiens... Tanguy de Lamotte (Novedia/Initiatives) qui, au départ de Saint-Malo, était l'un des favoris, a vu ses derniers espoirs s'envoler avec la déchirure de sa grand-voile.
La Classe Rhum, elle, a perdu (provisoirement ?) un de ses principaux animateurs. Pierre Yves Chatelin (Destination Calais), victime d'un problème de refroidissement moteur, se déroute vers Horta, aux Açores. La bataille fait rage, sur deux routes radicalement différentes, entre Andrea Mura (Vento di Sardegna) et Charlie Capelle (A Capella)... Comme dans toutes les classes : quel Rhum, quel bataille !
> Les classements du jour (8 novembre, 07h40)
Ultime
1. Franck Cammas, Groupama 3.
2. Thomas Coville, Sodebo.
3. Francis Joyon, Idec.
60 IMOCA
1. Roland Jourdain, Veolia Environnement.
2. Armel Le Cléac'h, Britair.
3. Vincent Riou, PRB.
Multi 50
1. Yves Le Blevec, Actual (toujours 1er, car il n'a pas pour l'instant abandonné).
2. Lalou Roucayrol, Région Aquitaine/Port Médoc.
3. Philippe Laperche, La Mer Révèle nos Sens.
Class40
1. Thomas Ruyant, Destination Dunkerque.
2. Yvan Noblet, Appart City.
3. Samuel Manuard, Vecteur Plus.
Classe Rhum
1.Andrea Mura, Vento di Sardegna.
2.Charlie Capelle, Acapella.
3. Pierre-Yves Chatelin, Destination Calais.
> La phrase du jour
<Albert a le record du bord. 29 noeuds selon les organisateurs, c'est à dire le speedo. 26 et quelque selon la police, c'est à dire le GPS. Il y a eu de beaux surfs et de jolis plantés de bâton.> Albert, c'est le pilote automatique de Roland Jourdain (Veolia), qui ne fait pas dans la dentelle.
> Le chiffre du jour
150 milles rattrapés en trois jours par Thomas Coville sur Franck Cammas. Le skipper de Sodebo avait mis du charbon. Mais, en fin de journée, Groupama lui a de nouveau recollé 30 milles de mieux.
Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
08/11/2010 - 04:25
Avaries graves pour Escoffier et Le Blevec
Le Rhum est terminé pour les deux leaders de la classe Multi 50. Ce dimanche, à 15h30, l'étrave de la coque centrale de Crêpes Whaou 3 a cédé en avant de la cadène de solent. Moins de dix heures plus tard, le skipper d'Actual constatait une avarie sur le bras avant tribord de son trimaran.
07/11/2010 - 00:02
Moins de 1 000 milles, dernier sprint (au ralenti)
Reste la pétole qui entoure toute la Guadeloupe... C'est là que les choses vont devenir insoutenables. Franck Cammas (Groupama 3) mène toujours la flotte tambour battant, mais sa voix se fait lasse. La fatigue s'accumule. Ses adversaires Thomas Coville (Sodebo) et Francis Joyon (Idec) mettent les bouchées doubles et encerclent le plan d'eau. Suspens !
06/11/2010 - 00:01
Derrière le front… ça cogite !
Les leaders de la Route du Rhum ont enfin franchi le front qui balayait l’Atlantique Nord. Passage toujours stressant, avec vent fort, pétole, vent qui rentre à nouveau et qui tourne, mer croisée, bouffes et nuages noirs – il faut veiller au grain. Et maintenant, au Nord comme au Sud, ça glisse, ça file vers l’arrivée sous une bonne brise portante ? Presque. Car les alizés sont désorganisés par des petites dép’ tropicales nerveuses. Et les cartes météo promettent une vaste zone empétolée près du but. Entre brutalité et molesse, la fin de course s’annonce rude…
05/11/2010 - 16:10
6 Gwadas pour un Rhum !
Damien Séguin, Christine Montlouis, Luc Coquelin, Jimmy Dreux, Philippe Fiston, Willy Bissainte… Jamais les Guadeloupéens (de souche ou d’adoption) n’ont été si nombreux sur le Rhum. Présentations et interviews en vidéo des futures stars de la voile « 100 % Gwada ».
05/11/2010 - 00:01
Cravachez, maintenant !
Option Sud ou option Nord ? Les alizés ne sont pas terribles, mais quand même là. Le flux de Nord-Est commence à bastonner, passé le front… Alors ? Ahh, on ne sait toujours pas ! L’heure de la convergence approche, et selon les classes, il semblerait que la réponse ne soit pas forcément la même.
04/11/2010 - 10:50
Sidney Gavignet, récit de son avarie du 3 novembre
Sidney Gavignet, 41 ans, le skipper d’Oman Air Majan, a déclenché sa balise de détresse mercredi en fin d’après midi, alors que son trimaran de 105 pieds s’est disloqué avant que le mât tombe. Sain et sauf, après avoir été secouru par un cargo, il raconte avec beaucoup d’humilité et de clairvoyance cet épisode.