Note :
L'arrivée de Lionel Lemonchois, lundi après-midi, à Pointe-à-Pitre a enchanté les aficionados : l'eau filant à haute vitesse sur l'étrave de Prince de Bretagne ne disait pourtant pas grand chose de la traversée à rebondissements qu'a vécue le double vainqueur du Rhum.
Photo © Thierry Martinez (Prince de Bretagne)
<C'est pour ça qu'on fait ces trucs-là, c'est pour faire de belles histoires>, a expliqué Lionel Lemonchois aux journalistes qui attendaient le vainqueur de la Route du Rhum en Multi 50 sur le ponton guadeloupéen, lundi après-midi, avant de sabler son champagne. (Voir notre vidéo, ici.)
Lemonchois - à qui on a redonné pour l'occasion son surnom de "Le bon choix" - ne boude pas son plaisir : il est le premier marin à signer un doublé dans deux catégories différentes. (En 2006, il remportait l'épreuve sur le 60 pieds ORMA Gitana 11 - celui-là même qui a été rallongé pour Yann Guichard - et inscrivait le meilleur chrono de l'épreuve que Franck Cammas, dans sa folle traversée, n'a pas fait tomber, ndlr.)
Mais surtout, il gagne en 2010 sur un trimaran que le sponsor lui a confié tardivement, qu'il n'a pas fait construire pour lui - Hervé Cléris a été le premier skipper de Prince de Bretagne -, mais qu'il s'est efforcé de mettre à sa main... Et maintenant qu'il a remporté son pari, Lemonchois n'a de cesse de louer ses qualités. Pourtant face à deux adversaires coriaces - Yves Le Blevec (Actual) et Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !) -, la victoire de cette transat était loin de lui être acquise. Lemonchois est bon, très bon même, mais d'aucuns préféraient le classer parmi les outsiders de sa catégorie.
Ses doigts font le V de la victoire et le 2 pour l'avoir gagnée deux fois, cette Route du Rhum. Lemonchois arrive à Pointe-à-Pitre escorté par Cammas lui-même et son Groupama 3 : c'est la reconnaissance de ses pairs, la plus belle entre toutes.
Photo © Thierry Martinez (Prince de Bretagne)
Dès les premières heures après le départ de Saint-Malo, il choisit l'option Nord, quand Le Blevec et Escoffier plongent au Sud. Les trois skippers cravachent ; au Nord, Lemonchois enquille du près quand au Sud, les deux autres filent au portant. La guerre des nerfs commence.
Lemonchois est en tête quand le 3 novembre, un premier coup du sort le frappe : son lashing de GV casse. Là où il navigue, la mer est terrible et Lemonchois est contraint de rebrousser chemin, cap sur l'Espagne. Dans une zone plus calme, il parvient à réparer et se remet en route. Sa route dessine une drôle de hernie sur la cartographie.
Lemonchois repart, mais il est maintenant aux fraises, dans le peloton de queue et surtout collé au Nord de l'anticyclone. Dégoûté, il aurait pu en rester là.
Le skipper est d'une autre trempe et déclare qu'il raccrochera le podium. On salue son panache. On n'y croit à moitié.
Lemonchois déboule, remonte la flotte. Il est 500 milles derrière le premier, en 6e position, quand le sort frappe une seconde fois. Le 8 novembre, les deux leaders, Escoffier et Le Blevec, sont successivement frappés de grosses avaries.
Ils devront abandonner la course. Pendant ce temps-là, Lemonchois continuera son travail de sape et reprendra ses autres adversaires.
Lundi 15 novembre dans l'après-midi, ses poursuivants lui ont gratté quelques milles, c'est le jeu autour de la Guadeloupe, mais la victoire ne lui échappera plus. Lionel Lemonchois franchit la ligne en premier, escorté par Groupama 3, comme le signe symbolique d'une passation de flambeau. Lemonchois, réputé discret et introverti, commentera : <J'ai été très touché de voir Franck Cammas sur Groupama 3 venir à ma rencontre, quelques milles avant la ligne d'arrivée. J'ai trouvé ça vachement sympa. Et je suis content qu'il ait gagné. Je trouve qu'il le mérite et il a bien géré sa sacrée machine.>
La trace du vainqueur en Multi 50, Lionel Lemonchois, et sa hernie au large du cap Finisterre, trace d'une avarie maîtrisée... Une
> Les autres mots de Lionel Lemonchois
La gestion du rythme
J'ai été vite, oui, mais j'ai été prudent. Je n'ai pas eu l'impression de faire n'importe quoi avec le bateau. Je me donnais des ranges de vent où j'affalais le grand genak pour mettre le petit. Non, je n'ai pas été, euh... Non. J'ai géré ça normalement, j'ai l'impression.
La confiance dans son bateau
Non, je dirais que je suis parti, pff... Non, je ne me suis pas posé de questions depuis le départ, jusqu'au moment où j'ai cassé mon lashing. J'étais au près, je faisais marcher mon bateau normalement, sur un flotteur. Je ne me posais pas la question de savoir si le bateau allait tenir ou pas tenir. Je faisais marcher normalement.
Le retour des Sudistes
Vu les conditions météo qu'il y avait depuis quatre jours, tout est à craindre. On n'avait aucune certitude sur les fichiers de vent, ça avançait pas vite. Dans le Sud, je les voyais qui progressaient. Donc, inévitablement, la logique, c'est de se positionner pour leur fermer la porte. C'est pour ça que j'ai voulu descendre Sud, en me disant qu'au moins, s'il se passe quelque chose et s'ils reviennent, ben je serai devant, après ce sera une bagarre au contact. Je pouvais pas me permettre de leur laisser une porte ouverte.
Des petites frayeurs
Non, quelques petites envolées sur un patin, mais normal. Rien de plus.
Saveur différente d'une victoire à l'autre
J'ai dû mettre deux fois plus de temps, non ? (Rires.) Maintenant, je vais gagner la Route du Rhum en mettant le plus de temps possible. (Rires.)
> Le point sur la course
En Class 40, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) mène toujours la flotte. S'étant recalé devant Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne) dont il craignait beaucoup le retour (une soixantaine de milles les séparent toujours), il paraît un peu plus serein à la vacation, mais avoue que seule la ligne d'arrivée sera sa délivrance. Pour l'heure, la flotte navigue au largue dans du petit temps. <Je m'arrête pas trop, quoi. J'arrive à garder la vitesse et à progresser doucement. Mais ça va. Faut être dessus.> Ruyant est à 300 milles du but environ.
La catégorie Rhum ne progresse pas vite, elle, et ne connaît guère de changement dans son classement. L'Italien Andrea Mura (Vento Di Sardegna) a une belle avance, mais se trouve encore à plus de 600 milles de l'arrivée. Etienne Giroire (ATNinc.com) a été contraint d'abandonner après son chavirage du 13 novembre.
En Multi 50, la belle victoire de Lionel Lemonchois s'est enchaînée avec une belle bataille pour le reste du podium. Ce sont finalement Lalou Roucayrol (Région Aquitaine - Port Médoc) et Loïc Fequet (Maître Jacques) qui prennent les places. Les arrivées suivantes se sont enchainées toute la journée de mardi. Ce matin, seuls deux concurrents restent en course, après que Yves Le Blevec (Actual) a annoncé son retrait de la course, hier.
En Ultime et en IMOCA, Servane Escoffier (Saint-Malo 2015) et Christopher Pratt (DCNS 1000), dont les problèmes électriques ont pourri la fin de sa très belle course, ont respectivement clôturé les classements de leur catégorie.
> Classements provisoires, le 17 novembre à 11h50
CLASS40
1. Thomas Ruyant, Destination Dunkerque.
2. Nicolas Troussel, Crédit Mutuel de Bretagne.
3. Yvan Noblet, Appart City.
RHUM
1. Andrea Mura, Vento Di Sardegna.
2. Luc Coquelin, Pour le Rire Médecin.
3. Julien Mabit, monopticien.com.
MULTI 50
1. Lionel Lemonchois, Prince de Bretagne.
2. Lalou Roucayrol, Région Aquitaine - Port Médoc.
3. Loïc Fequet, Maître Jacques.
> Classement final de la catégorie Ultime
1. Franck Cammas, Groupama 3. Arrivé le 09/11/2010 à 16:16:47, en 09 jours, 03 heures, 14 minutes et 47 secondes, à la vitesse moyenne de 16.14 noeuds.
2. Francis Joyon, Idec. Arrivé le 10/11/2010 à 02:52:48, en 09 jours, 13 heures, 50 minutes et 48 secondes, à la vitesse moyenne de 15.40 noeuds.
3. Thomas Coville, Sodebo. Arrivé le 10/11/2010 à 16:15:11, en 10 jours, 03 heures, 13 minutes et 11 secondes, à la vitesse moyenne de 14.55 noeud.
4. Yann Guichard, Gitana 11. Arrivé le 12/11/2010 à 00:58:38, en 11 jours, 11 heures, 56 minutes et 38 secondes, à la vitesse moyenne de 12.83 noeuds.
5. Philippe Monnet, La Boîte à Pizza. Arrivé le 15/11/2010 à 14:10:50, en 15 jours, 01 heure, 08 minutes et 50 secondes, à la vitesse moyenne de 9.80 noeuds.
6. Gilles Lamiré, Défi Cancale. Arrivé le 16/11/2010 à 13:26:35, en 16 jours, 00 heure, 24 minutes et 35 secondes, à la vitesse moyenne de 9.21 noeuds.
7. Servane Escoffier, Saint-Malo 2015. Arrivé le 16/11/2010 à 19:58:13, en 16 jours, 06 heures, 56 minutes et 13 secondes, à la vitesse moyenne de 9.05 noeuds.
ABD. Bertrand Quentin, Côte d'Or II.
ABD. Sidney Gavignet, Oman Air.
> Classement final de la catégorie IMOCA
1. Roland Jourdain, Veolia Environnement. Arrivé le 14/11/2010 à 06:12:56, en 13 jours, 17 heures, 10 minutes et 56 secondes, à la vitesse moyenne de 10.75 noeuds.
2. Armel Le Cléac'h, Brit Air. Arrivé le 14/11/2010 à 14:08:07, en 14 jours, 01 heure, 06 minutes et 7 secondes, à la vitesse moyenne de 10.50 noeuds.
3. Marc Guillemot, Safran. Arrivé le 15/11/2010 à 01:30:02, en 14 jours, 12 heures, 28 minutes et 02 secondes, à la vitesse moyenne de 10.16 noeuds.
4. Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3. Arrivé le 15/11/2010 à 04:16:01, en 14 jours, 15 heures, 11 minutes et 13 secondes, à la vitesse moyenne de 10.08 noeuds.
5. Vincent Riou, PRB. Arrivé le 15/11/2010 à 07:05:52, en 14 jours, 18 heures, 03 minutes et 52 secondes, à la vitesse moyenne de 10.00 noeuds.
6. Michel Desjoyeaux, Foncia. Arrivé le 16/11/2010 à 06:31:04, en 15 jours, 17 heures, 29 minutes et 04 secondes, à la vitesse moyenne de 9.38 noeuds.
7. Arnaud Boissières, Akena Vérandas. Arrivé le 16/11/2010 à 09:36:00, en 15 jours, 20 heures, 34 minutes et 00 seconde, à la vitesse moyenne de 9.30 noeuds.
8. Christopher Pratt, DCNS 1000. Arrivé le 16/11/2010 à 20:06:23, en 16 jours, 07 heures, 04 minutes et 23 secondes, à la vitesse moyenne de 9.05 noeuds.
ABD. Kito de Pavant, Groupe Bel.
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Vos commentaires
" la reconnaissance de ses pères", sous la photo de Prince de Bretagne ! Faut surveiller le correcteur ! "ses pairs " aurait été mieux ................
Mais oui, merci ! Manon