Il n'y a pas que les multicoques géants ou les 60 pieds IMOCA. Il y a aussi de purs amateurs qui comptent bien réaliser leur rêve : s'aligner sur la Route du Rhum 2010. Pourquoi ? Chacun a ses raisons. Après Bertrand Guillonneau et Pierre-Yves Lautrou, voici Thierry Bouchard. A 51 ans, cet amateur très éclairé, deux fois deuxième du Tour de France à la voile et troisième en Class 40 de l'Artemis Transat 2008 a mis tous les atouts de son côté. Sa Route du Rhum est certes une première, mais aussi un aboutissement. Rencontre.
Note :
Déterminé, Thierry Bouchard applique au solitaire la démarche rationnelle qui lui a valu ses succès en équipage. Et ne craint pas les poids lourds du circuit Class 40 qui l'attendent à Saint Malo.
Photo © D.R.
Le costume sombre ne fait rien à l'affaire. Quand Thierry Bouchard rentre dans votre bureau, c'est le sportif qui vous serre la main d'une bonne poigne. Pas le gérant de maisons de retraite qu'il est à la ville, avec 250 salariés à la clef.
Teint hâlé, carcasse solide et regard franc, le Marseillais profite de rendez-vous professionnels à Paris pour faire la com' de sa Route du Rhum. Il a une attachée de presse, un préparateur et l'un des plus fringants Class 40 du marché, baptisé Mistral Loisirs-Pole Santé Elior.
A 51 ans, rien ne le prédisposait pourtant au large en solitaire, si ce n'est le goût de la compétition. <Gamin, j'ai fait de la régate en dériveur, je courais en ligue. Mais à l'adolescence, j'ai pas senti que la voile pouvait devenir mon job. C'est après mes études, que je me suis dit, c'est quand même trop con ! Alors, j'ai essayé de rattraper les wagons en habitable.>
<J'ai accroché avec les Class 40 car il y a un côté technique développé.>
D'abord sur le Sélection du paternel, puis en JOD où il tâte du Tour de France à la voile. Les choses sérieuses commencent vraiment avec l'arrivée du Mumm 30. Organisé et conscient du niveau, il sait s'entourer et créer autour de lui une bande de copains de haut vol. Maxime Paul à la barre, Dimitri Deruelle à la tactique et lui à la GV ou comme second barreur.
Deux fois, en 2005 et 2006, ils terminent seconds. Thierry jette alors l'éponge et cherche un autre support. <Mon ami Eric Levet qui travaille avec Marc Lombard m'a conseillé de regarder les Class 40 qui étaient en train de bien se structurer. J'ai accroché avec ces bateaux car il y a un côté technique développé. J'aime la matière, comprendre comment on la transforme, comment les choses marchent.>
Akilaria RC2, c'est le nom de série du Class 40 de Thierry Bouchard. Ce voilier construit en époxy est l'un des plus légers de la flotte et s'avère redoutable à toutes les allures.
Photo © Antoine Beysens
En 2007, il achète un Akilaria Racing, construit chez MC Tec, de l'autre côté de la Méditerranée : même carène que les RC2, mais environ 200 kg plus léger, optimisé pour la jauge. Construit en époxy sous vide (et pas en infusion) avec safrans relevables, c'est l'un des meilleurs Class 40 du marché.
Le temps de prendre en main le bateau avec Oliver Krauss pendant la Jacques Vabre 2007, Thierry signe une très belle troisième place en solitaire dans l'Artemis Transat 2008. <Jusqu'alors, je n'avais pas fait plus de milles en solitaire que le Tour du Frioul, plaisante-t-il. Je n'ai pas trouvé ça trop dur physiquement, car j'ai toujours été sportif. En revanche, ça impose une grande rigueur.>
Sur son Akilaria RC2 optimisé, Bouchard a déjà accroché la 3e place sur l'Artemis Transat 2008. En double, il navigue volontiers avec Oliver Krauss à qui il voudrait transmettre son projet à terme.
Photo © D.R.
A l'aise en solitaire, Thierry n'aime rien de plus que manager, travailler en groupe.
Il s'investit rapidement dans la destinée de la Classe 40 et y préside la commission course depuis 2009 où il négocie avec la FFV et Pen Duick, l'organisateur du Rhum. <Là-dedans, je suis à la fois le sage et le dissipé ! J'ai à coeur d'aider à faire reconnaître la Class 40 comme un format à part entière.>
Entre courses et convoyages, Thierry Bouchard passe en moyenne trois mois par an sur l'eau, abandonnant alors les rênes de l'entreprise à sa femme Christiane.
Sponsorisé mais encore en quête de partenaires, Thierry a les moyens d'assumer son projet. Il cherche néanmoins à limiter son engagement personnel. <Je voudrais surtout pérenniser un sponsor pour ensuite passer le bébé à Oliver Krauss>, dit-il.
En attendant, le Marseillais ne rougit pas lorsqu'il affiche l'ambition très claire d'accrocher le Rhum à son tableau de chasse.
Ses concurrents les plus dangereux ? Il cite volontiers Bernard Stamm, Tanguy de Lamotte ou Yvan Noblet.
Son point faible ? <La météo>, qu'il travaille avec François Gabart.
Et son statut au départ, amateur ou professionnel ? <Amateur, je n'aime pas trop le terme. Mais c'est vrai que je ne suis pas professionnel non plus. Je suis amateur comme Damien Grimont est amateur. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a que la compétition qui me transcende.>
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17/05/2010 - 07:47
Pierre-Yves Lautrou : «J’ai eu envie de savoir ce que cela faisait de mener un tel projet à fond»
Il n'y a pas que les multicoques géants ou les 60 pieds IMOCA. Il y a aussi de purs amateurs qui comptent bien réaliser leur rêve : s'aligner sur la Route du Rhum 2010. Pourquoi ? Chacun a ses raisons. Pierre-Yves Lautrou, 39 ans, journaliste à L'Express, prend une année sabbatique pour vivre cette course à fond... Coup de folie ?
03/05/2010 - 07:00
Bertrand Guillonneau : «Mon rêve n’est pas d’être Desjoyeaux»
Il n'y a pas que les multicoques géants ou les 60 pieds IMOCA. Il y a aussi de purs amateurs qui comptent bien réaliser leur rêve : s'aligner sur la Route du Rhum 2010. Pourquoi ? Chacun a ses raisons. Bertrand Guillonneau, 51 ans, veut faire de cette traversée un acte poétique et écrire un chapitre sportif et ambitieux dans son existence. Rencontre et premier portrait d'une série consacrée aux amateurs.