Note :
Dans la famille Escoffier, je voudrais... la fille (de Bob) et la nièce (de Franck-Yves). A 29 ans, Servane a déjà une très belle expérience en monocoque, mais découvre le mutlicoque géant.
Photo © Julien Girardot (Sea & Co)
Servane Escoffier, 29 ans, tient une place à part dans la catagorie <Ultime> de la Route du Rhum : son bateau n'est plus de première jeunesse - et c'est un catamaran. Saint-Malo 2015, plan Ollier construit en 1984, a couru aux mains de Philippe Jeantot, puis de Bruno Peyron. Ces dernières années, il naviguait en charter sous le nom d'Etoile Explorer, dans la flottille de Bob Escoffier, père de Servane. Plus petit (22,50 mètres) et moins puissant que ses concurrents, il en impose tout de même lorsqu'on songe au gabarit du skipper...
voilesetvoiliers.com : Comment s'est passée ta qualification pour la Route du Rhum ?
Servane Escoffier : C'était début septembre, j'ai parcouru 1 200 milles en montant en Angleterre, puis en accomplissant deux allers-retours dans le golfe de Gascogne pour remonter vers les Scilly et finalement redescendre vers la Bretagne. J'ai eu de 0 à 30 noeuds de vent. C'était un peu le grand saut, j'avais peu navigué auparavant, le bateau étant entré en chantier le 14 juin pour être remis à l'eau fin juillet. Les accélérations d'un multicoque, c'est quand même quelque chose lorsqu'on est habitué au monocoque. Du coup, je ne fais-je pas trop la maligne.
v&v.com : Quels principaux enseignements en as-tu tiré ?
S.E. : Cette navigation m'a surtout confirmé que les manoeuvres étaient physiques, et elle m'a conforté dans le choix de monter un moulin à café.
v&v.com : Quelles autres modifications as-tu réalisées pour adapter le bateau à ton gabarit ?
S.E. : Les voiles d'avant étaient toutes endraillées, elle sont désormais sur enrouleur : solent et trinquette sur des fixes, foc ORC amovible sur emmagasineur. Surtout, nous avons changé le mât. Le nouvel espar est un tube en carbone conçu en 2003 pour le trimaran Sopra, le 60 pieds ORMA : il est moitié moins lourd que le précédent, j'ai économisé 650 kilos dans les hauts, et le comportement du bateau en est vraiment changé. Il plante moins par l'avant, notamment.
Morceau de choix du cata, le mât-aile pivotant : il mesure tout de même 85 centimètres de corde. Une sacrée surface et une puissance difficile à effacer, même en plaçant le mât dans l'axe du vent.
Photo © Julien Girardot (Sea & Co)
v&v.com : Le mât précédent pesait vraiment plus d'une tonne ?
S.E. : Il faut compter non seulement avec le poids du mât lui-même, mais de tout son gréement - les haubans étaient en rod sur une structure en losange, c'était vraiment lourd comparativement au gréement en fibre textile qui équipe le nouveau mât.
v&v.com : As-tu procédé à une cure d'allègement générale ?
S.E. : J'ai débarqué les emménagements, les quelques banettes qui avaient été installées, si bien que j'ai dû gagner au total de 800 à 900 kilos. Je ne m'avancerai pas trop là-dessus, je n'ai pas fait de calculs précis, mais ce dont je suis sûre, c'est de ce qui a été gagné sur le mât.
v&v.com : Comment t'es-tu adaptée aux dimensions de ton catamaran ?
S.E. : Je m'y fais, mais c'est quand même gros. C'est vraiment un nouveau défi pour moi. Les manoeuvres sont physiques et, même dans l'urgence, il faut que je réussisse à agir sans me cramer, à garder toujours de la réserve. Je m'habitue progressivement aux réactions du bateau, je surveille l'enfoncement de la coque sous le vent et la position du brion d'étrave, et je sens assez naturellement lorsque cela va trop vite. Je n'ai encore pas cassé de bateau et j'aimerais ne pas casser celui-là.
v&v.com : As-tu prévu un système de largage rapide des écoutes ?
S.E. : J'ai installé un antichavirage qui, au-delà d'un certain angle de gîte, ouvre automatiquement un ou ou plusieurs taquets. Je choisis, en fonction des circonstances, quels réglages de voile je ramène dessus.
Servane le reconnaît elle-même : le bateau mouille beaucoup. Et l'on sait l'importance d'une protection efficace, notamment en Manche et dans le golfe de Gascogne à l'orée de l'hiver.
Photo © Julien Girardot (Sea & Co)
v&v.com : Pour toi, quelle est la manoeuvre la plus éprouvante sur ce grand cata ?
S.E. : Renvoyer un ris !
v&v.com : Et cela te prend combien de temps ?
S.E. : A l'origine, ça représentait 45 minutes ; depuis l'installation de la colonne de moulin à café, j'ai réduit ce délai à 25 minutes. C'est une ancienne colonne de Gitana, elle est un peu haute pour moi, mais elle change quand même bien la donne. Reste qu'avec mes 52 kilos, je ne peux pas travailler sur mon physique, alors je joue beaucoup sur l'anticipation. Le monocoque reste finalement une bonne école, car toute expérience en mer est bonne, mais j'ai quand même dû reconsidérer certaines notions. Par exemple, lorsque le vent monte au portant et qu'il faut prendre des ris : en monocoque, on y arrive toujours en lofant ; en multicoque, il y a un point à ne pas dépasser...
v&v.com : As-tu personnalisé l'ergonomie du pont et des manoeuvres pour réduire les efforts et te faciliter la tâche ?
S.E. : Hormis la colonne, j'ai juste installé de petits palans volants, pour bouger plus facilement les voiles mobiles, c'est à dire le foc ORC et les trois gennakers.
v&v.com : Est-ce que tu protèges d'une manière ou d'une autre ?
S.E. : Comme depuis toujours, je porte systématiquement sur moi gilet, balise, couteau et lampe frontale - c'est une promesse que j'ai faite à ma famille depuis que je navigue. J'ai par ailleurs installé des lignes de vie de telle manière que je ne puisse jamais, lorsque je suis longée, me retrouver à l'extérieur du bateau. J'ai aussi un point fixe en avant du mât, qui me permet de circuler sur une demi-ellipse lorsque j'y frappe mon harnais. Et si je dois m'aventurer au-delà de la poutre avant, je m'assure sur une drisse.
v&v.com : As-tu adapté l'habitacle du catamaran à des considérations particulières ?
S.E. : Pas vraiment - je sais déjà que je ne vais pas être encombrée avec les tâches ménagères ! J'ai la cuisine à bâbord, la table à cartes à tribord, et la banette devant, mais je sais que ne l'utiliserai pas dans le gros temps, où il faudra que je reste à l'extérieur.
v&v.com : Et pour ces conditions-là, disposeras-tu d'un poste de veille un peu abrité ?
S.E. : Non. Je ne suis pas si mal pour me reposer en m'adossant à la colonne, mais je n'ai pas trop de solutions pour me protéger, même si c'est un bateau qui mouille beaucoup. Plutôt que d'engager des travaux supplémentaires, j'ai préféré naviguer.
| Les multiples vies d'un cata historique |
| Saint-Malo 2015 a eu autant de vies qu'un chat. Construit en 1984 chez Multiplast sur plans Gilles Ollier pour Philippe Jeantot, c'est le premier multicoque fabriqué entièrement en fibre de carbone. Sous le nom de Crédit Agricole, il chavire dans la Transat anglaise, puis remporte l'année suivante la Course de l'Europe dans sa classe. Bruno Peyron le rachète en 1986, et accumule les coups d'éclat à la barre de Club Explorer : 2e à la Route de la Liberté, 2e de la Route du Rhum, 2e du Tour de l'Europe et de La Baule-Dakar, 5e de la Transat anglaise, deux records de l'Atlantique en solitaire. Le catamaran court une dernière fois lors de la Route du Rhum 1990, que Bruno Peyron dispute <en pirate> les bateaux de plus de 60 pieds étant exclus de l'épreuve. Par la suite, celui que Peyron considère comme son <bateau fétiche> est utilisé en relations publiques ou en essais de transmission d'images haut débit en vue de l'organisation de The Race, avant d'être vendu voici deux ans à Bob Escoffier. Dans sa longue carrière, ce catamaran - qui du point de vue de Peyron reste <le dessin le plus réussi d'Ollier> - aura été raccourci et rallongé au fil des épreuves et de leurs règlements. C'est en 1989, avant la course en double Lorient/Saint-Barth/Lorient, qu'il avait reçu ses étraves actuelles, plus fines et plus longues que sur le plan d'origine. |
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11/09/2010 - 00:34
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16/08/2010 - 07:25
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28/07/2010 - 00:07
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