Actualité à la Hune

THE MAGENTA PROJECT

Sam Davies : «Aider les filles à naviguer à haut niveau»

Y a-t-il une vie après la Volvo Ocean Race ? Sam Davies et ses équipières du Team SCA de l’édition 2014-2015 souhaitent entretenir l’élan qui les a poussées à progresser tout au long de la course autour du monde, et motiver d’autres filles à les rejoindre dans la pratique de la voile de haut niveau. Elles lancent le Magenta Project, un réseau international de navigatrices. Explications.
  • Publié le : 21/06/2016 - 00:01

Cinq femmes au départ.Ambassadrices du Magenta Project en France, Cécile Laguette, Sophie Faguet, Mary Rook, Claire Pruvot et Justine Mettraux (de gauche à droite), ont pris dimanche le départ de la Solitaire Bompard Le Figaro.Photo @ Alexis Courroux

Voilesetvoiliers.com : Quand vous est venue l’idée de créer The Magenta Project ?

Sam Davies :
Le Magenta Project est né à l’arrivée de la dernière Volvo Ocean Race, avec notre équipage féminin Team SCA. Mais en réalité, l’histoire a commencé bien avant, puisqu’un de nos objectifs était d’essayer de laisser derrière nous l’impression d’avoir mené la course le mieux possible, avec une approche professionnelle, d’avoir beaucoup progressé et d’avoir encouragé d’autres femmes et filles à se lancer ou à continuer dans la voile de haut niveau.

Voilesetvoiliers.com : Vous sentiez que vous aviez quelque chose à prouver ?
S. D. :
Pas à prouver, parce que c’était déjà fait individuellement, mais nous étions un peu frustrées car cela faisait douze ans qu’il n’y avait pas eu d’équipage féminin sur la Volvo et qu’aucune de nous n’avait l’expérience de cette course. On avait un équipage incroyable avec des filles de très haut niveau. J’ai beaucoup appris avec elles, mais nous n’avions jamais navigué ensemble et nous ne savions pas trop mener ce type de bateau – cela faisait beaucoup de choses contre nous ! C’est dommage, et il ne faudrait pas que cela arrive aux prochaines filles qui viennent sur cette course, c’est pourquoi il faut que l’on essaie de maintenir cette dynamique que l’on a créée, afin d’encourager les filles, les femmes, les sponsors, à continuer, et qu’il y ait un équipage mixte ou féminin sur la prochaine édition.

Voilesetvoiliers.com : C’est cela, l’objectif de Magenta Project : faire en sorte qu’il y ait un équipage féminin à la prochaine Volvo Ocean Race ?
S. D :
Entre autres, mais le Magenta Project n’est pas là que pour la Volvo Race. Disons que c’est quelque chose qui s’est formé à la suite de la course, car notre sponsor Team SCA ne souhaitant pas continuer, nous ne pouvions plus parler de l’équipage Team SCA. Mais nous voulions garder cet élan, il nous fallait donc trouver un autre nom. Et notre volonté était d’élargir notre équipage à un réseau, pour que toutes les femmes de la voile puissent se retrouver quelque part, voir tout ce qui se passe dans le monde de la voile féminine : savoir qui fait quoi, qui a quoi comme projet, et si quelqu’un a un projet, quelles sont les filles disponibles. Que les jeunes filles qui sont fans de voile comme je l’étais quand j’étais petite aient un endroit où elles peuvent trouver des nouvelles de tout le monde.

Team SCAC'est dans le sillage de l'aventure de l'équipe féminine de Team SCA autour du monde que Sam Davies a initié The Magenta Project.Photo @ Benoit Stichelbaut/sea&co

Voilesetvoiliers.com : Comment ce réseau fonctionne-t-il ?
S. D. :
Pour l’instant, nous n’avons pas d’argent, ce sont les filles qui financent un peu, qui, bénévolement, donnent de leur temps pour créer quelque chose, avec l’espoir que nous pourrons nous autofinancer. Cela a commencé tout doucement avec les filles de l’équipage, puis il y a une navigatrice chinoise, Lijia Xu (médaille d’or aux JO de Londres 2012, ndlr), qui nous a proposé ses services en tant qu’ambassadrice. De mon côté, je me suis dit qu’en France il y a beaucoup de femmes qui naviguent et qui sont très fortes, et elles sont confrontées à un autre problème : celui de la langue. J’ai donc eu envie d’emmener le Magenta Project en France. Il y a cinq filles sur la Solitaire du Figaro cette année ; je pense que c’est plus qu’il n’y en a jamais eu sur cette course. Elles sont toutes sérieuses, s’entraînent à fond, ce sont de très bons exemples. Je leur ai donc demandé si elles acceptaient de porter les couleurs du projet, ce qui nous donnera l’opportunité d’expliquer en France ce qu’est le Magenta Project. J’espère que cela va permettre aux femmes qui naviguent à haut niveau de créer davantage de liens et contribuer à casser les barrières, notamment celle de la langue.

Voilesetvoiliers.com : En somme, il s’agit de donner l’exemple, de dire «c’est possible»…
S. D. :
Oui, l’un des premiers objectifs du projet, c’est d’être ambassadeur, modèle. De montrer ce qui est possible, d’encourager les jeunes.

 

Claire PruvotDimanche, Claire Pruvot, membre du Magenta Project, a pris le départ de sa 4e Solitaire Bompard-Le Figaro à la barre de Port de Caen Ouistreham.Photo @ Solo Maître CoQ 2016/Christophe Favreau

Voilesetvoiliers.com : Dans le communiqué de présentation de votre réseau, il est dit qu’après la Volvo Race, le téléphone n’a pas sonné autant que vous l’espériez. Le Magenta Project est-il aussi une façon de dénoncer l’inégalité des chances entre hommes et femmes dans la voile ?
S. D. :
Oui, cela dit nous ne sommes pas restées assises sur notre chaise à attendre qu’on nous appelle ! Quasiment toutes les filles sont impliquées dans des projets différents : moi je suis allée faire la Transat Jacques Vabre (avec Tanguy de Lamotte, ndlr) ; Sally Barkow est sur le World Match Race Tour avec plusieurs des filles ; Stacey Jackson est sur son Moth à foils. Mais il y a des réseaux, par exemple dans la course au large sur les gros bateaux, dont nous ne faisons pas partie. Il y a beaucoup de garçons qui courent sur la Volvo et qui, entre chaque édition, gagnent leur vie à naviguer sur des gros bateaux à droite à gauche, sur des courses comme Sydney-Hobart, le Fastnet, les Voiles de Saint-Barth. C’est aussi comme ça qu’ils engrangent l’expérience de naviguer sur de gros bateaux, avec des gros winches, des voiles plus grandes, et gardent l’habitude d’enchaîner les manœuvres que l’on fait en VOR mais pas trop ailleurs. Avec le Magenta Project, on veut dire qu’il y a aussi des femmes qui naviguent à haut niveau, et faire en sorte que les gens qui recrutent des équipages pensent à nous. On veut se donner les meilleures opportunités de trouver des embarquements entre chaque Volvo. Parce que c’est comme ça que l’on gagne de l’expérience, que l’on progresse.

Voilesetvoiliers.com : Concrètement, ce réseau sera visible par qui et comment ?
S. D. :
Nous avons un site Web, une page Facebook et un compte Twitter. Pour Twitter et Facebook, nous avons pu récupérer les comptes de Team SCA qui nous les a gentiment transférés, si bien que nous avons beaucoup de suiveurs – sur le compte Twitter, nous avons déjà 16 000 followers. Ce qui signifie que les filles du Figaro qui vont faire partie du Magenta Project vont profiter de ces 16 000 followers, car on va tweeter sur leurs performances.

Voilesetvoiliers.com : Il existe déjà la campagne "He for She", soutenue par Isabelle Joschke à travers Horizon Mixité. En quoi votre démarche est-elle différente ? Portez-vous aussi une revendication pour favoriser la mixité ?
S. D. :
Nous ne sommes pas là seulement pour promouvoir des équipages féminins, mais davantage pour promouvoir les femmes à haut niveau dans la voile. Si cela peut favoriser la mixité, c’est très bien, je sais que sur la Volvo ils sont en train de réfléchir à booster les équipages mixtes. Plus on pourra gagner de l’expérience, naviguer à haut niveau, et plus on aura de chances d’être choisies pour naviguer dans les équipages. Mais il faut que l’on justifie notre place. Nous ne voulons pas être sur les bateaux juste parce qu’il faut une fille à bord, mais parce que nous sommes le meilleur choix, parce que nous pouvons assurer notre rôle à bord aussi bien que les autres. Notre objectif est d’encourager les jeunes. Car plus il y aura de femmes dans la voile et plus le niveau va monter, naturellement, et plus il y aura de filles et femmes équipières qui seront aussi fortes que les garçons, plus cela favorisera naturellement les équipages mixtes.

Justine MettrauxJustine Mettraux (TeamWork) est l'une des cinq navigatrices qui participe cette année à la Solitaire Bompard-Le Figaro et porte les couleurs du Magenta Project.Photo @ TeamWork/Stéphanie Gaspari

Le Magenta Project sur la Solitaire Bompard-Le Figaro

C’est à l’occasion de la Solitaire Bompard–Le Figaro, qui s’est élancée le 19 juin dernier de Deauville, que le Magenta Project était officiellement lancé en France. Cinq navigatrices engagées sur le circuit Figaro Bénéteau 2016 portent les couleurs du projet : Justine Mettraux (Suisse), Claire Pruvot (France), Mary Rook (Angleterre), Sophie Faguet (France) et Cécile Laguette (France).