Français, 37 ans, classé 3e du Vendée Globe 2008-09 parce qu'il est allé sauver Le Cam et que son bateau a ensuite démâté. Bénévole de la SNSM depuis quinze ans.
Note :
Vincent Riou, 37 ans, a gagné le Vendée Globe en 2005 et est bénévole de la SNSM depuis 15 ans. Ça peut servir.
Photo © Vincent Curutchet (DPPI)
Vincent Riou. Le terrible. Un surnom à faire trembler... et qui rassure, aussi. Le marin qui a déjà gagné le Vendée Globe une fois - en 2005 - connaît la mer depuis toujours et s'y sent en sécurité. Depuis quinze ans, il s'engage auprès de la SNSM. Le 6 janvier dernier, en plein Vendée Globe, il va chercher Jean Le Cam qui vient de chavirer 200 milles à l'Ouest du cap Horn. Il tourne autour de VM Matériaux retourné, il gueule après Le Cam qui finit par sortir, et le récupère.
Riou, le héros discret qui a perdu son propre Vendée Globe dans la foulée, n'a pas de regret, ce n'est même pas la peine de lui demander. Présent aujourd'hui à La Villette (Paris) pour le 1er Forum de la Sécurité en mer, il raconte à Voiles et Voiliers son expérience au sein de la SNSM, donne son sentiment de plaisancier éclairé sur la sécurité en mer... et sur la jauge IMOCA, la jauge des bateaux du Vendée Globe. Histoire de comprendre pourquoi il a dû aller sauver son copain Le Cam.
v&v.com : En quoi consiste ton engagement aux côtés de la SNSM ?
VR : Cela fait quinze ans que je suis bénévole de la SNSM. Dans mes premières années, j'étais très actif, je partais souvent en mission de sauvetage avec l'équipage de Loctudy. Depuis cinq ou six ans, je suis moins disponible et j'embarque moins souvent. Je ne sais pas vraiment comment fonctionnent les autres stations, mais sur Loctudy, ce sont ceux qui donnent le plus de temps à la station qui sont les premiers déclenchés. Le principe de la SNSM est qu'il n'y a pas de permanence ; les équipiers sont appelés au moment de sortir. 20 à 25 personnes sont inscrites sur un équipage ; dès que six personnes ont répondu présent, la vedette peut prendre la mer. Personnellement, même s'il n'arrive plus très souvent que j'embarque, je reste à la SNSM par principe.
v&v.com : Tu es bénévole SNSM, régatier et plaisancier ; quel état des lieux fais-tu de la sécurité en mer aujourd'hui ?
VR : Enfant, je naviguais. Puis j'ai été moniteur de voile et de croisière... et je descends d'une famille de pêcheurs. Je suis donc issu de pratiques très différentes de la mer : au sein de la SNSM, j'ai été l'un des premiers à représenter cette diversité... (Un temps, il reste pensif.) Quand je me suis engagé il y a quinze ans, il n'y avait que des pêcheurs qui partaient secourir les gens, parce que c'était une sorte d'obligation, au nom de la solidarité des gens de mer... N'empêche que je me souviens de l'un de mes patrons qui ne supportait pas la vue du sang ! (Sourire) Alors quand on devait récupérer un type qui avait perdu un doigt ou une main, il ne l'approchait pas ! Le type, on le déposait sur le quai de Loctudy comme un paquet et puis on laissait les pompiers s'en débrouiller... Aujourd'hui, la qualité de service de la SNSM a considérablement augmenté ! Les équipiers cumulent une foule de compétences ; à bord il y a des infirmiers, un médecin et tous les autres ont au moins leur brevet de secouriste. Avant que la personne secourue soit ramenée à terre, ses premiers bilans ont déjà été faits et transmis. Et puis les dernières vedettes de la SNSM, comme la Margodig de Loctudy, sont fabuleuses ! Il y a tout à bord ! Leur densité le long de nos côtes est telle qu'à la limite, on pourrait même en diminuer le nombre, si on voulait faire des économies. C'est sûr qu'il y a 15 ans, quand on partait sur des bateaux - fallait voir les machins - qui allaient à dix noeuds maximum, ce n'était pas pareil. Mais aujourd'hui, les vedettes déboulent à 20 ou 25 noeuds. Autour de chez moi, où que tu te sois, la vedette se trouve à tes côtés en une vingtaine de minutes ! Du côté des plaisanciers, je crois que l'explosion des moyens de communication a permis de diminuer les demandes d'assistance. A Loctudy, la vedette sort bien moins souvent qu'avant. A mes débuts, on intervenait vingt fois pour des pannes de moteur sur des voiliers ! Maintenant, avant d'appeler le canot de sauvetage, les plaisanciers passent un coup de téléphone à leur loueur ou à un pote pour demander conseil. Le portable crée une proximité entre les gens qui évite pas mal de crises de panique ! Côté équipement de sécurité, il y aussi eu beaucoup de progrès. A la limite, on est même suréquipé à bord de nos bateaux de course ! Comparée à la montagne, la mer me semble un milieu très sûr ! Y'a qu'à voir le nombre ridicule de drames que l'on recense chaque année ! Et puis ces dix dernières années, j'ai remarqué un changement de comportement des plaisanciers. Ils sont de plus en plus nombreux à porter leurs brassières - avant, c'était un truc complètement impensable ! Les personnes du troisième âge surtout semblent prendre conscience de la diminution de leurs capacités. Même un pêcheur professionnel qui n'en a jamais porté de sa vie, je le vois sortir prendre son poisson avec un gilet sur le dos maintenant qu'il est à la retraite !
v&v.com : Le fait qu'après son chavirage sur le Vendée Globe, Jean Le Cam n'ait pas pu sortir par la trappe de sécurité prévue parce que l'arrière de son 60 pieds était immergé va-t-il entraîner des changements dans la jauge IMOCA ?
VR : La raison pour laquelle l'arrière du bateau de Jean s'est retrouvé sous l'eau n'est pas due à un problème de jauge... En fait, lorsque l'on a réfléchi à la question du chavirage, on a considéré que le skipper resterait dans sa cellule de vie. On a donc pensé les systèmes de portes à partir de là. Notamment, leurs charnières étaient montées pour que les portes résistent à la pression de l'eau qui voulait entrer dans la cellule de vie... Mais dans le cas de Jean, ce n'est pas ce qui s'est passé : la cellule de vie a été immergée. A chaque fois que le bateau tapait dans les vagues, l'air resté prisonnier était compressé contre les parois et poussait sur les portes dans le sens contraire à celui prévu. Dans le sens de la sortie. Les charnières n'ont pas résisté à cette pression, ni plus les poignées en plastique qui servaient à fermer les portes... Des poignées en alu auraient été choisies, cela aurait peut-être tenu. Aujourd'hui, on a donc appris qu'il faut faire des systèmes de portes parfaitement étanches. Pas la peine de repenser toute la jauge pour autant. Surtout qu'une jauge ne pourra jamais prendre en compte tous les cas possibles ! Que l'on apprenne au fur et à mesure est inévitable et c'est bien comme ça. C'est comme ça qu'on progresse.
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