Note :
L'arrivée finale à Cherbourg et la 3e victoire d'étape du skipper ont marqué les esprits : cette année, Armel Le Cléac'h s'est révélé intouchable sur cette Solitaire.
Photo © Frédéric Augendre
Trois victoires d'étape, près d'une heure et demie d'avance sur le deuxième au classement général : Armel Le Cléac'h n'a pas fait dans le détail, cette année, sur la Solitaire du Figaro. Il l'avait déjà remportée en 2003 avec 13 secondes d'avance sur Alain Gautier, soit le plus petit écart de l'histoire de l'épreuve. Sa victoire est cette fois-ci, et de son propre aveu, d'un calibre supérieur.
Au lendemain de son triomphe cherbourgeois, le skipper de Brit Air est revenu sur ses trois semaines de course, avant d'évoquer l'avenir. Ses projets passent par le Rhum, le Vendée Globe, avant de revenir vers le Figaro, avec pour objectif une troisième victoire, histoire d'égaler <les tout grands>, Le Cam, Desjoyeaux et Poupon.
2003-2010, d'une victoire à l'autre
A 33 ans, Armel Le Cléac'h remporte sa seconde Solitaire du Figaro, mais compte bien un jour, égaler les plus grands en décrochant sa 3e.
Photo © Courcoux/Marmara (Brit Air)
<Une victoire dans la Solitaire, j'avais déjà connu cela et j'avais eu la chance que cela arrive assez vite, à ma quatrième participation. Lorsqu'on sait combien c'est dur et combien de skippers attendent ça... Il y avait eu ce scénario incroyable, l'arrivée de nuit, sans même savoir où était Alain (Alain Gautier, ndlr). C'était une énorme surprise et il m'avait fallu du temps pour la digérer. Cette année, en revanche, la victoire est construite, elle survient dans une sensation d'accomplissement. Je me fais l'impression d'avoir eu 19/20 au bac et sans me rater à l'épreuve de maths à la différence de l'an dernier (Le Cléac'h avait rétrogradé de la 4e à la 35e place du classement général après une option désastreuse dans le final de la dernière étape, ndlr).>
L'état de grâce
<Je ne pense pas être un extra-terrestre, j'étais seulement dans une espèce de spirale gagnante. D'être souvent en tête rend parfois les choses plus difficiles sur le plan mental, mais cela ne m'a pas perturbé plus que cela. Prendre le maillot jaune à Gijón, dès la première étape, et le garder jusqu'au bout, je n'aurais pas su le faire voici quelques années.>
<Je n'ai pas réalisé de coups magistraux sortis de nulle part, c'était plutôt une bonne gestion de course. J'avais la maîtrise du bateau, de la course, de la pression et des adversaires, comme j'en avais rêvé. J'avais tout en tête, les étapes, le parcours, les longs bords, les bouées à virer, les météos à venir, les différents scénarios. Cela m'a permis d'être en phase avec ce qui se passait sur l'eau, et j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à fonctionner ainsi.>
<J'ai d'abord été surpris d'être souvent devant. Je ne sais pas combien de pointages intermédiaires me plaçaient en première position, mais c'est considérable. Sur mes précédents Figaro, j'ai régulièrement navigué aux avant-postes, mais cela ne m'arrivait pas souvent d'occuper la tête de course. Puis cela a cessé de me surprendre. Être leader faisait simplement partie du truc.>
Peu avant le départ de la 3e étape, Le Cléac'h révise son polycop sur les conditions de vent et de courant de la rade de Brest.
<J'ai eu mal aux mains, mal au dos, j'ai souffert du manque de sommeil, mais jamais, à la différence des années précédentes, je ne me suis retrouvé perdu, dans le stress complet. Mon mental a progressé cette année. Ma victoire avec Fabien Delahaye dans la transat AG2R y est pour beaucoup. Lorsque tu tiens dix jours en tête avec des gars derrière - et non des moindres - qui te mettent la pression, cela donne une grande confiance.>
<Tout le travail réalisé avec Fabien m'a beaucoup apporté. Cette nouvelle génération de coureurs - et notamment ceux qui comme lui viennent de l'olympisme - travaille de façon beaucoup plus méthodique. Ils apportent du soin aux petits détails, au millimètre de réglage d'écoute. Ce sens aigu des réglages, je l'avais un peu perdu en pratiquant le 60 pieds, où l'on est beaucoup plus occupé à maîtriser sa machine, et où l'on consacre beaucoup de temps à la stratégie, à savoir où l'on veut aller, car on y va très vite.>
<Tout cela m'a permis de rattraper un petit retard dont je souffrais la saison passée et j'ai retrouvé ma vitesse de 2004 (Le Cléac'h avait gagné la transat AG2R et une étape de la Solitaire du Figaro, ndlr). Cette année, je n'avais plus de trou. J'ai choisi des voiles que je connaissais, que je maîtrise bien, que j'aimais. Ce sont des voiles qui font aller vite, car dans ta tête tu es convaincu qu'elles vont vite. Mon bateau est celui sur lequel je navigue depuis 2004, cela a toujours été un bon bateau, jamais la question ne s'est posée d'en changer ou d'en louer un.>
François Gabart, le dauphin
<François Gabart est l'un de ceux qui vont dominer le circuit dans les prochaines années. C'est un mec qui travaille beaucoup, comme tous ceux de cette nouvelle génération : ils bossent tout l'hiver, essaient énormément de voiles, sont à fond sur les nouveaux logiciels. François n'avait pas voulu courir la transat AG2R pour mieux préparer sa Solitaire. Il m'a donné beaucoup de fil à retordre, jusqu'au bout. Pour compliquer encore les choses, il y avait deux bateaux Macif (aux couleurs et à la décoration identiques, ndlr), si bien que lorsqu'au petit matin j'apercevais un spi bleu, je ne savais jamais qui c'était, de François Gabart ou d'Eric Péron... Au petit matin du dernier jour de la Solitaire, j'avais les deux spis bleus derrière moi, c'était bon, je savais où ils étaient.>
Sur cette Solitaire, Le Cléac'h a fini par avoir terriblement confiance en lui.
<Nous arrivons en fin de contrat cet hiver avec Brit Air, nous discutons de la suite et d'une nouvelle participation au Vendée Globe. Il s'agirait d'y retourner avec le même bateau, mais en version II, comme Bilou (Jourdain, ndlr) et Le Cam avaient fait la dernière fois, et ils avaient de très bons bateaux.>
<Si je repars pour un Vendée Globe, je mettrai le Figaro provisoirement de côté, car le tour du monde sera pour moi un objectif très important. Je suis encore un petit jeune en 60 pieds, j'ai énormément de choses à apprendre. Je vois la maîtrise dont a fait preuve Michel Desjoyeaux sur le Vendée Globe et c'est ce à quoi je voudrais parvenir. Lors de ma première participation, j'ai vécu le grand Sud à ma façon, c'était franchement difficile, j'ai envie de revivre cela, de le refaire et de le faire bien. Après, si je reviens sur le Figaro, il y aura le challenge d'une troisième victoire. Ce sont les tout grands qui totalisent trois victoires. Le Cam, c'est le roi Jean, Michel Desjoyeaux, on sait le Monsieur qu'il est, et Poupon, c'était mon idole.>
Dans l'immédiat, la Route du Rhum
<Le Rhum, c'est trois étapes du Figaro mises bout à bout, et de ce point de vue la Solitaire m'a bien remis dans le rythme pour ce qui est de la gestion du sommeil, de l'intensité de la navigation au contact, de la capacité à se mettre dans le rouge. Les places seront chères sur le podium de cette Route du Rhum, la course ira très vite et il faudra donner son maximum dès le départ. Au sortir du Figaro je suis sur mon nuage et je me dis que tout est possible sur le Rhum. On parle beaucoup des nouveaux bateaux, on dit beaucoup de bien des plans Verdier, j'ai envie de montrer les capacités de mon plan Finot.>
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20/08/2010 - 10:32
Le triomphe de Le Cléac’h
Surfs sous spi sur la descente sur Lizen, arrivées au bout du jour devant les digues de Cherbourg… Les dernières images de l’ultime étape de la Solitaire du Figaro 2010 ont été montées en un clip à la gloire d’Armel Le Cléac’h (Brit Air), grand, grand vainqueur de cette édition. Suivent son interview ainsi que celles des principaux acteurs de cette superbe course.
19/08/2010 - 05:27
Il a les dents longues, le Chacal !
Imbattable, incroyable, parfait ! A 21h15 et 24 sec ce mercredi, Armel Le Cléac’h (Brit Air) vient de franchir la ligne d’arrivée devant Cherbourg. Il vient de s’imposer sur la dernière étape de la Solitaire et signe sa troisième victoire sur cette course.