Actualité à la Hune

Solitaire du Figaro 2010 – Etape 3

Avertissement sans frais pour Le Cléac'h

Remportée par Adrien Hardy, la troisième étape a été haletante, mais n'a pas apporté de changements majeurs au classement général. Hormis Gildas Morvan, remonté de la 8e à la 6e place et commençant à lorgner sur le podium, les positions dans le peloton de tête sont restées figées entre Brest et Kinsale (Irlande). François Gabart a préservé sa deuxième place, malgré de réels handicaps matériels, et le leader Armel Le Cléac'h a légèrement creusé les écarts malgré une erreur tactique qui pourra lui servir d'avertissement avant le départ de la dernière étape, lundi, à destination de Cherbourg.

  • Publié le : 13/08/2010 - 06:10

Ah ! Le Fastnet ! Ah ! Le Fastnet ! Dernier virage avant la descente vers Kinsale et c'est très serré ! Gildas Morvan (Cercle Vert) finira 4e et remonte 6e au général. Photo © Courcoux/Marmara (Le Figaro) La Solitaire du Figaro a accouché d'une troisième étape d'anthologie. Une minute et dix-sept secondes seulement séparaient les deux premiers à l'arrivée en Irlande. Les dix premiers se tiennent en moins de vingt minutes et trois navigateurs - Tabarly, Lemarchand et Lobato, respectivement 7e, 8e et 9e de l'étape - ont franchi la ligne à Kinsale dans un mouchoir de poche, successivement pointés en douze secondes après plus de cinquante quatre heures de course.
C'est dire la densité de cette étape courue à toutes les allures - près, débridé, largue serré sous spi -, la plus courte (349 milles) de cette 41e édition, mais sûrement pas la plus reposante.

Cependant, elle n'aura pas apporté de changement majeur au classement général, à la déception de Gildas Morvan (Cercle Vert), quatrième du jour : <On était un petit groupe de cinq à six bateaux qui avaient fait le trou au Fastnet et tout le monde est revenu par derrière à l'entrée de Kinsale. Du coup, les écarts sont très faibles.>


Hardy a tenu la pression
Le vainqueur est Adrien Hardy (Agir Recouvrement), jeune coureur de 26 ans connu pour son opiniâtreté : il avait, voici trois ans, défrayé la chronique de la transat 6.50 en remâtant seul son Mini, en plein océan, pour finir sixième de l'épreuve. Il s'est par ailleurs imposé l'an passé en Class 40 dans la Solidaire du Chocolat, associé à Tanguy de Lamotte.

Hardy saute les bulles Comme il se doit, le champagne saute sur le ponton ! Pour une fois que l'étape se finit de jour... Photo © Courcoux/Marmara (Le Figaro) Hardy a pris la tête avant le rocher du Fastnet, en se positionnant plus Nord que ses adversaires au passage d'un front, et il a tenu bon dans la dernière ligne droite le long des côtes irlandaises, malgré la pression mise par un Yann Eliès (Générali), qui termine sur ses talons, et par un Gildas Morvan tentant le contournement par le large alors que le vent se calmait - momentanément - à terre. Le troisième de l'étape est Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) qui signe là son meilleur résultat en quatre participations à la grande classique estivale.


Le Cléac'h s'est fait peur
Leçon pour demain ? Gloups... C'est l'année passée, sur la dernière étape, qu'Armel Le Cléac'h avait fait la "grosse boulette" qui lui avait coûté cher au général. Probablement une bonne leçon à retenir. Photo © Frédéric Augendre Le leader du classement général, Armel Le Cléac'h (Brit Air), termine sixième à Kinsale, à 16' 42'' d'Adrien Hardy et avoue s'être fait peur en tentant <le coup de trop>, trente milles avant le Fastnet alors que, toujours aussi impérial depuis le départ du Havre le 27 juillet dernier, il dominait la situation.
Deuxième au passage du phare de Wolf Rock, il était remonté en tête dans le début de la mer d'Irlande, il était content, de son propre aveu, de pouvoir <faire ce que [il] voulai[t] sur l'eau>.

Et pan, <un petit excès de confiance>, toujours selon ses mots, qui aurait pu lui coûter bien plus cher : à vouloir conserver la droite du plan d'eau, il a tiré seul vers le Nord un bord malencontreux.

Avance confortable Malgré de petites erreurs en fin d'étape et une arrivée en 6e position en Irlande, Armel Le Cléac'h (Brit Air) s'installe plus confortablement encore à la tête du général : 1h 17min et 52sec sur son dauphin, à la veille de la dernière étape. Photo © Benoît Stichelbaut (Brit Air) La boulette est cependant sans conséquences pour Le Cléac'h, car il a réussi à garder derrière lui la quasi-totalité de ses plus dangereux rivaux, en plus de les reléguer à quelques minutes supplémentaires au classement général. Seul Eliès a réduit l'écart d'un quart d'heure, mais il reste loin (15e à plus de deux heures et demie) et traîne comme un boulet cette pénalité de deux heures sanctionnant la mise en route du moteur, au tout début de ce Figaro 2010, alors qu'il s'était échoué sur les côtes de Bretagne.


Gabart sauve les meubles

François Gabart (Skipper Macif 2010) a de son côté préservé sa deuxième place au général, malgré ses handicaps.
Touché de bouée Gabart (Skipper Macif 2010) est tribord. Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) arrive bâbord, force le passage, touche son concurrent, lui arrachant l'aérien, et la bouée. Photo © Frédéric Augendre Ses ennuis ont commencé avec la perte de sa girouette électronique en tout début d'étape, sur un refus de tribord de Thomas Rouxel (Crédit Mutel de Bretagne) à la bouée de dégagement (lire ci-dessous).
Ils se sont poursuivis lorsqu'il s'est mis au plein sur les cailloux du goulet de Brest, à trop jouer avec les contre-courants. Les mouettes n'avaient pas encore pied, mais le skipper, en revanche... Il est tout bonnement descendu de son bateau pour le dégager et le remettre dans le sens de la marche.
Dans l'incident, il a cassé les deux varangues (renforts de fond de coque) proche de la quille et râpé le bord d'attaque de son safran bâbord, <ouvert comme un chou-fleur>. Mais il s'en tire bien, car <malgré 140 milles à faire du près dans de la mer>, sa quille n'a pas remué tant que cela, et il n'a pas eu à lever le pied. Le profil mâché de son gouvernail n'a pourtant certes pas dû aider. <Heureusement que nous étions bâbord amures dans le long bord de spi serré, car sur l'autre bord le safran aurait sûrement cavité.>

Plouf ! Plus d'aérien ! Peu après le contact avec Rouxel, Gabart réalise que son aérien est parti à la flotte... Dans ces conditions, l'étape 3 va s'avérer plutôt longue. Il en finira 18e. Photo © Frédéric Augendre Demande de réparation

Pourquoi Gabart demande réparation

La collision survenue lundi dernier à Brest - à la première marque de parcours de la troisième étape du Figaro - serait plus banale si elle n'avait opposé le deuxième et le troisième du classement général. En tête après le départ, François Gabart se présentait tribord amures à la bouée de dégagement lorsqu'il a vu Thomas Rouxel débouler par son travers et tenter de virer entre lui et la bouée. <J'étais super-surpris et étonné qu'il ne passe pas derrière moi. Cela peut arriver, lorsqu'une file de bateau arrive bâbord, que l'un d'eux n'ait d'autre échappatoire, mais là ...>
Là, Rouxel est seul, il force sa chance et cela ne passe pas. C'est un refus de priorité (refus de tribord) caractérisé. Cela touche, mais des deux côtés... Et chacun des deux skippers n'a qu'une perception partielle de l'incident. François Gabart a vu sa girouette électronique emportée par le gréement de Thomas Rouxel, tandis que ce dernier s'est juste aperçu, nous raconte-t-il, qu'il heurtait la marque. <J'ai réparé en faisant un tour pour avoir touché la bouée, dit-il. Ce n'est qu'en arrivant à Kinsale que j'ai appris que j'avais touché François, je ne m'en étais pas rendu compte sur l'eau.>
Gabart, quant à lui, a aperçu du coin de l'oeil son adversaire <commencer à tourner> et il n'a pas cherché plus loin à savoir si l'autre allait effectuer un 720° (deux tours complets, la pénalité prévue pour réparer un refus de tribord) ou un tour unique (pénalité pour avoir touché une bouée). <J'avais autre chose à faire que de regarder comment il réparait, je préférais me concentrer sur la suite de ma course.>
Privé d'indications de vent (et par conséquent de pilote automatique en mode vent), Gabart s'est battu comme un beau diable pour limiter les dégâts pendant les cinquante quatre heures qu'ont duré l'étape et c'est à l'arrivée qu'il s'est laissé convaincre de demander réparation devant le jury, en vertu de la règle anciennement dite du <yacht lésé>.
Cet article 62 des règles de course internationale, intitulé <Réparation> permet à un jury de corriger un ordre ou une heure d'arrivée lorsqu'un voilier a vu <son score [...] aggravé de manière significative> en raison du comportement inapproprié d'un tiers.
<Je n'aime pas cela, dit Gabart, mais tout le monde me disait qu'il fallait le demander...> Il a donc formulé sa requête en réparation, qui devrait être examinée ce vendredi par les arbitres du Figaro, avant 16 heures.
La question a pu se poser de savoir si Rouxel encourait, du fait de cette procédure, une pénalité en temps. Les instructions de course du Figaro prévoient en effet qu'un voilier ayant <engendré un dommage sérieux> à un adversaire écope d'un minimum de deux heures de pénalité. Mais la perte d'une girouette, fût-elle électronique, ne saurait être caractérisée de dommage sérieux. A la différence, par exemple, d'une voie d'eau, nous a expliqué le président du jury, Jean-Bertrand Mothes Massé.
Quant à savoir si Rouxel encourt une sanction pour avoir seulement réparé d'un tour, alors qu'il aurait dû s'infliger deux tours complets (en pareil cas, les pénalités ne se cumulent pas mais se confondent), elle ne devrait pas être posée. Car le jury ne peut s'emparer d'un tel problème que sur la base d'une réclamation, et non d'une simple demande de réparation.
Le suspense ne concerne donc que l'éventuelle bonification en temps dont pourrait bénéficier Gabart, et son ampleur. Avant la réunion du jury, son avance sur Rouxel au classement général était de 19 minutes et 6 secondes.

Le plus dur était de naviguer sans girouette. Privé d'informations de vent, Gabart a essayé de faire parler ses sensations. <Mais lorsque dans la nuit noire et sous la pluie, le vent est instable en force et direction, comment faire la différence entre deux entre deux noeuds de molle et dix degrés d'adonnante ?>

Dépourvu de mode vent et réduit au mode compas pour son pilote automatique (ce qui est rédhibitoire à certaines allures), il est resté vissé à la barre, estimant n'avoir pris que vingt-cinq minutes de sommeil, en trois fois. Dans ces conditions, finir 18e de l'étape est d'autant plus beau qu'il n'a perdu que treize minutes sur le leader et préserve sa deuxième place devant Thomas Rouxel : <Si j'avais su à Brest que, sans aérien, je perdrais moins de huit minutes sur Tom en arrivant en Irlande, je signais de suite.>

La question est maintenant de savoir si le jury lui accordera une bonification en temps pour réparation du préjudice subi. Et si oui, combien. Réponse attendue ce vendredi, à 16 heures au plus tard.

Mise à jour le 14 août, à 09:13 : Aucune bonification en temps n'a été accordée à François Gabart.
Dans un flash publié sur le site de la Solitaire du Figaro, il est écrit : <Sur les 5 cas examinés en Irlande par le jury de La Solitaire, seuls Eric Peron (Skipper Macif 2009) et Gildas Morvan (Cercle Vert) ont pris des pénalités minimum, respectivement 1 et 2 minutes sur l'étape 2 pour des questions de jauge. Cela ne change rien à leur rang au classement général provisoire.>


Le Cléac'h dans la dernière ligne droite
Et la suite ?
La lutte est acharnée pour les deux marches basses du podium, avec six coureurs groupés en moins de quarante minutes (Gabart, Rouxel, Beyou, Grégoire, Morvan et Tabarly).

Armel Le Cléac'h est en revanche clairement détaché de la meute et semble naviguer seul sur sa planète.

Que représente son heure dix sept d'avance sur François Gabart ?
Beaucoup, si l'on considère que, hormis son cas, les écarts sur ce Figaro 2010 se comptent en minutes.
Mais peu, si l'on étudie le profil de la dernière étape, particulièrement tactique, entre Kinsale et Cherbourg. Le passage obligatoire entre les îles anglo-normandes, puis le franchissement du raz Blanchard à quelques milles de l'arrivée, fournissent suffisamment d'ingrédients pour des bouleversements jusqu'en toute fin de dernière étape.

<Armel navigue bien, il est rapide, il a tout en mains pour conserver sa place de leader, estime Thomas Rouxel, mais on voit régulièrement qu'en voile, tout est possible.>
Tout est possible, a fortiori sur un Figaro, et Le Cléac'h lui-même peut en témoigner. L'année dernière, son option catastrophique dans la toute dernière ligne droite de l'épreuve lui avait coûté cinq heures et l'avait relégué de la quatrième à la trente-cinquième place de la course.
Si nécessaire, son erreur d'avant le Fastnet lui aura servi de piqûre de rappel. <C'était une bêtise, a-il dit, elle me servira pour la suite. Sur la Solitaire, on apprend plus de ses erreurs que de ses réussites...>

Rouxel aux avant-postes L'étape 3, musclée sur une bonne partie du parcours, aura longtemps été menée par Rouxel. Celui-ci en finira 13e. Photo © Courcoux/Marmara (Le Figaro)
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Les chiffres de la troisième étape

Départ : lundi 9 août.
Arrivée du vainqueur : mercredi 11 août, 20h 08min 45sec.
Temps de course : 2 jours, 6 heures, 8 minutes et 45 secondes.
Distance théorique : 349 milles.
Moyenne théorique : 6,45 noeuds.

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Retrouvez le site de la course ici et l'intégralité des classements ici.

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Et aussi...

Relisez le compte-rendu de la deuxième étape fait par Manon Borsi, ici.