Actualité à la Hune

Solitaire du Figaro 2011

Beyou jusqu’au bout !

Vainqueur de la quatrième étape à Dieppe - soit trois victoires de manches comme Armel Le Cléac'h en 2010 -, Jérémie Beyou a largement dominé la Solitaire du Figaro qu'il remporte pour la deuxième fois. Pourtant, l'étape a été très disputée jusqu'au bout, les quatre premiers se tenant en trente-cinq secondes ! La relève est d'ailleurs assurée, à l'image de Paul Meilhat, deuxième à douze secondes de Beyou, et de Fabien Delahaye, troisième de l'étape et deuxième au général. Ou du remarquable Morgan Lagravière, huitième et premier bizuth. Quant à Erwan Tabarly, quatrième à Dieppe, il prend la troisième place à Nicolas Lunven.

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  • Publié le : 25/08/2011 - 00:01

Champagne pour Beyou Après sa victoire à la Solitaire du Figaro 2005, Beyou entre à 35 ans, pour sa douzième participation, dans le club très fermé des doubles vainqueurs de la Solitaire du Figaro. Il peut désormais se targuer d'y avoir enlevé six étapes. Photo © Jean-Christophe Marmara/Alexis Courcoux (Le Figaro) Quel final ! Ils ne se sont pas quittés depuis des heures, glissant à touche-touche, tenant plus de huit noeuds sous spi... Tout en enchaînant les empannages au gré des bascules. À 12 heures, 49 minutes et 1 seconde ce mercredi 24 août, Jérémie Beyou (BPI) l'emporte en 72 heures, 37 minutes et 1 seconde, à 6,02 noeuds sur les 437 milles de la route directe depuis Les Sables-d'Olonne. Ils ont été couverts dans un temps orageux instable, avec un vent variant entre 3 et 15 noeuds, à toutes les allures, et dans les courants du raz de Sein, du Four et de la Manche.

Beyou ne devance Paul Meilhat (Macif 2011) que de 12 secondes, Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) de 28 secondes et Erwan Tabarly (Nacarat) de 35 secondes ! Tandis que le cinquième est à 4 minutes et 3 secondes du vainqueur, en l'occurrence Laurent Gouezigoux (Valorisons), auteur d'un joli coup au large des Anglo-normandes après s'être fié aux observations sur zone du sémaphore de Guernesey.

Un final de folie. Mercredi 24 août à 09h30, à 30 milles de Dieppe, la flotte est au contact sous spi. Ici, les huit premiers se tiennent en 0,8 mille et l'on voit Fabien Delahaye et Jérémie Beyou aux commandes derrière Paul Meilhat, tous les trois dans le groupe légèrement décalé au Nord de la route directe. Photo © Solitaire Du Figaro Pourtant, à cinquante mètres de la ligne, Paul était encore en tête. Mais il se trompe de bouée et il empanne un peu trop loin. Gentleman, Jérémie demande par VHF au comité de course de préciser la position de la ligne. Un geste très élégant qui aurait pu profiter à Meilhat s'il avait entendu ce message radio. <J'ai fait une erreur de jeunesse à l'arrivée, je me suis trompé de bouée... Je n'ai pas dormi depuis le chenal du Four [lundi après-midi, ndlr]. Sur le finish, quand Jérémie a attaqué une série d'empannages, je me demandais vraiment comment j'allais faire ! Et puis on en a enchaîné une dizaine... je me demande encore comment. Tout se fait au mental.>, raconte Meilhat.

Déjà vainqueur de la deuxième étape (voir l'article en cliquant sur le lien) - dans des conditions très musclées où il avait pris ses marques de patron, avant de récidiver sur la troisième (voir l'article en cliquant sur le lien) -, Beyou ne laisse finalement à son dauphin, Fabien Delahaye (voir son portrait en cliquant sur le lien), que sa victoire sur la première étape. Après une étape en 2005 et deux autres en 2009, Jérémie a doublé d'un coup sa mise avec ces trois succès en 2011, sur cette 42e édition. Il n'a d'ailleurs jamais rien lâché, comme en témoigne son leadership sur les quatre manches du Trophée GMF Assistance qui récompense le premier bateau ayant contourné un point de passage clef de l'étape.

Duel d’empannages. À 50 mètres de la ligne, Paul Meilhat est encore en tête mais il se trompe de bouée et empanne un bord trop loin. Malgré l'élégance de Jérémie Beyou qui l'en avertit indirectement, Paul manque l'étape pour 12 secondes. Photo © Jean-Christophe Marmara/Alexis Courcoux (Le Figaro) Cette victoire est d'abord celle d'une navigation parfaite, que Jérémie Beyou a notamment préparée avec Christopher Pratt, restant très concentré sur les schémas météo lors des escales. D'où une limpidité dans ses trajectoires qui s'est accompagnée d'une véritable autorité sur l'eau, Beyou allant vite et toujours au bon endroit ! <Quand tout le schéma stratégique est très clair dans la tête, tu as une bonne vitesse, et ça fonctionne. [...] C'est un enchaînement de choses. Je me suis toujours dit qu'il y avait une méthode pour gagner à chaque fois. Il faut prendre en main sa façon de naviguer, ne jamais subir.>, déclare-t-il à son arrivée à Dieppe.

Surtout, après sa victoire à la Solitaire du Figaro 2005, le skipper né à Landivisiau (Finistère) et originaire de la baie de Morlaix (il vit aujourd'hui à Lorient avec sa femme et ses deux enfants) a connu des années plus difficiles entre 2006 et 2008 inclus. C'est donc un brillant retour gagnant, pour lequel il lui a fallu déployer énormément d'énergie, de rigueur et d'efforts, ces trois dernières années (les deux victoires d'étape en 2009 furent un avant-goût de ce come-back).

Paul Meilhat à 12 secondes ! Pour sa deuxième participation, après sa 19ème place en 2009 (deuxième bizuth), Paul Meilhat peut avoir le sourire, malgré son erreur finale. Il réalise une superbe performance, 6ème au général et 2ème de l'ultime étape à 12 secondes de Beyou. Photo © Alexis Courcoux (Macif) À 35 ans, pour sa douzième participation, Beyou accède ainsi au club très fermé des doubles vainqueurs de la Solitaire du Figaro. Celui-ci accueillait déjà Armel Le Cléac'h (2003-2010), Nicolas Troussel (2006-2008), Jean-Marie Vidal (1972-1987), Gilles Gahinet (1977-1980), Guy Cornou (1975-1976) et Gilles Le Baud (1973-1978), auxquels il faut ajouter les triples vainqueurs Philippe Poupon (1982-1985-1995), Jean Le Cam (1994-1996-1999) et Michel Desjoyeaux (1992-1998-2007). Cela devrait aider Jérémie Beyou à réaliser son projet d'être de nouveau présent au départ du Vendée Globe, dès l'an prochain.

Pour l'anecdote, même si le triomphe de Jérémie Beyou ne doit rien au hasard ni à la superstition, Perros-Guirec lui réussit une nouvelle fois : le port des Côtes d'Armor était la ville départ cette année, comme en 2005, et c'est aussi là que Jérémie a rencontré celle qui est devenue sa femme.

Fabien Delahaye, un grand de la Solitaire. Premier à Caen, troisième en Irlande, deuxième aux Sables d'Olonne et troisième à Dieppe. Pour son troisième Figaro, Fabien Delahaye s'affirme comme un grand de la Solitaire du Figaro, deuxième à moins de 35 minutes de Jérémie Beyou. Photo © Bernard Gergaud (Port de Caen Ouistreham) La relève est bel est bien là avec Fabien Delahaye (27 ans), meilleur bizuth du Figaro 2009 (c'était déjà à Dieppe, devant... Paul Meilhat !) qui a toujours su rester dans les bons coups après sa victoire à Caen. Troisième en Irlande et deuxième aux Sables-d'Olonne, il s'est même payé le luxe de taquiner Beyou jusqu'à la fin auquel il ne concède que 34 minutes et 34 secondes en général. La marque d'un grand solitaire emblématique de cette nouvelle génération venue de la voile légère puis du sportsboat, dont témoigne aussi la progression (18e en 2009, 10e en 2010, 2e en 2011 !).

En tête du classement provisoire du championnat de France de course au large en solitaire, Fabien relève lui aussi l'intensité de la régate : <Nous avons passé notre temps à naviguer bord à bord avec les autres concurrents, à jouer dans les cailloux... C'est usant ! À certains moments, Jérémie se trouvait à deux mètres de moi. Dans ces cas-là, tu ne peux pas dormir et donc volontairement, je m'écartais un peu pour garder un peu de champ et aller faire une sieste.> Autant que les vertus tactiques de l'AIS, c'est l'anti-collision qui n'est pas un luxe !

Erwan Tabarly, troisième au général. Quatrième de la dernière étape, Erwan Tabarly ravit la troisième place du classement général à Nicolas Lunven. À 37 ans, c'est son meilleur résultat pour sa onzième participation (il avait fait 4ème en 2008). Photo © Jean-Christophe Marmara/Alexis Courcoux (Le Figaro) Sixième au général, Paul Meilhat (29 ans, il vient lui aussi de l'olympisme mais en 49er et non en 470 comme Delahaye) fait partie de cette nouvelle génération, comme Nicolas Lunven (Generali) qui n'a que 28 ans, même s'il a enlevé l'épreuve il y a deux ans, ici même. Dieppe lui réussit moins bien cette année, la 24e place sur cette dernière manche (à 30 minutes et 29 secondes seulement de Beyou, ce qui confirme le niveau compact !) le privant du podium au général, au profit d'Erwan Tabarly (Nacarat). Même <sanction> (les guillemets s'imposent !) pour Thomas Rouxel (Bretagne/Crédit mutuel Performance) - 28 ans comme Lunven - qui rétrograde d'une place au classement final.

Derrière Thierry Chabagny (Gédimat), septième, le symbole le plus frappant de ce renouvellement des leaders est Morgan Lagravière (Vendée) (voir son portrait en cliquant sur le lien), huitième au classement général et premier bizuth qui réalise à vingt-quatre ans une course remarquable. Douzième à Dún Laoghaire (Irlande) où il avait tenu des propos d'une grande franchise (voir l'article en cliquant sur le lien), neuvième aux Sables-d'Olonne et septième à Dieppe, il a donc fait preuve d'une régularité impressionnante qui place le meilleur des bizuths à un excellent rang. Morgan est arrivé blessé, ayant reçu le tangon dans le visage lors d'un empannage à deux milles de l'arrivée.
Xavier Macaire
(Starter Active Bridge), douzième, et l'Anglais Phil Sharp (The Spirit of Independence), dix-huitième, complètent ce beau podium des bizuths. Tandis qu'Anthony Marchand (Bretagne/Crédit mutuel/Espoir) - lui aussi de cette nouvelle génération, portrait à lire ici -, réalise une jolie dixième place au général pour sa deuxième participation, derrière Laurent Pellecuer (Atelier d'architecture Jean-Pierre Monier). Si l'expérience reste la meilleure arme pour gagner le Figaro, celle-ci s'acquiert de plus en plus vite pour nombre de jeunes Figaristes.

Morgan Lagravière, premier bizuth. Remarquable huitième au classement général, Morgan Lagravière (vingt-quatre ans) est le premier bizuth. Douzième à Dún Laoghaire, neuvième aux Sables d'Olonne et septième à Dieppe, il a fait preuve d'une régularité impressionnante. Photo © Barbara Bernard (Vendée)
Classement général de la Solitaire du Figaro 2011 (avant jury)

1. BEYOU Jérémie BPI Arrivé en 257h08'41"
2. DELAHAYE Fabien PORT DE CAEN OUISTREHAM + 34'43"
3. TABARLY Erwan NACARAT + 01h07'59"
4. LUNVEN Nicolas GENERALI + 01h11'21"
5. ROUXEL Thomas BRETAGNE-CREDIT MUTUEL PERFORMANCE + 01h22'06"
6. MEILHAT Paul MACIF 2011 + 01h35'47"
7. CHABAGNY Thierry GEDIMAT + 01h46'49"
8. LAGRAVIERE Morgan VENDEE + 01h48'39" 1er bizuth
9. PELLECUER Laurent ATELIER D'ARCHITECTURE JEAN PIERRE MONIER + 01h48'56"
10. MARCHAND Anthony BRETAGNE-CREDIT MUTUEL ESPOIR + 01h56'13"
11. ATTANASIO Romain SAVEOL + 02h10'14"
12. MACAIRE Xavier STARTER ACTIVE BRIDGE + 02h14'29" 2e bizuth
13. DUTHIL Frédéric SEPALUMIC + 02h30'37"
14. HARDY Adrien AGIR Recouvrement + 02h30'58"
15. NICOL Jean-Pierre BERNARD CONTROLS + 02h31'21"
16. LOISON Alexis PORT DE CHANTEREYNE CHERBOURG-OCTEVILLE + 02h37'45"
17. GREGOIRE Jeanne BANQUE POPULAIRE + 02h40'47"
18. SHARP Phil THE SPIRIT OF INDEPENDENCE + 02h42'51" 3e bizuth
... / 42 classés.

> Classements complets sur www.lasolitaire.com

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