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Solitaire du Figaro 2011

L’état de grâce de Jérémie Beyou

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  • Publié le : 03/09/2011 - 00:40

Match-race Figaro Match-racing entre Jérémie Beyou (à gauche) et Paul Meilhat (à droite), à l'approche de Dieppe... C'est Beyou l'invincible qui l'emportera pour 12 secondes et signer une troisième victoire d'étape consécutive ! Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) A 35 ans, pour sa douzième participation, Jérémie Beyou vient de remporter sur BPI son second Figaro, gagnant trois des quatre étapes et survolant la course. Impérial, il a su tirer les enseignements de ses échecs récents, a travaillé dur pour se remettre en question, rappelant s'il en était besoin, qu'il est un grand marin. Portrait.

Niaque extrême Beyou le reconnaît : il faut une sacré niaque pour espérer gagner la Solitaire du Figaro ! Et ces photos, prises au moment de deux de ses victoires, se passent de commentaires ! Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) La 42e édition de la Solitaire du Figaro a été copieusement salée, terrible physiquement, la deuxième étape entre Caen et Dún Laoghaire marquant son paroxysme : louvoyage musclé en Manche, finish dans un hallucinant bord de spi dans plus de 30 noeuds de vent. Un truc de fous... De 46 marins fous. Mais une fois la ligne d'arrivée franchie, les marins en général - et les Figaristes en particulier - sont plutôt pudiques et évitent de trop s'épancher sur leurs souffrances lancinantes.

Jérémie Beyou, 35 ans, fantastique vainqueur de l'épreuve, a longtemps été de cette trempe... Pourtant, il semblerait qu'il ait changé. Car, s'il y a certes les yeux rougis et le visage creusé pour trahir le manque de sommeil et la masse de douleur endurée, Beyou s'offre tout entier au bonheur de son éclatante victoire - et d'apparence facile, avec son parcours sans faute et ses trois des quatre étapes remportées : <Cette victoire, il faut que j'en profite, que je savoure.>

Oui, l'homme - longiligne et épais comme un sandwich SNCF... -, père de deux jeunes garçons, s'est métamorphosé ces dernières années pour revenir disputer SA course fétiche : la Solitaire du Figaro. Remarquable barreur, travailleur, perfectionniste et d'une rare exigence, mais souvent anxieux, voire un peu triste, il est devenu ouvert, serein, détendu... Avec cette niaque bien cachée à terre, mais incontestable en mer.

Né à Landivisiau en juin 1976, en pleine épopée des Verts de Saint-Etienne, Jérémie tire ses premiers bords dans la baie de Morlaix et rapidement brille en dériveur - avec notamment un titre de vice-champion de France en Moth Europe. Puis il découvre la course habitable avec son père, et aussi Yvon Quillec - chef d'entreprise et régatier averti, qui a le chic pour embarquer systématiquement de jeunes talents -, et encore Bruno Jourdren avec qui il remporte le championnat de France des First Class 8.

Diplômé de l'ESC de Brest, Beyou a seulement vingt ans quand il dispute son premier Figaro... Remporté cette année-là par un certain Franck Cammas, de quatre ans son aîné ! Il enquille les Figaro, dispute toutes les transats, court en multicoque, devient champion de France Solitaire et gagne son premier Figaro en 2005, dans des conditions dantesques... Et devant le grand Michel Desjoyeaux. Forcément, Jérémie rêve de Vendée Globe. Avec son partenaire Delta Dore, il lance la construction d'un 60 pieds IMOCA.


Mauvaise passe
La suite s'annonce plus compliquée. En 2006, à la veille du départ de la Route du Rhum, il décide avec courage et élégance de ne pas partir pour <raisons familiales>. Il ne souhaite pas s'étendre sur sa vie privée, mais sa femme rencontre des soucis lors de sa grossesse.
Quelques envieux ou jaloux colportent des rumeurs nauséabondes qui visent à le déstabiliser. Lui ne le vit pas bien. Puis, il abandonne dans le Vendée Globe et la Barcelona World Race, sur avarie de gréement et démâtage... Son sponsor se retire.

Parcours lumineux pour Beyou BPI à l'arrivée de la troisième étape entre Dún Laoghaire et Les Sables-d'Olonne. Jérémie Beyou est parvenu à rester devant malgré les orages. Son parcours est comme ce ciel : lumineux et splendide ! Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) Dans le milieu, on se dit que Beyou a "embarqué" un chat noir. Jérémie traverse clairement une mauvaise passe. Se remet en question et, en 2009, décide de revenir au Figaro où il n'a plus rien à prouver, après avoir embarqué à des postes stratégiques en multicoque avec Michel Desjoyeaux et Pascal Bidegorry. Il trouve un mécène - la famille Paoli - et en hommage au père décédé, baptise son bateau du nom de Bernard. Il remporte deux étapes, mais se plante dans l'ultime... L'édition suivante, il manque de vitesse pour jouer la gagne.

Cette année, il retourne donc <à l'école>... du Pôle Finistère Course au large à Port-la-Forêt, enchaîne les minis stages au milieu d'une meute de jeunes loups brillants qui bossent dur, apprennent vite et font marcher leur bateau comme un avion. Il se pointe à Perros-Guirrec plus décontracté que jamais, mais magnifiquement préparé.


Retour gagnant
Rien n'a été laissé au hasard, du mât neuf au travail sur les voiles Incidences désormais en membrane, de la météo à la préparation physique, de la carène à tous les points névralgiques changés. Au départ de son 12e Figaro, Beyou a non seulement retrouvé l'envie et le plaisir de régater, mais n'a rien perdu de sa détermination. <Quand le schéma stratégique est très clair dans la tête, tu as une bonne vitesse et ça fonctionne. C'est un enchaînement de choses. Je me suis toujours dit qu'il y avait une méthode pour gagner à chaque fois. Il faut prendre en main sa façon de naviguer, ne jamais subir>, analyse t-il avec lucidité et maturité. Rien ne peut l'arrêter. Il navigue en état de grâce, voit tous les bons coups, est quasiment invisible aux escales, préférant une vie d'ermite et l'alternance kiné-siestes-stratégie météo... A traîner sur les pontons et à trop partager. Comme Armel Le Cléac'h l'an dernier, il est sur une autre planète.

Le très beau podium de la Solitaire 2011 Le très beau podium de la Solitaire 2011 : de gauche à droite, Fabien Delahaye (2e) Jérémie Beyou (1er) et Erwan Tabarly (3e). Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) Fabien Delahaye, vainqueur de la première étape, ne le lâche pas d'une semelle tandis que Beyou ne tarit pas d'éloges pour lui, les Meilhat, Lagravière et Rouxel qui lui mènent la vie dure. <Je n'ai pas joué les gros bras. J'ai fait du gagne petit... Ce n'est pas facile de les battre car ils sont vraiment forts>, dit-il.

Mais lui ne gamberge plus quand il est repris après avoir été longtemps devant, n'hésite pas à aller s'allonger quelques minutes - télécommande de pilote dans la main - lorsque le vent "mollit" à 27 noeuds sous spi, multiplie les siestes, et ne somnole pas. Et s'il avoue qu'une certaine dose de souffrance peut parfois être un ressort essentiel pour la gagne, Beyou cache bien son jeu.

Delahaye, son brillant dauphin - à 34 minutes seulement, ne le connaissait pas beaucoup avant la Solitaire mais l'apprécie maintenant clairement et concède : <On avait chacun notre petit plus en vitesse. Lui au reaching et moi au portant. Mais "Jérem'" était imbattable cet été ! Toujours dans la bonne dynamique et avec cette énorme confiance permettant d'assumer ses choix. C'est clair qu'il n'avait pas besoin de regarder les autres naviguer pour savoir ce qu'il allait faire.> Et de conclure : <Il était tout simplement le patron, toujours un cran au-dessus. Quand t'as un mec qui navigue ainsi et qui est toujours devant, tu ne peux qu'attendre une erreur de sa part pour espérer lui passer devant. Le problème, c'est que Jérémie n'en n'a jamais faite !>

Jérémie rêve désormais de prendre le départ du Vendée Globe 2012. En attendant, Jean-Pierre Dick lui a proposé de l'accompagner pour la Transat Jacques Vabre sur Virbac-Paprec 3 - et le double vainqueur de la Barcelona World Race et de la Jacques Vabre ne s'est encore jamais trompé lorsqu'il s'agissait de choisir un co-skipper ! Alors s'il trouve le partenaire qu'il mérite, mieux vaudra se méfier de l'ami Jérémie.

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Retrouvez aussi
<Beyou jusqu'au bout !>, le compte-rendu de la dernière étape fait par Olivier Chapuis, ici.
<Jérémie Beyou : "J'ai maltraité tout le bateau">, l'interview vidéo tournée après sa victoire sur la deuxième étape, ici.

Et aussi, très prochainement, tous les secrets de Jérémie Beyou dans une interview complète, publiée dans le numéro d'octobre de Voiles et Voiliers.
(En kiosque à partir du 16 septembre.)

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