Actualité à la Hune

Solitaire du Figaro 2015

Les Anglais ont débarqué !

Créée en 2010, l’Artemis Offshore Academy est devenue l’école de la course au large des Britanniques. Et ses membres apprennent vite, très vite.
  • Publié le : 20/06/2015 - 00:02

Créée en 2010, l’Artemis Offshore Academy est devenue l’école de la course au large des Britanniques. Et ses membres apprennent vite, très vite.

Solitaire du Figaro 2015L"Artemis Offhsore Academy permet à de jeunes talents britanniques de faire leurs armes en solitaire.Photo @ Alexis Courcoux

Pour sa cinquième année d’existence, l’Artemis Offshore Academy alignait huit sujets de sa Gracieuse Majesté au départ de la Solitaire du Figaro-Éric Bompard cachemire 2015. Un peu plus de 20 % du plateau. Une petite armada de forces vives, de jeunes talents prêts à s’épanouir dans le monde très fermé de la course au large en solitaire ; écrivons-le franchement : dans le microcosme franco-français !

Initiée par Marc Turner, patron d’OC Sport, ce projet avait à l’origine l’ambition d’entraîner un maximum de skippers compétitifs pour le Vendée Globe 2020. De créer un écosystème.

Tournée principalement vers l’olympisme, la voile en solitaire est reconnue en Grande-Bretagne mais le sponsoring y est très délicat. L’idée est donc d’aider les jeunes britanniques dans leur formation, de fédérer des petits partenaires, pour, à l’avenir, monter de vrais projets en vue du Vendée Globe. Surtout grâce à des skippers capables de le disputer avec un bon niveau. 

Un coach expérimenté

Marcus Hutchinson est le coach de cette Academy depuis quatre ans. Ancien figariste (il a participé en 1998 et 2000), il se présente plus en chaperon qu’en l’homme de communication qu’il est aussi : « Il y a plusieurs marches dans l’apprentissage. Il y a chaque année une dizaine de prétendants, puis, une fois la qualification acquise, il y a celle de la prise en main du Figaro Bénéteau pour se comporter correctement en mer. Un bateau que nous leur mettons à disposition. Ensuite c’est une phase d’entraînements et de manœuvres qui se déroule à Lorient, avec des spécialistes comme Tanguy Leglatin. Comme il s’agit de jeunes coureurs, nous travaillons également sur la gestion de leur temps, de leur énergie et de leur vie. Nous leur apprenons également à préparer leur avenir dans le montage d’un projet professionnel. »

Skippers de l’Academy pendant une saison voire deux, comme tout étudiant, ils doivent assumer par la suite leur plan de carrière par eux-mêmes.
Même si l’Academy les aide pour la logistique, les briefings météo sur la Solitaire et un soutien pour l’acquisition d’un jeu de voiles neuves, les coûts étant moindres pour des achats groupés.
La recherche d’un sponsor fait partie aussi de la compétition. C’est le cas cette saison pour Henry Bomby (Rockfish Red), Nick Cherry (Redshift), Sam Matson (Chatam), Alan Roberts (Magma Structures) et Jackson Buttell (GAC Concise), 11e actuellement au classement général et meilleur britannique.

Les Britanniques de la promotion Solitaire du Figaro 2015, membres de l"Artemis Offshore AcademyLes membres de l"Artemis Offshore Academy (de gauche à droite) sur cette Solitaire du Figaro 2015 : Robin Elsey (Artemis 43), Jackson Bouttell (GAC Concise), Henry Bomby (Rockfish/Red), Andrew Baker (Artemis 23), Rob Bunce (Artemis 37), Sam Matson (Chatham Marine), Alan Roberts (Magma Structures), Nick Cherry (Redshift).Photo @ Alexis Courcoux

Avec un budget annuel oscillant entre 700 et 800 000 Euros, l’Artemis Offshore Academy annonce donc une somme engagée pour chaque bateau de l’ordre de 80 000 Euros, communication comprise. L’argent n’est pas un tabou chez les Anglo-Saxons. « Quand on regarde ce qui est déployé par Bretagne-Crédit Mutuel, c’est quatre fois plus je pense. Cela n’a rien à voir, » sourit Marcus Hutchinson. 

Alan Roberts en est à sa deuxième participation. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il apprend vite : « L’an dernier, tout était une découverte pour moi. Maintenant, je peux comprendre une autre partie de la course au large en solitaire. J’apprends constamment lorsque je navigue par exemple à côté de Yann Éliès ou Jérémie Beyou et que je peux maintenir la cadence. Des marins pour qui j’ai beaucoup d’admiration. » Le jeune homme de 25 ans a bien évidemment de jolis projets en tête : « Je compte rester un moment dans le circuit. Mais la partie la plus difficile dans notre sport est de trouver un sponsor. J’aimerais disputer une transatlantique mais le principal objectif reste de faire un tour du monde en course, soit en solitaire, soit en équipage. Mais je sais qu’il faut que j’y aille étape par étape. »

Vers une victoire au classement bizuth ?

Alors que ses deux compatriotes, Andrew Baker (Artemis 23) et Rob Bunce (Artemis 37) sont à la peine après trois étapes, Robin Elsey (Artemis 43) occupe la tête du classement bizuth, celui de la première participation. Et la lutte avec son principal adversaire, Benoît Mariette (Entrepose), distant de 53 secondes, sera certainement des plus passionnantes lors de la quatrième manche : « Une étape de 600 milles est beaucoup trop longue pour marquer un adversaire, analyse Elsey. Je vais donc faire ma propre course et si je me trouve aux côtés de Benoît sur la fin, bien évidemment je serai à la bagarre. Mais être en tête au bout de trois étapes veut dire pour moi que j’ai navigué comme je l’entendais. En me battant contre n’importe quel concurrent. Et il faut penser aussi aux autres de ce classement bizuth. La course au large peut réserver des surprises et, sur l’ultime manche, il y aura plein de passages à niveau. Le principal pour moi ne sera pas de gagner, mais surtout de ne pas perdre !»

A bord d"Artemis 43, Robin Elsey occupe la tête du classement bizuth avant la dernière étape.A bord d"Artemis 43, Robin Elsey occupe la tête du classement bizuth avant la dernière étape.Photo @ Alexis CourcouxL’ultime étape de la Solitaire du Figaro débutera demain, dimanche 21 juin en baie de Torquay. Direction Dieppe, via le nord des Cornouailles pour 470 milles de compétition dans de faibles brises. Quel que soit le classement, les huit solitaires britanniques auront encore beaucoup appris et seront des adversaires de plus en plus menaçants pour la victoire finale lors des prochaines années.