Actualité à la Hune

Solitaire du Figaro 2011

Jérémie Beyou, le récidiviste

Déjà vainqueur de la deuxième étape entre Caen et Dun Laoghaire, Jérémie Beyou vient de dominer largement la troisième qu'il emporte aux Sables-d'Olonne de quelques minutes devant Fabien Delahaye, le vainqueur de la première, et Erwan Tabarly. Au classement général, Beyou ne compte plus que trois adversaires à moins d'une heure de lui : Fabien Delahaye (34'), Nicolas Lunven (40') et Thomas Rouxel (56'). Victorieux de l'édition 2005, Jérémie Beyou, toujours à la recherche d'un sponsor pour le prochain Vendée Globe, aimerait bien récidiver pour entrer dans le club très fermé des multiples vainqueurs de la Solitaire du Figaro.

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  • Publié le : 18/08/2011 - 01:23

Tapis rouge (orangé) pour Beyou Sur cette troisième étape, les solitaires du Figaro ont croisé des dauphins, des multicoques de la course du Fastnet et des lumières incroyables... Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI)

Parcours sans faute Jérémie Beyou s'est glissé en tête dès la première nuit dans le canal St George. Le podium final (Beyou, Delahaye, Tabarly) se trouve déjà dans les cinq premiers après quelques heures de course. Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) <Respect ! Sur l'eau, il est impérial...>
Jérémie Beyou fait déjà l'admiration d'un bizuth, et non des moindres. Ce commentaire a été lâché à l'arrivée par le premier d'entre eux, un certain Morgan Lagravière, rompu à l'exigence de l'olympisme. Il faut dire que comme Nicolas Lunven en 2009, et encore plus clairement Armel Le Cléac'h l'an dernier, Jérémie Beyou semble survoler cette 42e Solitaire du Figaro. Les bookmakers parient certainement en masse que 2011 est son année.

Mener ainsi une étape, quasiment du début à la fin, malgré l'énorme pression de la meute lancée à ses trousses, permet de gagner ses galons de patron de l'épreuve. Psychologiquement, le skipper de BPI est devenu le leader incontesté. Celui à qui tout réussit et qu'on surveille aux jumelles pour empanner quand il empanne.
<Personne n'est intouchable, mais Jérémie maîtrise vraiment bien son sujet>, avoue Nicolas Lunven (Generali), troisième au général provisoire à 40 minutes de Beyou. <Je n'ai pas réussi à tenir sa cadence pour toute la traversée de la mer d'Irlande : il allait trop vite. Jérémie met tout le monde d'accord depuis Perros-Guirec. C'est le roi de la Solitaire aujourd'hui : il est impérial !>, reconnaît de son côté Fabien Delahaye (Port de Caen - Ouistreham), le dauphin de Jérémie sur la troisième étape et au général.

Quand vos deux principaux adversaires en sont à reconnaître à ce point votre domination, la victoire finale commence sérieusement à se profiler. Et ce n'est pas de l'intox à la petite semaine pour endormir la vigilance du patron. La domination de Jérémie Beyou fait l'unanimité dans le peloton, à l'image de cette déclaration d'Erwan Tabarly (Nacarat), un des piliers du Figaro, 3e en Vendée et 5e au général à plus d'une heure : <C'est un peu normal que Jérémie soit devant : il est meilleur, il est en confiance, il va vite, il réussit ses coups. Il navigue proprement.>


Beyou confirme 5e victoire d'étape (et 2e doublé après 2009) en 12 participation à la Solitaire du Figaro pour Jérémie Beyou. Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI)
<Enfoncer le clou...>
Qu'en dit l'intéressé ? <J'ai déjà expérimenté la double victoire d'étape (sur la Solitaire 2009 finalement remportée par Lunven, ndlr) et ça veut bien dire que rien n'est acquis au final !>, tempère le marin sage qui participe à sa 12e Solitaire à seulement 35 ans. <Je ne suis pas bien parti d'Irlande, mais je me suis arraché comme un fou pour recoller à la tête de la flotte. Je me suis énervé, et après, j'ai marqué mes concurrents. De gagner cette étape et d'avoir été presque tout le temps devant, cela permet d'enfoncer le clou...> Un commentaire qui en dit long sur la hargne et la détermination de Beyou.

Car remporter une victoire d'étape sur la Solitaire du Figaro oblige à se faire mal. Très mal. A aller au bout de ses limites. Il ne faut rien lâcher. A aucun moment. Même - et surtout - à l'arrivée lorsqu'un orage vient semer la zizanie dans la flotte. <Les deux phases les plus dures ont été le départ et l'arrivée, les deux fois avec des grains et des orages. Les orages à la fin auraient pu tout chambouler. Je m'en tire bien. Il y a quelques années, je n'arrivais pas à me sortir de ce type de situation. Cette fois, je me dis "Beyou, tu n'as pas le droit de lâcher". Je suis resté concentré. J'ai même pris ma manivelle pour taper sur le pont, comme je le faisais avant, mais là, je l'ai remise à sa place. (...) Je ne boude pas mon plaisir, mais je suis cramé. Pendant trois jours, je me suis demandé comment rester devant. Ça s'est joué à rien, c'est la petite relance au bon moment, c'est pinailler comme un fou sur les réglages. Et en fait, plus tu avances et moins t'as envie que les mecs te doublent.>

Joli doublé Le V de la victoire et le 2 pour son doublé : Jérémie Beyou peut savourer sa belle domination sur cette 42e édition de la Solitaire du Figaro. Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) Trois arrivées en 13 secondes !
Car à l'arrivée, après 2 jours 20 heures 39 minutes et 20 secondes d'une lutte intense, Jérémie Beyou ne devançait mercredi matin Fabien Delahaye que de 4 minutes 13 secondes et Erwan Tabarly de 11'31''. Autant dire que chacun pouvait observer si l'autre avait bien rangé sa chambre avant le petit déjeuner ! Encore plus fort, derrière, Fred Duthil (Sepalumic), Anthony Marchand (Bretagne - Crédit Mutuel Espoir) et Nicolas Lunven (Generali) ont quasiment franchi la ligne main dans la main. Ils finissent de la 5e à la 7e place en seulement 13 secondes ! La Solitaire du Figaro reste vraiment une épreuve hors norme...
Cette étape, où les 22 premiers arrivent en 52 minutes - soit une arrivée toutes les 2'21'' ! - a néanmoins fait quelques dégâts dans la flotte, dont quelques favoris. Eric Drouglazet (Luisina) et Gildas Morvan (Cercle Vert), respectivement 30e et 37e de l'étape, terminent à 2h31 du premier pour l'un, et 3h36 pour le second. Rédhibitoire !


Orage, ô désespoir ! D'impressionnants orages ont marqué le début et surtout la fin de cette troisième étape. Photo © Courcoux/Marmara (Solitaire du Figaro / BPI) Morgan Lagravière, un nom à retenir
Sixième en Irlande, Morgan Lagravière, garçon bien élevé, termine à nouveau dans les dix et premier bizuth au domicile de son sponsor, la Vendée.
Avec ces deux belles performances, le jeune homme de 24 ans, qui n'avait jamais mis les pieds sur un Figaro avant cette année et reconnaissait ne pas savoir où était le Raz de Sein il y a encore deux mois (lire son portrait ici), s'immisce même dans le Top 10 au classement provisoire.

Un exploit lorsqu'on sait qu'en sont pour l'instant exclus (du Top 10) des skippers comme Gildas Morvan, Eric Drouglazet, Romain Attanasio, Jeanne Grégoire, Adrien Hardy ou Fred Duthil.
Pour y arriver, l'ex-barreur de 49er a compris qu'il fallait se faire mal. <Je suis très mal parti en Irlande. J'avais dix milles de retard après une heure de course ! Cela m'a mis un coup au moral d'entrée de jeu, mais je savais que la course était longue. Il y avait moyen de se refaire. (...) Cette troisième étape était plus agréable que la deuxième. Mais même sur des étapes comme celle-là, il faut quand même se faire mal.>


Final à Dieppe

Retour en Manche pour la quatrième et dernière étape qui sera jugée à Dieppe après 430 milles autour de la Bretagne et de la Normandie. Après quelques grosses nuits de sommeil (lire le blog Route fond sur la fatigue à l'arrivée en Irlande), les 46 concurrents encore en course partiront dimanche des Sables-d'Olonne pour la Haute-Normandie.

Avec l'instauration de l'AIS sur les Figaro Bénéteau II, la stratégie va sûrement changer sur cette dernière étape. Désormais, Jérémie Beyou a le moyen de savoir en permanence où se trouvent ses adversaires, à quelle vitesse et dans quelle direction ils vont. Finies les petites options discrètes à la tombée de la nuit... S'il remporte la Solitaire du Figaro 2011, Jérémie Beyou rejoindra le club très fermé des multiples vainqueurs de la Solitaire, à savoir Philippe Poupon (1982, 1985, 1995), Jean Le Cam (1994, 1996, 1999), Michel Desjoyeaux (1992, 1998, 2007), Jean-Marie Vidal (1972, 1987), Guy Cornou (1975, 1976), Gilles Le Baud (1973, 1978), Gilles Gahinet (1977, 1980), Armel Le Cléac'h (2003, 2010) et Nicolas Troussel (2006, 2008).


...........
Classement de la 3e étape entre Dun Laoghaire et Les Sables-d'Olonne

Position / Skipper / Nom du bateau / Ecart au premier

1. Jérémie Beyou (BPI) arrivé mercredi 17 août à 8h39
2. Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) à 4'13''
3. Erwan Tabarly (Nacarat) à 11'31''
4. Thierry Chabagny (Gedimat) à 12'14''
5. Fred Duthil (Sepalumic) 15'27''
6. Anthony Marchand (Bretagne - Crédit Mutuel Espoir) à 15'32''
7. Nicolas Lunven (Generali) à 15'40''
8. Thomas Rouxel (Bretagne - Crédit Mutuel Performance) 16'56''
9. Morgan Lagravière (Vendée) à 19'52''
10. Paul Meilhat (Macif 2011) à 25'20''

...
46 classés


Classement général provisoire après trois étapes (sur quatre)

Position / Skipper / Nom du bateau / Ecart au premier

1. Jérémie Beyou (BPI) en 184h 31'40''
2. Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) à 34'15''
3. Nicolas Lunven (Generali) à 40'52''
4. Thomas Rouxel (Bretagne - Crédit Mutuel Performance) à 56'41''
5. Erwan Tabarly (Nacarat) à 1h 07'24''
6. Laurent Pellecuer (Atelier d'Architecture Jean-Pierre Monier) à 1h 22'07''
7. Thierry Chabagny (Gedimat) à 1h 28'28''
8. Anthony Marchand (Bretagne - Crédit Mutuel Espoir) à 1h 32'18''
9. Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) à 1h 33'31''
10. Morgan Lagravière (Vendée) à 1h 34'06''
...
46 classés sur 47 au départ

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