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Mini Transat

Stan Maslard : «Rouvrir le champ de recherches»

  • Publié le : 11/04/2015 - 00:01

Coureur Mini pendant plus de dix ans, Stan Maslard avait aussi pris le départ de la dernière Mini Transat sur un tout nouveau prototype construit de ses mains. Depuis, le jeune coureur est devenu président de la Classe Mini avec une nouvelle équipe autour de lui qui a libéré la jauge pour pouvoir accepter les foils. Quelles conséquences sur le circuit qui a déjà débuté en Italie et qui commence réellement ce week-end en Atlantique avec la Lorient Bretagne Sud…

 

Stan MaslardStan Maslard a été élu président de la Classe Mini lors de la dernière assemblée générale au Salon Nautique de Paris : le nouveau bureau a sensiblement ouvert la jauge pour la Mini Transat 2017…Photo @ Dominic Bourgeois

 


Voilesetvoiliers.com : Stan Maslard, tu es le nouveau président de la Classe Mini, un poste que tu n’avais pas imaginé auparavant…
Stan Maslard
: En fait, le précédent président, Jean-Baptiste Lemaire, a démissionné pour des raisons professionnelles et il fallait recréer un conseil d’administration. On s’est donc posé la question à chaud pour désigner un nouveau président, un mois avant l’assemblée générale : le bureau existant était d’avis que cela soit un membre qui n’était pas fraîchement élu au conseil d’administration, car il y avait eu un gros turn-over avec sept démissions sur onze (parce qu’ils n’avaient pas trop de temps libre). Le petit renouveau engagé s’est transformé en tournant dans la stratégie de la Classe Mini, même si nous n’avons pas fondamentalement changé de ligne de conduite. Il fallait que ça brasse pour apporter des idées fraîches et prendre des décisions importantes pour ouvrir la jauge…

 

Voilesetvoiliers.com : Tu n’avais pas particulièrement envie d’être président !
S.M. : Je voulais surtout conserver un certain esprit dans la Classe Mini. Nous avons discuté en petit comité avec Lucas Montagne qui avait déjà été président, avec Renaud Mary, avec Pierre Brasseur… Je ne chassais pas le titre, mais il fallait bien que l’un d’entre nous y aille. Mais je n’ai pas volonté à le faire pendant des années… Comme je suis en fin de mandat pour la prochaine assemblée générale, il faudra aussi que les adhérents me réélisent !

 

Mini Transat 2013Les Mini font toujours autant rêver, non seulement parce qu’ils permettent l’accès au grand large pour un budget raisonnable, mais aussi parce qu’il est possible de mettre en application les idées les plus farfelues comme les plus révolutionnaires. Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co.

 

Voilesetvoiliers.com : Il y a eu un grand virage côté jauge Mini !
S.M. : Nous étions trois pour réécrire la jauge qui tournait en rond depuis des années et dont les conséquences était la diminution de la participation des prototypes. Nous avions été mandatés par la majorité des membres dès la fin de la Mini Transat 2013 pour revoir la copie dans le sens d’une plus grande ouverture : avec l’apparition des foils sur la Coupe de l’America, il fallait bien prendre le train en marche. Sans aller jusqu’à faire voler des Mini Transat, ne pas évoluer était s’exposer à une perte d’intérêt.

 

Karen Liquid-foilsLes foils vont encore plus donner de puissance aux allures débridées comme l’a démontré les tests effectués sur l’ex Karen Liquid’ pour la mise au point des appendices de l’IMOCA Banque Populaire VIII.Photo @ Yvan Zedda/Sea & Co Voilesetvoiliers.com : Vous avez travaillé sur quels points ?
S.M. : Trois secteurs ont été abordés : l’ouverture du cadre en particulier sur les trois mètres de large, la suppression de la règle de stabilité statique à 10°, la hauteur des francs bords. En fait en réfléchissant, on s’est aperçu que la règle des 10° ainsi que celles des hauteurs de francs bords s’autorégulait et restait un bon garde-fou pour la stabilité : on n’y a pas touché. L’article sur la largeur maximum avait déjà des tolérances pour l’installation des outriggers par exemple : supprimer cette contrainte, c’était donné un coup de boost à la recherche. Désormais, les bateaux font toujours 6,50 mètres de long, avec les mêmes tests de stabilité à 10° et à 90°, mais une fois la ligne de départ franchie, les concurrents sont libres sur la largeur en navigation.

 

Voilesetvoiliers.com : Cela autorise donc les foils…
S.M. : Après le coup de canon, on a le droit de sortir du cadre des trois mètres, donc de mettre des appendices qui offrent une portance hydrodynamique (mais pas hydrostatique pour éviter les « flotteurs ») dans la limite des 6,50 mètres de large. La largeur maximale du cadre actuel semble très large pour les architectes à l’heure actuelle…

 

CultisolC’est pour éviter que les Mini Transat ne ressemblent tous à des Magnum, comme le nouveau Cultisol de Davy Beaudart, que la jauge s’est ouverte pour 2016 aux foils.Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co.

 

Voilesetvoiliers.com : C’est bien libellé dans le texte de jauge ?
S.M. : En cas de doute, la Commission Technique est apte à répondre à toutes questions sur l’interprétation de la jauge. A ce jour, nous voulons rester dans l’esprit de l’écriture originelle de la jauge et donc, ne pas autoriser les multicoques. L’objet est de traverser l’Atlantique sur de petits bateaux en toute sécurité. Cette ouverture aux foils est aussi clairement une réponse à la tendance des scows, type Magnum. Mais David Raison, le concepteur est parfaitement au courant puisqu’il fait partie du conseil d’administration comme trésorier de la classe Mini.

 

Mini DesjoyeauxMichel Desjoyeaux avait été un précurseur sur la Mini Transat 1991 avec sa quille basculante et son tangon sur rotule, à l’image de Norton Smith en 1979 avec ses ballasts…Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co. Voilesetvoiliers.com : Les prototypes semblent reprendre du poil de la bête !
S.M. : Déjà, les coureurs proto sont mieux représentés au conseil d’administration. Notre idée est bien sûr de favoriser la construction de prototypes. Car si on regarde la catégorie des voiliers de série, il y en a plus de différents que de protos différents, surtout que les derniers-nés sont construits de plus en plus légers. Notons que le cadre à 6,50 mètres de large n’est pas autorisé pour les voiliers de série. Depuis plusieurs années, on jauge les dix premiers exemplaires, mais pour les courses série, il est désormais possible de contrôler la jauge au hasard, en particulier la stabilité.

 

Voilesetvoiliers.com : Il faut constater que les voiliers de série neufs ne se vendent plus à la pelle !
S.M. : Les deux nouveaux de l’année, le Pogo-3 sur plans Guillaume Verdier et l’Ofset 6.50 un dessin d’Etienne Bertrand, sont déjà vendus à plus de dix exemplaires. Mais ils ne pourront être qualifiés en tant que série avant la Mini Transat qu'à condition qu'ils terminent le nombre exigé de milles qualificatifs sans problèmes et que dix unités soient jaugées dans l'année. Actuellement, un bateau de série Mini parfaitement préparé et neuf coûte environ 80 000 € : c’est quasiment le prix d’un prototype d’occasion tip-top ou d’un nouveau bateau fait soi-même. Mon prototype n°850 prêt pour une Mini Transat m’a coûté 75 000 €…

 

Voilesetvoiliers.com : A l’origine, les voiliers de série étaient aussi destinés à la croisière…
S.M. : Certains sont réellement confortables avec du volume intérieur, d’autres sont au minimum des cotes imposées… Mais clairement, ils se sont « prototysés » ! Alors aujourd’hui, plus personne n’achète un Mini neuf pour faire de la croisière : c’est un marché confidentiel réservé à la course et si tu veux gagner, il faut acheter le dernier modèle. Les unités précédentes deviennent obsolètes, ou du moins outsiders. Il y a encore beaucoup de coureurs qui ne viennent pas pour gagner mais pour traverser l’Atlantique tout seul. Et phénomène générationnel, beaucoup de Ministes en série veulent des bateaux qui fonctionnent tout de suite : ils n’ont pas le temps ou l’envie de bricoler. Un prototype oblige à sortir la caisse à outils !

 

NaciraLe Nacira 6.50 qui avait déjà débordé le Pogo-2, valeur sûre des voiliers de série, semble aujourd’hui dépassé par la nouvelle génération encore plus puissante et légère…Photo @ Jacques Vapillon Sea & C°

 

Voilesetvoiliers.com : On sent émerger une nouvelle génération…
S.M. : On voit réapparaître des anciens prototypes qu’on n’avait pas vu depuis longtemps : de jeunes coureurs remettent en état des bateaux encore très performants. Cela est aussi lié à un changement au niveau de la Classe Mini : dans les années où la transat arrivait à Bahia, cela ronronnait un peu parce qu’il y avait un engouement extraordinaire pour cette course. Mais là force est de constater que le nombre d’inscrits aux courses stagne ou est en légère baisse.

 

Voilesetvoiliers.com : La Classe Mini est donc moins à l’aise financièrement ?
S.M. : Elle a toujours volonté à aider les coureurs et les organisateurs, mais il ne faut pas cacher qu’il y a un peu moins d’adhérents (250) et les 9/10ème participent à au moins une course. On aimerait bien que d’anciens coureurs redeviennent membres pour participer aux décisions, mais aussi pour parrainer de nouveaux coureurs.

 

Magnan-MiniSébastien Magnan avait donné le ton en 1997 et 1999 avec son Karen Liquid’ très large et surpuissant qui navigue encore sur le circuit Mini !Photo @ Thierry Martinez/Sea&Co. Voilesetvoiliers.com : En temps que président, tu vas aussi refaire des courses, dont la Mini Transat en septembre prochain au départ de Douarnenez…
S.M. : Non, pas cette année : je vais faire la Transat Jacques Vabre sur un IMOCA.

 

Voilesetvoiliers.com : Côté calendrier, la Classe Mini va le clarifier et l’alléger ?
S.M. : Les courses ont déjà commencé en Italie au mois de mars. Il y a une nouvelle épreuve entre la Grande Motte et l’Italie. En revanche, nous avons enlevé l’Armen Race qui retirait trop de candidats aux courses de Douarnenez. Et il y a de moins en moins de dérogations acceptées pour la Mini Transat ou Les Sables-Les Açores : il est important que les coureurs prennent le départ, mais il est aussi important qu’ils franchissent la ligne d’arrivée.

 

Voilesetvoiliers.com : Cette année, il y a la « révolution » de la jauge, l’an passé c’était la « révolution » du parcours !
S.M. : La course vers le Brésil avait trop typé les bateaux et l’arrivée du Magnum a changé la mise. Il fallait donc aussi donner un coup d’accélérateur à la recherche et au développement sans avoir un tracé essentiellement au débridé travers. Bon, le départ reporté d’un mois à Douarnenez a posé des problèmes ! Nous avons donc augmenté le temps d’escale aux Canaries pour donner le départ au 19 septembre 2015 pour la vingtième édition de la Mini Transat : le départ de Lanzarote aura ainsi lieu le 31 octobre. Avec la possibilité d’avancer le départ de 48h : cela donne la garantie à 99% de dégolfer dans de bonnes conditions. Avec une arrivée en Guadeloupe qui est devenue partenaire de la course.

 

Mini Transat 2013A l’arrivée en Guadeloupe en 2013, Benoît Marie avait démontré que sur ce parcours Est-Ouest, les anciens prototypes pouvaient contrer les scows comme Magnum.Photo @ Jacques Vapillon Sea & C°

 

Voilesetvoiliers.com : Et il y a un appel d’offres pour les deux éditions suivantes…
S.M. : Il y a déjà huit dossiers sur la table, la clôture des candidatures étant au mois de juin. Établissement d’une short-list en septembre et décision avant le Salon pour l’annoncer après la remise des prix de la Mini Transat…

 

 

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