Actualité à la Hune

L’œil de Dominic Vittet

Sus au Pot au Noir !

Depuis le passage du front froid moins de 48 heures après le départ, les voiliers choquent les écoutes et glissent ! Profitant d’abord du vent de Nord-Ouest qui suivait le phénomène, puis des vents de Nord-Est qui suivent la courbure de l’anticyclone des Açores, les carènes se régalent ! La haute pression atlantique, bien établie dans toute la partie Est du bassin et qui descend jusqu’aux tropiques, offre aux Ultim (avec Sodebo Ultim' en tête ce matin), aux Multi50 – dont le leader est FenêtréA - Mix Buffet et aux IMOCA (premier : StMichel-Virbac) une route sans encombre jusqu’à l’équateur.
  • Publié le : 11/11/2017 - 07:21

Excepté Maxi Edmond de Rothschild et Sodebo Ultim’ qui ont déjà franchi la zone critique, les autres préparent maintenant leur atterrissage dans un Pot au Noir qui s’annonce fluctuant, tantôt épais, tantôt étalé dans l’Ouest, et près à distribuer ses cruelles injustices.

Pour les Class40, catégorie menée par Imerys Clean Energy, la porte se ferme. L’alizé confirme sa dégradation à l’Ouest des Canaries. Finies les grandes glissades euphoriques. Les duos vont devoir composer avec des vents capricieux avant d’attaquer la fameuse zone de convergence intertropicale.

ImerysPhil Sharp et son équipier Pablo Santurde (Imerys Clean Energy) ont su tirer la quintessence de leur machine dans cette rapide descente vers Madère. Mais leur leadership pourrait être mis à mal ces prochains jours dans la partie de poker qui les attend pour rejoindre l’équateur.Photo @ Jean-Louis Carli/ALeA/TJV17

Comme je l’avais évoqué mercredi, tous les bateaux leaders ont navigué très Ouest depuis le passage du front. En Ultim, il fallait une navigation parfaite de Sodebo Ultim' pour réussir à voler la vedette au bateau volant Maxi Edmond de Rothschild. Ce qu’il a magnifiquement effectué en se décalant au large des Canaries. Idem en Multi50 ou  Erwan Le Roux et Vincent Riou (FenêtréA – Mix Buffet) se sont joués d’Arkema en passant à moins de 60 milles de Santa Maria, l’île la plus à l’Est des Açores. 
 
En IMOCA, Yann Eliès et Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) ont été flirter au plus près du cœur de l’anticyclone et se sont ouverts un angle favorable pour descendre vers le Sud. Ils consolident leur avance. Morgan Lagravière et Eric Peron ("Des voiles et vous"), trop Est, cherchent à rectifier le tir mais ils ont, d’ores et déjà, laissé quelques plumes aux leaders. 
 
Enfin, pour la Class40 qui s’étale maintenant sur plus de 600 milles, Imerys Clean Energy qui a empanné le plus à l’Ouest au large de Porto mène la danse même si trois autres bateaux sont collés à son tableau arrière…
 
Une fois les navigateurs embarqués dans cet immense bâbord amure vers l’équateur, il y a deux choses à faire : aller vite... et se préoccuper sérieusement du passage du Pot au Noir. 
 
Les marins savent que le point de passage optimal pour passer dans l’autre hémisphère météo se situe «statistiquement, au mois de novembre» aux environs de 8° Nord et entre le 25 et le 30e Ouest. En voulant couper le fromage plus près de l’Afrique, on risque de tomber dans des calmes infernaux et durables, là où la bande sans vent est la plus large. 

A contrario, une route au-delà du 30e Ouest, garantirait un passage plus facile, sans calmes désespérants, mais l’angle de sortie pour affronter les alizés du Sud-Est serait beaucoup moins favorable. Il faut donc trouver le bon compromis, quelque part en passant dans cette porte de presque 300 milles de large. Fichiers de vent, photos satellite, observations du ciel... Pour les marins connectés, tout y passe !
 
Mais la zone équatoriale, avec ses masses d’air chaudes qui montent dans l’atmosphère et donc par définition d’une très grande instabilité, n’offre pas une grande fiabilité dans ses prévisions. Il faut approcher, renifler, et … dans les dernières 24 heures qui précèdent la transition, s’engouffrer dans le trou de souris qui se présente, sans garantie absolue de résultat !
 
Seule contrainte dans l’exercice : ne pas se retrouver plus à l’Est qu’on ne voudrait. Car lofer est facile pour les prototypes modernes qui créent leur propre vent et accélèrent, alors qu’abattre vent arrière pour gagner dans  l’Ouest… est impossible sauf perdre un temps gigantesque.
 
Il faut donc mieux anticiper largement l’atterrissage sur cette zone délicate et se retrouver trop Ouest que trop Est pour s’offrir les meilleures opportunités. 
 

Descente vers le Pot au NoirQuand les Ultim sont passés, la dépression (D) n’était pas là… L’anticyclone bien établi leur a garanti une descente rapide et une route Ouest (verte), très payante. Pour les Class40, le slalom s’annonce plus compliqué jusqu’à la porte entre le 25e et le 30e Ouest. Eviter la dépression qui casse l’alizé, regagner dans l’Ouest, puis traverser un Pot au Noir qui s’annonce «épais» (traits roses)… A moins que des attardés ne visent tout de suite l’alizé mieux établi et plus prometteur le long de la côte africaine (trait pointillé rouge).Photo @ Dominic Vittet

Excepté pour Maxi Edmond de Rothschild et Sodebo Ultim' qui sortent ce matin du Pot au Noir, pour les autres classes, c’est la course à l’Ouest. Ils sont attendus à Salvador de Bahia lundi en milieu de journée 'heure française).
Pour les autres, nous compterons les points et nous aurons un aperçu des podiums possibles dès que les étraves pointeront leur nez dans l’alizé de Sud-Est. La descente vers Bahia n’est, en général, qu’une formalité.


Pour les monocoques de 40 pieds, le Pot au Noir est encore loin. Il va leur falloir d’abord éviter la dépression dans l’Ouest qui va casser l’Alizé dans son Sud et les obliger à serrer les Canaries. A moins que certains bateaux, en chasse derrière le quatuor de tête, n’anticipent ce désordre et fassent cap dès maintenant vers les côtes africaines ou l’alizé reste bien établi.

Ensuite, les jolis monocoques devront gagner au moins jusqu’au 25e Ouest voire 27e pour éviter l’énorme zone de calmes qui se dresse sur leur route.

Pas facile le slalom à petite vitesse dans les eaux les plus chaudes et les plus incertaines de la planète… Angoisses et grosses suées en perspective ! Encore six jours avant que les premiers atteignent le 8e Nord.
 
 
 

 

 

 

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements à 07 h 06


Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), à 1 297 milles de l’arrivée.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), à 9,9 milles du premier.
3. Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), à 862 milles du premier.

IMOCA
1. StMichel-Virbac (Dick-Eliès), à 2 296,6 milles de l’arrivée.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), à 50,9 milles du premier.
3. Des voiles et Vous (Lagravière-Peron), à 76,7 milles du premier.

Multi50
1. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), à 2 150,6 milles de l’arrivée.
2. Arkema (Roucayrol-Pella), à 69,1milles du premier.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), à 168,9 milles du premier.

Class40
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 2 694,4 milles de l’arrivée.
2. V&B (Sorel-Carpentier), à 27,8 milles du premier.
3. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 34,2 milles du premier.


Classements complets et cartographie ici.