Actualité à la Hune

The Bridge

Le Queen Mary 2 arrive... et les multis galèrent

Le voyage du Queen Mary 2 touche à sa fin. Vers 6 heures à l’heure américaine ce samedi 1er juillet (midi en France) le liner géant de la Cunard sera aux abords de la statue de la Liberté. Côté voiliers, plus rien n’est certain pour personne, si ce n’est que Macif navigue toujours en tête - sans garantie aucune de victoire – et que Sodebo Ultim est bien revenu sur Idec Sport mais semble peiner à petite vitesse ce matin.
  • Publié le : 01/07/2017 - 07:46

arrivée QM2A 5 h 10 ce samedi 1er juillet, heure de New York (11 h 10 à Paris), le Queen Mary 2 est passé sous le pont Verrazano en baie de New York, avant de saluer la statue de la Liberté.Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

Les passagers du Queen Mary 2 ont sagement posé leurs valises devant les portes de leurs cabines en prévision du débarquement à New York. La partie paquebot de la fête n’en a plus que pour une poignée d’heures. À la soirée de clôture, l’organisateur de The Bridge, Damien Grimont, a eu droit à une belle ovation. Chacun s’est félicité de cette si belle journée, chaude et pour une fois ventée ! L’équipage a même fini par fermer deux des ponts supérieurs car lorsqu’on ajoute les 25 nœuds de vent de Sud aux 23 nœuds de vitesse du paquebot de la Cunard, on y ressentait presque cinquante nœuds de vent et on avait bien du mal à y progresser sans être ridicule. La température n’a plus rien à voir avec les 8 degrés des bancs de Terre-Neuve et si l’Atlantique Nord moutonne enfin, c’est avec 28 degrés ! Vingt degrés d’amplitude thermique en à peine plus d’une journée de navigation, merci le Gulf Stream…

A bord Queen Mary 2La croisière tire à sa fin à bord du Queen Mary 2 enfin sous le soleil. A midi, le paquebot sera le vainqueur de The Bridge.Photo @ Yvan Zedda/The Bridge

Brume et pétole

Les Ultim devraient donc débouler à haute vitesse ? Pas du tout. Car près de 900 milles derrière le Queen Mary 2, ils n’ont absolument pas les mêmes conditions météo, mais a contrario des vents encore erratiques dans la brume qui sévit à l’aplomb de la zone d’exclusion des glaces. «On voit encore l’avant du bateau, mais c’est à peu près tout» témoigne Pascal Bidégorry, le navigateur de Macif.
Un leader pas forcément serein. «Dans ces conditions, le contrôle est impossible» reconnaît François Gabart. À un millier de milles de l’arrivée rien n’est joué pour les trois premiers. Certes le Actual d’Yves Le Blévec, avec plus de 270 milles de retard sur Macif, aura bien du mal à revenir dans le match maintenant «mais il est meilleur que ses polaires» tempère Damien Grimont.

MacifBrume et calmasse... le lot des concurrents de The Bridge sur cet Atlantique Nord.Photo @ Yann Riou/Macif

Entre les trois autres trimarans en revanche, bien difficile de dire qui pourra tirer le meilleur parti de ce derniers tiers de course encore plus aléatoire que les deux premiers. Car, comme l’explique le météorologue de la course et chroniqueur de voilesetvoiliers.com, Dominic Vittet : «la prévision est très difficile, avec la conjugaison des deux anticyclones, celui des Bermudes et celui des Açores, conjugaison à laquelle s’ajoutent des basses pressions orageuses». Le tout forme un joyeux bazar météorologique ou Vittet voit «une grosse zone d’incertitude à 300 milles de l’arrivée», laquelle pourrait encore redistribuer les cartes !

ETA lundi soir/mardi matin ?

Tant et si bien que les prévisions d’arrivée des premiers multicoques à New York sont quasi impossibles à déterminer pour le moment. Peut-être dans la nuit de lundi à mardi… L’affaire du jour en tout cas c’est que Sodebo Ultim’ est particulièrement bien revenu sur IDEC Sport. Au terme d’un premier louvoyage sous la zone des glaces, l’équipage de Thomas Coville n’accuse plus que 13 milles de retard sur celui de Francis Joyon. Ces deux-là veulent au moins la deuxième place de The Bridge et plus si affinités. «On n’a pas vu Sodebo, on sait qu’il est revenu sur nous, mais on est concentrés sur la marche de notre propre bateau, on n’a pas observé réellement pour essayer de l’avoir en visuel», témoigne Sébastien Picault, depuis le grand trimaran rouge. N’empêche qu’il y a match et que le suspense demeure. Notamment parce que dans des conditions aussi aléatoires que celle-ci, un bateau en chasse peut très bien profiter de l’observation de ses concurrents de devant, via l’AIS, pour prendre une autre trajectoire et rafler la mise in extremis. Quand Jean-Luc Nélias, à bord de Sodebo, parlait hier de se ménager des chances de «faire un hold-up», il pensait sûrement un peu à cette éventualité. Bref, pour résumer ça ne va pas vite mais il y a du jeu !

Riou SodeboPause sandwich pour Vincent Riou à bord de Sodebo le grand bénéficiaire des dernières 48 heures. Leur prévision d’arrivée à New York ? «C’est bien une question de terrien, ça !» répond Thomas Coville. «On ne regarde pas ça du tout, on s’applique à faire marcher le bateau vite.»Photo @ Sodebo

Pour cette fois, avec peut-être plus de 80 % de la course passée au près, force va rester aux chevaux-vapeur du bateau à moteur… qui s’apprête à être la véritable star du jour à New York, où CNN fera décoller un de ses hélicoptères. «De nombreuses chaînes de télé américaines vont couvrir l’arrivée du Queen Mary 2. On ne s’attendait pas à ça mais on prend, on continue de prendre,» sourit Damien Grimont. Le commandant Chris Wells, fidèle à sa rectitude millimétrée (sauf pour respecter la zone des glaces, n’est-ce pas captain ?) a d’ores et déjà communiqué l’enchaînement chronologique de son arrivée triomphale devant Big Apple : «Nous serons vers 4 h 45 sous le pont de Verrazano, puis nous ferons deux passages devant la statue de la Liberté, le premier à 6 heures, le second à 6 h 30». L’image sera belle. Surtout si les orages qui traînent dans les parages ne déclenchent pas une de ces pluies diluviennes qui font aussi tout le charme d’un séjour estival à New York. Pessimiste sur la question ce matin, Dominic Vittet l’était un peu moins en soirée : «avec un peu de chance il ne pleuvra qu’en toute fin de journée… et peut-être pas du tout.» La nature aurait-elle à se faire pardonner son inhabituelle avarice en vent sur cette traversée de l’Atlantique Nord, bien trop paisible pour être honnête ?

A bord ActualÀ bord d’Actual, la toujours enjouée Samantha Davies expliquait aujourd’hui qu’il fallait «faire avec ce qu’on a de vent».Photo @ Actual