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MULTI50

Thibaut Vauchel-Camus : «Bonne première impression»

  • Publié le : 22/03/2018 - 12:30

Thibaut Vauchel-CamusD'ici au départ des 1 000 milles des Sables-d'Olonnes dans un mois, le skipper malouin doit rapidement prendre en main son nouveau plan VPLP. Ce sera sa première épreuve en solitaire sur ce nouveau trimaran.Photo @ Solidaires En Peloton - ARSEP
Mis à l’eau le 20 janvier dernier à Dubai (Emirats arabes unis), le nouveau Multi50 Solidaires En Peloton-ARSEP n’avait pour l’instant effectué que de courtes navigations, et plutôt dans des conditions légères, sur le golfe Persique. Mais à l’issue de son transport en cargo vers Anvers, il a été convoyé ces dernières heures de Breskens (Pays-Bas) à Saint-Malo, son port d’attache, d’où il prendra le départ de la Route du Rhum le 4 novembre prochain. Et pour ce premier galop d’essai au large, la brise était au rendez-vous. Il paraît que ce trimaran à foils en «C», signé VPLP, accélère vite ! Nous avons recontré son skipper malouin, hier soir, à l’arrivée de ce convoyage. Thibaut Vauchel-Camus, qui est l’un des grands favoris de la transat en solitaire – et qui est aussi chroniqueur de voilesetvoiliers.com  semblait très concentré sur le travail qui l’attend ces prochaines semaines.

 

Voilesetvoiliers.com : Quel est le bilan de ce convoyage ?
Thibaut Vauchel-Camus :
On est très content de la raideur de la plate-forme : le bateau est assez nerveux. Alan (Pennaneac’h, de North Sails, ndlr), qui a pas mal navigué sur Ciela Village (autre plan VPLP de Thierry Bouchard, mis à l’eau en 2017 et qui est le plus récent parmi les autres trimarans Multi50), me dit qu’il voit nettement la différence avec les bateaux d’ancienne génération. Les choses à améliorer sont liées à l’optimisation du plan de pont, de l’ergonomie, mais il faudra attendre de naviguer en solo pour bien y réfléchir. C’est seulement à l’usage qu’on peut finir le bateau. Et la première course en solo, c’est dans quatre semaines (Les 1 000 milles des Sables, départ le 23 avril, ndlr), donc il ne faut pas traîner ! Heureusement je peux m’appuyer sur des gens qui ont beaucoup d’expérience comme Thierry Duprey du Vorsent ou encore Franck-Yves Escoffier qui vient mettre son grain de sel dans ma façon de faire.

Voilesetvoiliers.com : Pendant ce convoyage, vous avez tiré un peu sur le bateau ?
T. V.-C. :
Non, pas vraiment. On est parti de Breskens mardi, mais on n’avait pas pu naviguer du tout avant de naviguer en convoyage. Donc on est sortis, on a tendu le gréement, et on est partis directement… Et là, il y avait autour de 25 nœuds de vent. On y est allé doucement, deux ris trinquette, et là le bateau est parti tout de suite à 22, 24, 26, 27, presque 28 nœuds, juste en abattant, c’était vraiment impressionnant. Avec un comportement assez sain, pas d’alerte, pas de bruit suspect. Ensuite, le vent a molli, donc c’était beaucoup plus tranquille, d’autant que la mer était plate (Thibaut et ses trois équipiers sont descendus avec le flux de Nord-Est, au portant, pour effectuer ces quelque 300 milles, ndlr). Donc bonne première impression ! On a tiré dessus un peu, à notre insu… et on n’a pas été effrayé pour autant !

SEP_ARSEP_1A l'issue d"un transport en cargo depuis Dubaï et d"un convoyage par la mer depuis les Pays-Bas, le nouveau trimaran Multi50 de Thibaut Vauchel-Camus est arrivé hier soir (21 mars) devant les remparts de Saint-Malo.Photo @ Pierrick Contin


Voilesetvoiliers.com : Le record de vitesse du bateau jusqu'ici ?
T. V.-C. :
Ben c’est 28 nœuds. Mais juste en partant comme ça, cool. Vraiment, on n’a pas cherché…

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont ses particularités par rapport à la concurrence ?
T. V.-C. :
C’est le deuxième Multi50 qui a été dessiné dès l’origine autour des foils (après Ciela Village, autre plan VPLP, ndlr). On a une forme de flotteurs un peu différente, des bras différents, qui ont des sections un peu plus grosses et qui sont plus raides. Et ce qui va pas mal nous différencier aussi c’est l’ergonomie : j’ai voulu me faire une petite cellule de vie bis à l’extérieur. J’ai rien inventé, j’ai juste adapté les bonnes idées que j’avais vues à droite à gauche.

Voilesetvoiliers.com : Peux-tu nous rappeler pourquoi tu as construit ce bateau chez Enata, aussi loin d’ici ?
T. V.-C. :
C’est une occasion qui s’est présentée face à une désillusion. On devait acheter FenetréA-Cardinal et puis le vendeur s’est rétracté. Et du coup on s’est retrouvé avec des partenaires motivés pour faire du Multi50 mais on n’avait plus de bateau à acheter, et plus de calendrier convenable pour faire un bateau en France. Et là, sur mon chemin, j’ai recroisé un très bon copain à moi, Jérémie Lagarrigue, qui avait été mon équipier en Formule 18, qui était ensuite devenu le directeur d’Hydros, un bureau d’étude en Suisse, et qui s’était donc retrouvé au chantier Enata après que celui-ci avait racheté Hydros. Il m’a dit que ça l’intéressait de m’accompagner sur un projet de construction de bateau neuf et que chez Enata ils avaient les moyens techniques et humains. Il avait bien conscience que pour moi c’était une prise de risque de confier un tel boulot à un chantier qui n’avait pas beaucoup d’expérience de ce type de bateau. Mais d’un autre côté ils ont fait un effort sur le prix et sur le délai. Parce qu’un projet neuf c’est très différent d’un projet d’occasion : beaucoup plus intéressant, et aussi beaucoup plus cher…(un Multi50 neuf coûte autour de 2 millions d’euros, ndlr) C’était audacieux mais aujourd’hui je n’ai aucun regret. C’est sûr que ça fait loin, que ce sont beaucoup de contraintes, mais c’était une très belle aventure.

 

Solidaires En Peloton – ARSEPAprès Ciela Village qui a été mis à l'eau en 2017, Solidaires En Peloton-ARSEP est le deuxième Multi50 conçu dès l'origine avec des foils en «C», appendices désormais autorisés par la jauge.Photo @ Sébastien Mainguet


Voilesetvoiliers.com : Maintenant que tu as un peu navigué, peux-tu mieux apprécier l’apport des foils ?
T. V.-C. :
On n’a plus de frein à main dans l’eau, c’est-à-dire que quand le bateau accélère, sans foil le flotteur s’enfonce dans l’eau, ce qui fait ralentir et génère aussi des risques d’enfournement, alors que là avec le foil le bateau cabre et devient plus sécurisant tout en accélérant. Donc il y a vraiment un double bénéfice. Et puis le bateau est moins gîtard. Parce que le foil pousse dans le bon sens et augmente le moment de redressement.

Voilesetvoiliers.com : Penses-tu avoir encore beaucoup de travail pour trouver le mode d’emploi de ce nouveau bateau ?
T. V.-C. :
En fait il y a au moins deux phases. D’abord prendre en main le bateau, être à l’aise avec, avoir toutes les manœuvres dans la tête, trouver les bonnes configurations de voile. Et puis ensuite il faut réussir à appuyer sur le champignon en solo au large, et là c’est un autre exercice que le monocoque.

Voilesetvoiliers.com : Et sur le mode d’emploi des foils en particulier ?
T. V.-C. :
Oui, ce n’est pas simple. Il faut jouer sur les configurations de voile, mais aussi sur les ballasts, puisque sur ce bateau j’ai fait le choix d’avoir deux ballasts. Et puis comme on peut régler le foil en profondeur mais aussi en incidence, forcément il y a des choses qu’on va découvrir en tâtonnant un peu. On va se faire des abaques de foils… Mais je ne pense pas non plus qu’on va se pignoler au degré près comme sur des bateaux qui marchent à 40-45 nœuds. Cela reste un bateau océanique.

SEP_ARSEP_3Les voiles plates de ce nouveau trimaran (grand-voile et focs) sont signées North Sails.Photo @ Pierrick Contin

Voilesetvoiliers.com : Qui étaient les équipiers avec toi sur ce convoyage ?
T. V.-C. :
Il y a donc Alan Pennaneac’h, qui travaille chez North Sails et qui a fait toutes mes voiles plates, grand-voile, J1, J2 et ORC (les focs, ndlr). Il a une très grosse expérience du Multi50, il a fait des grands prix et des transats, il a beaucoup navigué sur Réauté Chocolat (le bateau d’Armel Tripon, plan Guillaume Verdier lancé en 2009 sous le nom d’Actual et désormais doté de foils, ndlr) ou sur Ciela Village. C’est aussi un bon copain. Ensuite il y a Ulysse David, qui était ingénieur chez Enata : c’est lui qui faisait le lien entre les architectes et le chantier, donc il connaît le bateau par cœur. Et Thierry Duprey de Vorsent, qui est un voisin de Cancale, qui lui a trois tours du monde dans les bottes et qui est un très grand spécialiste du multicoque. Il a été dans l’équipe de Spindrift, il était sur Banque Populaire quand ils ont remporté le trophée Jules Verne… Il va m’accompagner pour la préparation technique du bateau et aussi pour mon entraînement.

Voilesetvoiliers.com : Quel est ton programme d’ici au départ de la Route du Rhum le 4 novembre prochain ?
T. V.-C. :
Il y a deux, voire trois courses en solitaire : les 1 000 milles des Sables (une nouvelle épreuve, ndlr) fin avril donc, la Drheam Cup fin juillet entre La Trinité et Cherbourg, et le Trophée SNSM, fin juin, qui aura une configuration un peu différente cette année. En équipage, on a le Grand Prix Guyader début mai, le Grand Prix de l’Ecole Navale, qui accueille les Multi50 pour la première fois, à la mi-mai, le Trophée des multicoques-Baie de Saint-Brieuc fin août, et enfin le Grand Prix Valdys, début septembre, une nouvelle épreuve en équipage exclusivement réservée aux Multi50 et disputée entre Roscoff et Douarnenez, avec des étapes inshore et du ralliement.

 


Thibaut Vauchel-Camus en quelques dates

1978 : Naissance.
2005 : Vainqueur de l'Archipelago Raid.
2005-2013 : Six fois champion de France de F18.
2014 : 2e de la Route du Rhum en Class40.
2015 : 4e de la Transat Jacques Vabre en Class40.
2016 : Vainqueur de The Transat Bakerly en Class40, 4e de la transat Québec-Saint-Malo et vainqueur des Flying Phantom Series.