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TRANSAT JACQUES VABRE

Pour une réelle lutte des classes

Quatorze Class40 prendront dimanche le départ de la 12e Transat Jacques Vabre. Une catégorie dont le souci majeur demeure d’exister lors de grands événements pour ne pas être noyée dans l’anonymat. Ce qui serait dommage car la lutte au sein de ce peloton s’annonce somptueuse.
  • Publié le : 22/10/2015 - 00:01

Ils étaient quarante-trois bateaux au départ de Saint-Malo l’an dernier pour la Route du Rhum. Ils sont quatorze Class 40 cet automne pour l’aventure vers Itajaí au Brésil. Vingt-huit marins donc. Un malaise ? Pas vraiment. Depuis sa création officielle en 2005, la classe des 40 pieds attire toujours autant de passionnés, d’architectes, et de nouvelles unités voient le jour à chaque saison. Son souci majeur demeure d’exister lors de grands événements pour ne pas être noyée dans l’anonymat. La part belle étant plutôt accordée par certains médias aux gros budgets, Ultime et IMOCA.

Pour une réelle lutte des classesQuatorze unités au départ et vingt-huit marins au départ de la Transat Jacques Vabre en catégorie Class40.Photo @ Olivier Blanchet/ DPPI/TJV2015

Fort heureusement, des partenaires et sponsors de skippers croient toujours en leurs aventures communes. Depuis longtemps, tous appellent d’ailleurs de leurs vœux à la création d’une transat en solitaire entièrement dédiée à leur support. Mais c'est une autre paire de manche.

Des ambitions affichées

Sur le bassin Paul Vatine, en cette dernière semaine de préparatifs, quatorze Class 40 attendent ainsi patiemment de plonger leurs étraves vers le Brésil. Leurs skippers, quelles que soient les montures, étant tout aussi affûtés. Rencontres avec trois marins aux ambitions légitimes.

Pour une réelle lutte des classesLa casquette de favori agace Yannick Bestaven. Il souhaite simplement l’être le jour de l’arrivée.Photo @ Christophe Breschi/Le Conservateur

Associé à Pierre Brasseur, touche-à-tout de la voile qu’aucun support n’effraie, Yannick Bestaven (Le Conservateur) part avec la casquette de favori. Un état de fait qui l’agace un tantinet : « Cela ne me dérange pas mais il faut arrêter avec ça. Il y a plein d’autres concurrents qu’on ne cite pas et qui ont des palmarès conséquents. Un Gildas Mahé par exemple (associé à l’Anglais Jack Bouttell (Team Concise), ndlr). Le principal est d’être le favori le jour de l’arrivée. » Les dernières épreuves du duo parlent pour eux. « La course se présente bien. Nous avons fait de bons résultats avec Pierre cette saison. Deuxièmes sur la Normandy Channel Race et premiers sur Les Sables-Horta-Les Sables. Notre bateau, construit au chantier BG Race à Saint-Malo sur un plan Verdier, est récent. Depuis la Route du Rhum, nous l’avons stabilisé et fait progresser. Je pense que c’est l’engin le plus performant en termes de puissance pour un parcours vers le Brésil sur lequel nous allons rencontrer pas mal de reaching. Nous partons en confiance et je pense que nous avons les moyens de jouer devant », ajoute le skipper de La Rochelle.

A bientôt 43 ans, il ne compte plus le nombre de ses traversées en course vers le continent américain. Il en sourit même : « Entre quinze et vingt. Et à chaque fois avec des histoires différentes. Le parcours de cette Transat Jacques Vabre n’est pas trop compliqué au niveau de la stratégie météo à mon sens. A part bien sûr la sortie de Manche souvent difficile, et surtout le Pot au Noir. Ceux qui en sortent les premiers ont de grandes chances d’être en tête au Brésil. Nous allons quitter Le Havre avec vingt jours de nourriture, pas un de plus. Si cela traîne un peu, cela nous donnera une autre motivation… »

Vingt ans de complicité

Compagnon de virée mais adversaire déclaré, Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton-ARSEP) est tout aussi stimulé. Accompagné par Victorien Érussard (déjà trois Jacques Vabre au compteur), le Malouin veut surtout une réelle revanche par rapport à sa 11e place en 2013 : « Nous sommes clairement en configuration pour jouer la gagne. Et cela nous met une bonne pression. Il y a deux ans, c’était pour nous la découverte du Class 40. Avec un bon bateau mais qui n’était pas suffisamment compétitif pour titiller les premiers. L’an dernier, sur la Route du Rhum, j’étais parti en outsider et cela m’a bien aidé puisque je termine 2e. Pour cette transat, avec notre expérience, je pense que nous maîtrisons bien notre bateau ce qui nous permet de voir les choses sereinement. »

Pour une réelle lutte des classesLe duo Thibaut Vauchel-Camus/Victorien Érussard annonce vouloir être à 100% tout au long du parcours.Photo @ Pierrick Contin

Célébrant leur amitié de porcelaine - vingt années de complicité - les deux marins partent sur un engin dont Thibaut Vauchel-Camus ne tarit pas d’éloges : « Avec 16 000 milles au compteur, nous le connaissons bien. Au départ, avant sa construction en 2014, nous avions beaucoup échangé avec Sébastien Rogues (vainqueur en 2013 avec Fabien Delahaye de cette Transat Jacques Vabre, ndlr) et Halvard Mabire, l’actuel président de la classe. Nous sommes confiants sur son potentiel par rapport aux Mach 40 de troisième génération. Nous n’aurons donc pas d’excuse. Tout au long du parcours, nous allons prendre les choses step by step, sachant qu’il faudra être toujours à 100 %. Il ne suffira pas de gagner la régate du cap Finisterre… Pour gagner, il faut arriver, sans boîter et en étant intelligent jusqu’au bout. Sans oublier de regarder ce que fait la concurrence car il y a d’autres excellents bateaux. Je pense que nous sommes au moins six pour décrocher la timbale. »

Sur les 5 400 milles théoriques du parcours, la bagarre vaudra le coup d’œil pour les passionnés, c’est évident. Et certains auront le regard tourné plus précisément vers un engin tout juste sorti du couffin, en l’occurrence le chantier JPS de La Trinité-sur-Mer. Le V and B de Maxime Sorel et Sam Manuard, architecte de ce Mach 40.3.

Belles histoires

Pour une réelle lutte des classesMaxime Sorel compte beaucoup sur l’expérience de l’architecte naval Sam Manuard.Photo @ AlemanyPour Maxime Sorel dont ce sera la première participation à la Transat Jacques Vabre, alors que son coéquipier en a deux au palmarès, cette épreuve devrait avoir un goût particulier. Prouvant aussi, si besoin était, que de belles histoires s’écrivent entre marins et partenaires : « L’an dernier, sur la Route du Rhum, j’étais 100 % amateur, me consacrant à mon métier d’ingénieur en génie civil. Mes sponsors V and B avaient été complètement emballés par ce que porte la voile comme vecteurs. Après mon résultat en Class 40 vintage, ils ont souhaité prolonger l’histoire. Je leur ai donc proposé de partir sur une nouvelle monture et de faire un programme sur quatre années. J’ai décidé du choix de l’architecte et de celui du chantier. Des choix logiques pour moi vues leurs performances. Sur ce proto demandant des développements, avoir à son bord le concepteur est pour moi un énorme avantage. Mais c’est aussi et avant tout un marin. »

La complémentarité sera de mise : « Je pense apporter ma jeunesse, ma fougue tout en découvrant ce parcours. Il a pour lui son expérience et son analyse plus pointue vis-à-vis de la météo. Après, il va nous falloir matcher. » Au maximum de la jauge, avec une étrave la plus volumineuse du plateau et des lignes hyper tendues, leur Class 40  est annoncé supérieur de 9 à 10 % en puissance par rapport aux anciens Mach. En théorie. « Le bateau étant sorti du chantier en août, cela reste sur le papier car nous n’avons pas encore fait de compétition. Au niveau des réglages, nous sommes encore assez loin des 100 % de nos capacités. Mais j’espère que cela va venir vite », conclut Maxime Sorel.

Liste des engagés en Class 40

Bretagne-Crédit Mutuel Élite : Nicolas Troussel/Corentin Horeau

Carac Advanced Energies : Louis Duc/Christophe Lebas

Club 103 : Alan Roura/Juliette Pétrès

Concise 2 : Phillippa Huton-Squire/Pip Hare

Creno Moustache Solidaire : Thibault Hector/Morgan Launay

Eärendil : Catherine Pourre/Antoine Carpentier

Groupe Setin : Manuel Cousin/Gérald Quéouron

Le Conservateur : Yannick Bestaven/Pierre Brasseur

SNBSM Espoir Compétition : Valentin Lemarchand/Arthur Hubert

Solidaires En Peloton ARSEP : Thibaut Vauchel-Camus/Victorien Érussard

Team Concise : Jack Bouttell/Gildas Mahé

Teamwork 40 : Bertrand Delesne/Nils Palmieri

V and B : Maxime Sorel/Sam Manuard

Zetra : Eduardo Penido/Renato Araujo

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