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Tour de France à la Voile 2011

A bord du M34, le nouveau monotype du Tour

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  • Publié le : 17/04/2011 - 21:12

Au départ du Spi Ouest-France Intermarché où ils batailleront contre onze autres M34, ils feront partie de ceux qui ont le plus navigué. Avec trois sessions d'entraînement de 10 jours intercalées entre les phases de préparation et de chantier, Courrier Dunkerque a emmagasiné le maximum de données sur le nouveau bateau du Tour.

Récit d'une journée passée avec l'équipe de Daniel Souben, en complément de l'article sur la préparation du nouveau M34 paru dans le numéro de mai de Voiles et Voiliers.




Jybe ! Avec son grand spi asymétrique de tête, le M34 sera sportif au portant. Pour épauler l'équipier d'avant, un numéro 2 est prévu, poste à part entière sur un équipage qui compte huit personnes. Photo © Pierre-Marie Bourguinat

Lorsque je rejoins l'équipe de Courrier Dunkerque dans la matinée à Quiberon, la journée est pour eux déjà bien entamée. La dizaine de navigants et préparateurs qui participe à cette deuxième session d'entraînement a déjà eu le temps de faire un bon footing, suivi d'un solide petit déjeuner.

L'équipage de Courrier Dunkerque

Une bonne douzaine de navigants se relaie à bord de Courrier Dunkerque. Huit sont présents à bord de chaque manche et tournent pendant l'épreuve phare de la saison, le Tour de France à la Voile, dont le départ sera donné cette année le 24 juin à Dunkerque.

> Etaient présents ces deux jours à bord
Daniel Souben : Barreur-Tacticien. Skipper.
Jean-Baptiste Ponce : Régleur.
Antoine Carpentier : Régleur.
Bertrand Castelnérac : Numéro 1.
Christophe André : Numéro 2.
Guillaume Bérenger : Régleur de GV.
Erwan Le Roux : Piano ou GV. Navigateur.
Pierre-Antoine Morvan : Barreur.
Vincent Van de Kerchkove : Préparateur. Piano.

> Sur le Zodiac
Bernard Labro, dit Benat : entraîneur.
Nicolas Pauchet : Régleur de GV, barreur.
Nicolas Doré : Régleur.

> Sans oublier pour le reste de la saison
Pierre-Loïc Berthet : Barreur.
Thomas Ruyant : Piano et météo.
Eric Le Jollif : Numéro 1.
Christophe Patou : Piano.
Laurent Mahy : Régleur.

A 10 heures, vient le moment du briefing durant lequel Bernard Labro, leur entraîneur, énonce le programme de la journée. Dans les salles de cours de l'Ecole Nationale de Voile, la langue officielle est aujourd'hui l'anglais, car au M34 des Nordistes s'est associé Oman Sails, skippé par le Français Cédric Pouligny, mais épaulé de deux Anglo-Saxons aux postes clés et de cinq Omanais à la manoeuvre.
Le débriefing vidéo de la veille a montré des virements bascules pas toujours bien rythmés, alors les équipages vont commencer par réviser ce basique tout au long du bord de près, entamé par un départ au lièvre. Une fois au vent, l'un des deux bateaux part en jybe set (empannage-envoi), l'autre en bare away (envoi tribord amure lorsqu'on laisse la bouée à bâbord). <On finira la séance par des exercices de départ avec un timing à 2 minutes. Hier, ça cafouillait encore pour juger les distances à la ligne>, conclut Labro.

A chaque jour, son thème de travail et ses variations. Sur la base d'un programme pré-établi, les équipages discutent des séquences les plus judicieuses en fonction de la météo - plutôt pétole ces jours-ci - et des problèmes identifiées la veille.


11 heures. Avant de partir pour Port Haliguen
où sont amarrés les M34, l'équipage de Dunkerque se réunit dans une autre salle, mais cette fois seul, sans entraîneur, ni Sparing partner. Erwan Le Roux, le navigateur, donne les targets - les meilleures vitesses enregistrées la veille sur l'eau. Les équipiers se mettent d'accord sur l'échange d'infos avant le passage de la ligne.
La concentration est palpable, mais l'ambiance reste détendue. Ça discute entre pros. Les quelques vannes qui fusent concernent plus souvent le M34 que les équipiers. Personne ne cherche à se monter du col. L'objectif commun est bien la performance collective, toujours en devenir.
Daniel Souben conclut la séance en demandant à tout le monde de soigner le rangement du bord, pour être en configuration course. Visiblement, seules la corde à noeuds - pour la chasse aux algues - et l'écoute moufflée - pour les bords de largue serré sous spi dans la brise - ont droit de cité au pied de la descente ! Tout le reste doit être stocké en sacs, matossage oblige.

Coach Du Zodiac, Bernard Labro, Nicolas Pauchet et Nicolas Doré ne lâchent pas Courrier Dunkerque d'une longueur et prodiguent leurs conseils. Même pour un équipage pro, la découverte d'un nouveau bateau suppose de retrouver tous ses automatismes. Photo © Pierre-Marie Bourguinat Midi. Au port, il reste quelques bricoles à régler avant de sortir. Un taquet à revisser, une sortie de drisse à vérifier, car une usure anormale a été remarquée sur le bout. Daniel Souben présente Antoine, venu faire un test à bord de Courrier Dunkerque aujourd'hui, à l'équipage - le règlement du Tour impose désormais la présence à bord de deux jeunes de moins de 26 ans.
Paul Iachkine de l'ENV checke l'installation de la paluche, petite caméra vidéo étanche fixée sur un mâtereau à l'arrière. <On est encore à un stade d'acquisition des manoeuvres où la vidéo prise du zodiac est plus intéressante, m'explique Benard Labro, assisté dans ce travail par les deux Nicolas du bord, Pauchet et Doré. Quand tout sera calé, la caméra embarquée nous aidera pour affiner les positions de chacun à bord et la communication.>

Courrier Dunkerque De gauche à droite : Pierre-Antoine Morvan à la barre, Jean-Sébastien Ponce, Antoine Carpentier, Erwan Le Roux, Daniel Souben (caché par le hâle-bas), Christophe André. Photo © Pierre-Marie Bourguinat Evidemment, avec 270 000 euros de budget pour la saison, hors amortissement du bateau, Courrier Dunkerque a les moyens de mettre en place une vraie campagne pro pour un projet gagnant. Une belle enveloppe que Daniel Souben n'entend pas gaspiller. <Quand tu salaries dix navigants à la journée pour des sessions d'entraînement, tu évites de gâcher les séances sur l'eau, explique-t-il. C'est pour ça que tous les petits soucis de mise au point du bateau ont un côté irritant.>
Ces jours-ci, l'équipage peste contre le support de l'aérien de la girouette Nexus (marque imposée dans la monotype M34). Visiblement mal conçu par rapport à la tête du mât Southern Spars, il pose problème et gène l'enregistrement des données de vent pour alimenter les polaires.


13h 30. Paniers repas avalés
, la marée est maintenant suffisamment haute pour laisser passer les 2,40 m de tirant d'eau des M34. Nous rejoignons le parcours mouillé par Bernard. Deux bouées sous le vent font office de ligne de départ et de porte à la descente. Deux bouées au vent, bien calées dans l'axe, figurent le dog leg. La journée avançant, le vent prend de la droite et les bouées sont régulièrement remouillées pour respecter l'axe du parcours. A chaque nouvelle position, Bernard fait un large tour de la bouée avec son Zodiac. Le pneumatique est équipé d'un GPS traker qui enregistre les mouvements. Avec ce 360°, l'équipe chargée de l'analyse des performances du bateau peut facilement retrouver sa position et reconstituer l'axe du parcours sur l'ordinateur.


Bascule Dans les tous petits airs, l'équipage attend que le bateau soit nettement reparti sur le nouveau bord avant de donner le coup de pouce à la vitesse en basculant. C'est Daniel Souben à la barre qui donne le rythme. <Ça vire, solent bordé, 1,2, bascule !> Photo © Pierre-Marie Bourguinat
15h 30. Après deux bonnes heures de virements et d'empannages bascules, d'envois et d'affalages, le vent est complètement tombé. C'est la pause, cigarette ou barre chocolatée selon les appétits. Un des équipiers monte dans le mât pour essayer de rebrancher l'aérien de la girouette, toujours muet. En bas les équipiers se relaxent dans le grand cockpit ouvert, évoquent leurs prochaines navigations, qui en Décision 35, qui en Farr 40, qui en match-race.
Le soleil continue de taper et le front de brise s'établit doucement sur la baie de Quiberon, écrasant péniblement le synoptique avec 5-6 noeuds. C'est suffisant pour relancer une séance de départs.


Espionnage Avant de recevoir son M 34 destiné à courir le Spi, Franck Cammas, sur l'eau ce jour-là pour une épreuve de match-race, en profite pour observer le nouveau M34 en situation. Deux jours plus tard, Groupama rejoignait Courrier Dunkerque et Oman Sails à l'entrainement. Photo © Pierre-Marie Bourguinat
16h 30. Dernier exercice de la journée : sorte de récompense après les phases de contact décomposées, un vrai parcours est mouillé. Une montée dans le vent, une descente et que le meilleur gagne. Si pendant les exercices, Oman semblait pouvoir faire jeu égal avec Courrier Dunkerque, pendant la manche, c'est une autre affaire. Les Nordistes gagnent d'une tête le départ et prennent assez rapidement l'ascendant sur leurs rivaux au cours du bord de près. Bon envoi à la bouée, contrôle du côté favorable du plan d'eau. Dans cette régate qui s'apparente à un match-race, Oman est contraint de tenter le mauvais côté et finit assez loin derrière.
<Un deuxième test match ?>, propose l'entraîneur, une fois les deux équipes en bas. Pour Courrier Dunkerque, il est temps de rentrer. L'équipage a rendez-vous avec l'un des techniciens de Nexus venu checker l'électronique encore récalcitrante aujourd'hui.
Suivront le rangement et le rinçage du bateau qui a déplacé plus de sueur que d'embruns aujourd'hui, puis une séance de muscu, le dîner et enfin un débrief vidéo de la journée avec l'ENV. Et demain, on recommence !

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