Note :
L"arrivée de la première étape de la Mini, c"est le dénouement d"une régate et un classement... Mais aussi le rendez-vous avec une émotion que beaucoup n"avaient pas imaginée si forte !Photo @ Christophe Breschi Ricochets17Sur les pontons de Funchal, à l’arrivée de la première étape, c’est l’émotion version absolue. De la joie ou de la déception, des larmes, des nerfs qui lâchent, des baisers, des accolades... Les premiers mots des Ministes ne sont pas le résumé objectif de ce qu’ils ont vécu lors de cette première étape de la Charente-Maritime/Bahia, mais plutôt comme une remontée à la surface, un lent retour à la raison.
Alors on ne leur saute pas tout de suite dessus, mais on les laisse un peu souffler, le temps que la pression retombe… Et puis on retourne à l’assaut : «Quels sont tes meilleurs moments ? Les pires ? Et tes ambitions pour la deuxième étape ?» Au travers des réponses de quelques-uns de ces coureurs, se revit cette première étape remonte et se laisse deviner ce à quoi ressemble la Mini Transat.
Sébastien Rogues (Eole génération – GDF Suez) remporte la première étape en 8 jours 20 heures et 46 minutes, sa plus belle victoire qui lui confère le statut «d’homme à abattre» .Photo @ Christophe Breschi Ricochets178 jours, 20 heures, 46 minutes et 43 secondes. Sébastien Rogues (Proto n°719 Eole Génération-GDF Suez, 1er à Funchal) n’est pas prêt d’oublier ce chrono ! Il était parti comme un avion en baie de La Rochelle et a disparu des classements en fin de parcours pour réapparaitre… devant. Il remporte une magnifique première étape 28 minutes devant l’incroyable David Raison (Proto n°747 TeamWork Evolution). Au terme d’une course hors du commun, tous les marins sont arrivés épuisés, rincés, soulagés.
Mais, croyez-le ou non, le pire souvenir de Marie Duvignac – 22e sur 45 bateaux de série à Funchal, belle prestation pour celle qui partait à la découverte !–, skipette du Tip Top n°660 Christophe Josse-Paris, se trouve être le lever de soleil sur Madère ! «Je me rends compte que l'île est en face de moi et pas sur mon tribord : je saute sur mon GPS et mes cartes... J'avais fait une erreur de saisie des points. Arrrrrrgh ! Je grogne, je tape du pied, car pour passer le cap, me voilà en train de faire du près alors que tous les petits copains sont au portant.» Vu d’ici, l’anecdote a de quoi faire sourire. Sauf qu’après neuf jours de mer, il y a de quoi se mordre les doigts ! Cette erreur a pourtant une autre conséquence et ne tarde pas à devenir… «Mon meilleur moment. Passé le cap de l'île, je contacte un copain qui me devançait de 10 milles la veille. J'apprends qu'il est 10 milles derrière... Ma bourde m'a fait finir le parcours plus à l'Ouest que les copains, dans plus de vent... Je gagne six places !»
David Raison (Teamwork Evolution) signe une superbe deuxième place et confirme qu"il est un sérieux concurrent à la victoire finale à Bahia.Photo @ Olivier Blanchet TeamWork
Thomas Normand (La Financière de l’échiquier) pose le pied sur le ponton, les yeux fatigués, le sourire jusqu’aux oreilles. Une très belle huitième place en poche et déjà la tête dans la seconde étape. Photo @ Christophe Breschi Ricochets17Tous n’ont pas eu la même chance. Pour se simplifier la vie en mer, Pierre Cizeau (11e) – sur Masqhôtel, le n°746, un Dingo 2 rose et jaune – photocopie ses cartes marines et les fait plastifier. Il reporte latitudes, longitudes… Y compris sur une carte un peu plus importante peut-être que les autres, celle de Madère. Et là, Pierre se trompe d’un degré… Rien qu’un degré ! Qui sur une carte marine, correspond à 60 milles ! 111 kilomètres ! Voyant Benoît Langlet (série 739, Evasol, 9e) filer dans la direction opposée, Cizeau ressort la grande carte, creuse ses méninges fatiguées, en tombe à genoux. Il perd trois places dans l’affaire, le Rochelais, et s’offre une belle frayeur en imaginant la même bavure de nuit, ou dans le vent fort, sans visibilité…
Tous se prennent au jeu de la course, la pression est permanente, il faut se forcer à prendre du plaisir et à apprécier les moments simples comme le passage des dauphins, les belles lumières… Partis pour la gagne ou pour l’aventure, chacun a à cœur de faire marcher le bateau, de marquer l’adversaire et de faire la bonne opération dans un virement ou un changement de voile. Le plaisir contemplatif est relégué, pas au second plan, bien plus loin.
Pierre Cizeau (Masqhôtel), 11e, est l’auteur d’une très belle première étape, malgré sa petite erreur de Waypoint qui lui coûte trois places.Photo @ Christophe Breschi Ricochets17Le passage le plus difficile pour Thomas Normand (Proto n°787, La Financière de l’Echiquier, 8e à Funchal), cela a été l’orage. «Dans le passage du front, je me suis fait projeter par une vague super puissante. Tout à coup, je me suis retrouvé les fesses en dehors des filières ! Heureusement que j’étais attaché ! J’étais tétanisé, témoigne-t-il. J’étais surtoilé – deux ris dans la GV, un dans le solent. L’orage est arrivé si vite ! Il n’était plus question d’aller devant, alors j’ai fait le dos rond, j’ai serré les fesses et je suis resté à la barre, à voir mon gréement souffrir à chaque vague. J’étais pas bien !»
«Mais qu’est-ce que j’fous là ?!», s’interrogeait au même moment Sébastien Rogues, ne faisant pas non plus le malin sur Eole Génération-GDF Suez. «Je me demandais ce qui allait péter. Le bateau ? Le mât ? Pendant quatre ou cinq heures, j’ai mis la course entre parenthèses. Ce qui comptait, c’était le bateau et le marin, et je n’en menais pas large», ajoute-t-il, encore secoué rien qu’au rappel de ce souvenir.
Et David Raison, le savant fou de TeamWork Evolution, de compléter : «J’ai pris le plus à l’Est possible, avec comme seul aspect de la course encore en tête, de ne pas perdre de distance par rapport à l’arrivée.»
Ce front costaud a laissé des traces dans la tête des marins, même des plus aguerris. 40 nœuds au près en Mini, ça ne rigole pas ! Le mât bouge, le bateau tape, grince, souffre. Le cœur à 200 pendant plusieurs heures et cette question qui revient sans cesse «quand cela va-t-il enfin se calmer ?»
Aymeric Chappellier (La Tortue de l’Aquarium de La Rochelle), lors de son arrivée à Madère, est épuisé et un peu déçu. Le skipper rochelais qui a dû surmonter des problèmes techniques, termine 19e de la première étape.Photo @ Christophe Breschi Ricochets17Pour Aymeric Chappellier et sa Tortue de l’Aquarium de La Rochelle (19e à Funchal), le coup dur a un goût salé et humide. «J’ai été réveillé par la sensation de l’eau. Tout flottait autour de moi, je me suis dit "merde, je coule !"» Trente centimètres d’eau partout, ça fait quelques mètres cubes ! Sa trappe de visite du puits de dérive s’étant arrachée avec la pression, l’eau rentrait par geysers ! Aymeric affale, pompe, répare, sèche, fait le tour des dégâts… Son calculateur a grillé. Sécher, vérifier, remettre de l’ordre... Et puis repartir la rage au ventre.
Nicolas Boidevézi (Défi GDE) est déçu, mais philosophe. Le Rochelais a sauvé les meubles et repart sur la deuxième étape la rage au ventre.Photo @ Christophe Breschi Ricochets17Nicolas Boidevézi sur Défi GDE (18e à Funchal), réalise un dégolfage parfait. Aux avants postes, il contrôle ses adversaires, un vrai début de course de leader. Il passe la pointe espagnole pour aller jouer la carte «Option Ouest». Malheureusement, le vent de Nord Ouest fait très rapidement place à celui de Sud, et là… Pas moyen de se recaler avec les autres. «Le pire moment, c’est quand tu réalises que c’est mort. Tu n’as plus la même envie, tu ne fais plus la même course et ton objectif change : il faut sauver les meubles… Au niveau de Vigo, j’avais le moral dans les bottes (humides).»
Et puis, encore ce foutu front : Nicolas Boidevézi s’offre une petite sieste, pilote à poste quand le vent tourne d’un coup et le capteur d’angle de barre a des ratés. «Je me suis réveillé bateau à l’envers, l’horreur !» Plus qu’à rassembler ses esprits et décupler son énergie pour basculer la quille, changer les bastaques, passer le solent de l’autre côté, changer de dérive… «C’est une telle perte de temps et d’énergie ! Et c’est très représentatif de ce qu’on a pris, avec Bertrand Delesne et Aymeric Chappellier durant toute la descente : une demi heure de Nord Ouest, puis du Sud, et subitement du Nord Est pendant quatre heures. Tu vis la peur au ventre. Pas possible de dormir serein… On s’est vraiment fait taper dessus !»
Entre stress et tension, vent et pétole, près et portant, mer hachée et croisée, les bulletins météo qui donnent à gamberger... La première étape de la Mini n’est pas qu’une partie de plaisir. Sont-ce tous des masochistes ? Hé ! S’il n’y avait que ça, qui partirait ? Mais 80 bateaux sur la ligne, cela prouve bien que la Mini 6.50, c’est aussi l’émotion, l’adrénaline et le plaisir à la pelle !
Marie Duvignac (Christophe Josse – Paris) termine en 22e position des Séries, une très belle première étape qui fixe pour un moment un sourire radieux sur le visage de l’une des six filles de cette Mini Transat 2011.Photo @ D.R. «Au départ c’était incroyable ! Passer les bouées en tête, avec les partenaires, les amis et la famille autour c’est… Tu sais plus comment tu t’appelles. Tu as juste envie de mettre sur pause ! Et l’arrivée, ça a beau n’être que la première étape, c’est la Mini Transat 6.50 ! T’es sur un nuage, dans le kif !», raconte Sébastien Rogues. Avec le recul, les Ministes ont cette capacité d’oublier un peu les moments difficiles pour ne garder que le meilleur. David Raison : «C’était le deuxième ou le troisième soir, j’étais dans un film, des dauphins partout, la lumière… Il n’y avait plus de course ! Je voyais les gars derrière et pourtant j’étais là avec ma perche et ma caméra dans l’eau à freiner le bateau !»
Tous ne sont pas forcément de cet avis et, bien que Pierre Cizeau admette avoir saisi ces moments magiques, il confie ne pas en avoir tant profité. «On garde toujours la course en tête. Ce souci constant de performance gâche un peu, parfois, ces moments simples. Ça donne envie de revenir hors course !» Plusieurs le disent, il est rarement question de lâcher un gramme de lest aux adversaires, «mais il n’y a pas de méchanceté dans le combat», précise Rogues dans un sourire. David Raison confirme : «On s’est tiré une bonne bourre avec les copains, c’était rigolo.»
Après quatre jours de mer, Aymeric Chappellier est à la barre de son mini, vent léger, tribord amures. Un bateau se rapproche doucement, bâbord amures ; c’est Défi GDE, son copain d’entrainement rochelais, Nicolas Boidevézi. «T’es là, ça fait quatre jours que t’es en mer et tu te retrouves à crier "Tribord !" à ton copain qui arrive en route de collision ! C’était un moment incroyable, du match-race en pleine mer ! On n’avait pas du tout pris la même option en plus, j’arrivais du Nord et Nico, plutôt du Sud ! J’ai adoré ce moment !» L'autre skipper acquiesce d’un sourire.
Thomas Normand garde en tête son arrivée à Madère. «Ça allait vite, le bateau était bien réglé, ça glissait, enfin ! Les îles sont magnifiques. Après 10 jours de mer tu as l’impression d’être au bout du monde, ça illustre bien qu’on a fait une belle ballade, on n’est pas parti de Lorient pour aller au Croisic ! C’est un peu la kermesse !», plaisante le jeune marin encore sous le coup de l’émotion. L’émotion, voilà le maître mot, un sentiment simple et puissant, que ça soit au départ ou à l’arrivée, dans les au revoir ou dans les retrouvailles.
Et leurs ambitions, maintenant, pour cette seconde étape ? Là, c’est plus dur. Entre langue de bois et superstition, hors de question de mettre la barre trop haut : donc officiellement, personne ne part pour gagner ! Cela dit, on peut lire entre les lignes que chacun se donnera à fond, que tous auront à cœur d’exploiter le potentiel des bateaux et qu’aucun ne fera de cadeau à son voisin.
Ainsi Marie Duvignac vise-t-elle le sans faute géographique. Sébastien Rogues entend se mettre au rythme de la course plutôt que d’imposer le sien. Nicolas Boidevézi veut faire sa course, propre et sans regret. Aymeric Chappellier est confiant quant aux capacités du bateau et… Thomas Normand résume finalement pas si mal l’état d’esprit général : «C’est pareil que pour la première : je vais me donner à 200%. Certes, je ne dirai jamais que mon objectif est la victoire – je respecte trop les adversaires pour ça, mais ils peuvent compter sur moi et si je suis devant au dernier virage, je ne m’arrêterai pas pour attendre le deuxième !» Normand ajoute pour s’expliquer : «La Transat, je la fais une fois et je ne veux pas avoir de regret. Donc, on part à fond et à la fin, on accélère ! C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses, alors sur la deuxième, tout est encore possible !»
Bref ! Alors que tout le monde ne voyait que le Pot-au-noir comme passage à niveau et difficulté notoire, les solitaires vont d’abord devoir doubler les archipels des Canaries et du Cap Vert. Des îles hautes, des courants et des effets de site, de bons coups à jouer pour la première semaine… Ils sont partis hier et on peut déjà se frotter les mains, le spectacle sera à la hauteur.
| C’est reparti pour la deuxième ! |
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«Bon départ !», déclarait la voix de Patrick Morin, le directeur de course à la VHF, hier. A 13h30, les 77 minis se sont élancés de Funchal en solitaire, pour rallier Bahia, à 3 130 milles de là. C’est le départ de la seconde étape de la Charente Maritime Bahia Transat 6.50 ! (Voir le compte-rendu de la première signé Olivier Chapuis, ici.) > Première ETA : le 19 octobre au Cap Vert, pour les prototypes.
> Classement des Séries de la première étape
> Classement des Protos de la première étape > A noter que le Polonais Radoslaw Kowalczyk (Calbud 790) revient dans la course, grâce à une subtilité du règlement de course. Arrivé hors temps, mercredi soir, plus de six jours après son plus proche adversaire, il est officiellement reclassé dernier de la première étape, mais le temps retenu est celui de son prédécesseur augmenté de deux jours ! |
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07/10/2011 - 20:47
Rogues au forceps, Mariette à la fête !
La première étape de la Transat 6.50 Charente-Maritime/Bahia entre La Rochelle et Madère a vu les victoires de Sébastien Rogues (Éole Génération/GDF Suez) en protos (8 jours, 20 heures, 46 minutes et 43 secondes) et de Benoît Mariette (Odalys Vacances) en séries (9 jours, 8 heures, 31 minutes et 39 secondes). Récit et analyse.
04/10/2011 - 14:17
Rogues a eu Raison !
L’insensé chassé-croisé dont nous parlions hier a connu son apothéose à l’arrivée de la première étape La Rochelle-Funchal. A Madère, Sébastien Rogues (Génération Eole GDF-Suez) a finalement eu raison de… David Raison et son étonnant proto (Teamwork Evolution), pour 28 minutes seulement !