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Transat 6,50 Charente-Maritime / Bahia

Tolga Pamir, un Turc dans le grand bain

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  • Publié le : 27/08/2011 - 00:57

La nouvelle vie de Tolga Pour participer à la Transat 6.50, Tolga n'a pas hésité à changer de vie en posant ses valises à La Rochelle en 2005. Son enthousiasme et sa persévérance ont été de précieux atouts dans l'aboutissement de ce projet. Photo © Christophe Breschi (ricochets17.com) Devenir le premier Turc à participer à la Transat 6.50 Charente-Maritime / Bahia : c'est le défi - de taille ! - que s'est fixé Tolga Pamir en venant s'installer en France il y a six ans. Objectif (presque) atteint puisqu'il fera partie des 84 concurrents qui s'élanceront de La Rochelle le 25 septembre, cap sur Bahia (Brésil), via une escale à Madère. Voici donc le portrait d'un marin humble et persévérant, venu d'un pays où la course au large est encore une notion balbutiante.

Tolga Pamir, marin turc A 36 ans, Tolga Pamir va devenir le premier navigateur turc à prendre le départ de la Transat 6.50. Ce sera le 25 septembre prochain. Photo © D.R. (Tolga Pamir) Mais comment Tolga Pamir, 36 ans, a-t-il bien pu s'intéresser à la Transat 6.50, dans un pays où aucun ressortissant n'a jamais participé à la moindre course au large en solitaire en Atlantique ? <Il n'y a pas de course au large en Turquie>.

Originaire d'Istanbul où il a vécu 30 ans, Tolga est bien placé pour évoquer la situation de la course au large dans son pays.
Il nous explique qu'entre raisons géographiques - la Turquie est entourée de mers fermées - et inaccessibilité financière, la discipline peine à s'imposer et à se démocratiser. D'autant qu'à l'exception de la Cap Istanbul, épreuve du circuit Figaro courue en solitaire, les compétitions de voile se disputent entre des bouées et en équipages. La culture du large, qui plus est en solitaire, est donc une dimension quasiment abstraite...

C'est en dériveur que Tolga fait ses classes : d'abord en Optimist - dès 7 ans - puis en 470, Laser, Tornado. Mis à part quelques compétitions en Opti, il navigue pour le plaisir et envisage la voile comme un hobby, une activité pour se détendre, tandis que côté études, il décroche un diplôme de tourisme, puis travaille pour une agence de publicité. Un métier prenant qui lui laisse peu de temps pour naviguer. <Mais dans les moments calmes, je prenais quand même des pauses pour aller à la plage et faire un peu de planche !>, s'amuse-t-il.

Le déclic survient lors de l'édition 2004-2005 du Vendée Globe, une course qui fascine Tolga depuis un moment déjà. <Je me suis intéressé aux parcours des marins au départ et j'ai constaté que beaucoup étaient passés par la Mini Transat. J'ai compris que le Mini 6.50 pouvait être un premier pas intéressant pour découvrir d'autres supports.>


Changement de vie radical
L'idée de venir s'installer en France pour débuter une carrière dans la course au large germe alors dans son esprit. Et ne tarde pas à se concrétiser. Mais où poser ses valises dans ce pays qu'il ne connait pas bien ?
<J'ai tout de suite pensé à la Rochelle, car c'est le port de départ de la Transat 6.50. Je me suis renseigné sur internet et cela m'a semblé une belle ville, donc je suis parti. J'ai décidé de quitter mon travail en novembre 2004, après neuf ans de collaboration, et je suis arrivé à La Rochelle en janvier 2005.> Extrêmement déterminé, l'homme n'est pas du genre à tergiverser...

Pour parvenir à ses fins, faire des concessions comme celle de quitter famille et amis etdébarquer dans un endroit où il ne connait personne, ne lui fait pas peur. A-t-il souffert de ce déracinement ? <Pas tellement. Car la voile est un milieu dans lequel on se fait des amis très rapidement. Et il est toujours plus simple d'arriver dans un nouvel environnement quand on a un objectif précis.> Tolga en a un et il va tout mettre en oeuvre pour l'atteindre.

Offrir la voile en cadeau Egalement journaliste pour Naviga, un magazine turc spécialisé dans la voile, Tolga raconte chaque mois son expérience inédite. Pour prouver que l'on peut être originaire d'Istanbul et coureur au large en solitaire. Photo © Christophe Breschi (ricochets17.com) Arrivé à La Rochelle, il ne sait pas un mot de français et s'inscrit à la fac pour prendre des cours pendant un semestre.
Un de ses professeurs lui parle alors d'un bar - le "Saoufé" - dans lequel se retrouvent les marins du coin. <J'y suis allé le jour-même et j'ai tout de suite discuté avec d'autres passionnés de la mer. Au fur et à mesure, j'ai rencontré des marins du circuit 6.50, puis j'ai travaillé dans ce bar. Cela a été un changement de vie radical, car je suis passé de directeur de clientèle dans une agence de pub à serveur ! Mais ce n'était pas un problème, car cela me permettait de progresser vers mon objectif.> Déterminé, on vous dit.

En plus de son travail de serveur, il suit une formation de constructeur-aménageur en bateau de plaisance à Rochefort, puis travaille sur un projet de catamaran électrique. Côté navigation, il devient coureur de la Société des Régates Rochelaises et intègre une équipe en IRC. Autant d'expériences qui lui permettent d'accroitre ses connaissances en voile et de poser les jalons d'une future participation à la Transat 6.50. Il avance pas à pas et en toute modestie.

Extrait du palmarès de Tolga Pamir

> 2011
34e du Trophée MAP
Participation à la Pornichet Select 6.50
34e de la Demi-Clé 6.50

> 2010
27e du Mini Fastnet
22e du Trophée MAP
Participation au Mini Pavois
27e de la Pornichet Select 6.50
23e de la Demi-Clé 6.50

> 2009
Participation à l'Open Navi-Ouest
37e du Trophée MAP

> Plus d'infos (en turc !) sur Tolga Pamir, ici.

Premier Turc inscrit à la Mini Transat
Fin 2007, Tolga achète un Mini 6.50 coque pontée au salon nautique de Paris. Le bateau est livré à La Rochelle en octobre 2008 et mis à l'eau en avril de l'année suivante, au terme d'un chantier de six mois. Faute de partenaires, Tolga doit composer avec un budget très serré. Mais son parcours singulier interpelle et lui permet de décrocher des soutiens. <J'ai contacté des distributeurs et des fournisseurs en Turquie. Comme j'étais le premier à me lancer, ils ont voulu me donner un coup de main. Cela m'a permis de mettre au point mon bateau. L'agence de pub dans laquelle je travaillais à Istanbul m'a également soutenu lors de ma première course : le Trophée MAP, couru à Douarnenez en mai 2009.>

Un baptême du feu forcément compliqué pour ce marin qui ne connait pas encore les spécificités de l'Atlantique et qui doit par ailleurs faire face à des problèmes d'électronique.
Mais il termine la course, faisant ainsi preuve de sa volonté. Et il en faut pour alterner recherche de sponsors, entrainements, préparation du bateau et vie professionnelle prenante - Tolga cumule deux jobs, journaliste dans une revue turque spécialisée dans la voile (Naviga) d'une part, et consultant en aménagement et en commercialisation de bateaux de plaisance de l'autre.

Depuis deux ans, Tolga Pamir écume le circuit avec l'objectif de toujours terminer les courses dont il prend le départ. Au cours de ses six années passées à La Rochelle, Tolga n'a connu qu'un seul véritable moment de découragement. C'était en juillet dernier, alors qu'il lui manquait 17 000 euros pour boucler son budget Transat 6.50. Ne parvenant pas à réunir une telle somme, il pense tout arrêter et trouve un acheteur pour son bateau. Un rendez-vous est même fixé pour finaliser la vente.

Mais en chemin, il croise Yannick Bestaven qui venait de mettre à l'eau son nouveau 40 pieds. <J'ai pris conscience qu'il avait su réagir après sa galère du Vendée Globe (Yannick Bestaven avait dû jeter l'éponge après seulement deux jours de course, NDR.) Cela m'a marqué et j'ai annulé la vente de mon bateau. J'ai alors contacté mes amis en Turquie pour qu'ils m'aident. Ils en ont parlé autour d'eux et des gens ont fait des dons. Puis je suis allé à Paris pour demander de l'aide au consulat turc. Il a fait le lien avec la chambre de commerce franco-turque qui m'a finalement permis de réunir la somme manquante.>

Un Turc dans le grand bain Depuis la mise à l'eau de son bateau en avril 2009, Tolga Pamir a participé à la plupart des épreuves du circuit. Avec toujours les mêmes objectifs : finir et accumuler de l'expérience en vue de la Transat 6.50. Photo © Christophe Breschi (ricochets17.com) Désormais assuré de prendre le départ de la Transat 6.50 et en passe de devenir le premier Turc à se mesurer à une telle course, Tolga espère que son histoire contribuera à populariser la course au large en Turquie. C'est dans cette optique qu'il écrit chaque mois des articles sur l'avancée de son projet. <J'essaye de partager mon expérience, de faire un maximum de communication pour que les lecteurs voient les bons côtés de la course au large et pour leur montrer qu'il est possible de mener à bien un tel projet>. Et cela semble marcher, car sa démarche fait parler en Turquie. Lors de son dernier passage dans son pays natal, Tolga a ainsi participé à deux émissions de radio et à une émission de télévision.

A environ un mois du départ de la Mini 6.50, Tolga Pamir se sent prêt à en découdre. <J'ai eu une collision avec un cargo de 123 mètres pendant ma qualification. Je n'ai rien cassé mais cet épisode m'a touché. Mais sinon, je me sens bien et j'ai vraiment envie de prendre le départ. Je suis arrivé jusque-là et je ne vais rien lâcher pour arriver au Brésil. Ce sera une belle aventure que je n'oublierai jamais.> Humble et prudent, il ne se fixe pas d'objectif en termes de classement, car finir serait déjà une belle consécration.

Après la Transat 6.50, Tolga envisage de se recentrer un peu sur sa famille après ces six années intenses. Tout en pensant d'ores et déjà à son avenir en tant que navigateur. <J'aime beaucoup le Mini 6.50, mais le temps passe et il faut que j'avance. J'ai envie de découvrir d'autres supports. J'aimerais participer à la Cap Istanbul en Figaro, car c'est une course qui fait le lien entre la France et la Turquie. Et pourquoi ne pas me lancer en Class40 par la suite ? C'est un circuit dynamique, une bonne expérience pour passer aux 60 pieds sur un Vendée Globe...> Défier l'Everest des mers n'est pour l'instant qu'un rêve, mais quel beau rêve ! Et Tolga de conclure en empruntant les mots d'un marin français : <La vie est faite d'espérance, comme disait Eric Tabarly.>

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