Il y a eu des cris, des larmes, des sourires, des acclamations, un coup de canon, une minute de silence. Et si le vent d'Ouest était léger, le départ de la Transat 6,50, dimanche à La Rochelle, a engendré bien de l'émotion. Récit.
Note :
Concentré, Sébastien Rogues. Dès le départ de la Mini, le skipper a voulu montrer que ce son plan Lombard avait dans le ventre. Et ce que lui avait en tête.
Photo © Christophe Breschi (GDF-Suez)
Genoux serrés, corps ramassé. Le coup de barre est précis, net. Et, pour une fois, le sourire goguenard qu'il aime afficher s'est effacé. Dès les premiers instants, Sébastien Rogues annonce la couleur, son prototype s'élance plus haut, plus vite. Eole Génération-GDF Suez, son plan Lombard n°716, est à l'aise dans ces conditions : léger thermique d'Ouest 6-10 noeuds, mer plate et soleil estival. Seb' est concentré, il ne voit plus les photographes. Les manoeuvres s'enchaînent, fluides.
C'est le départ de la Charente-Maritime/Bahia Transat 6.50, il est 17 heures 30 et on est déjà loin, très loin du passage de l'écluse du bassin de La Rochelle - 79 solitaires qui défilent sous les acclamations du public, moment d'émotion et de fierté qui fait battre le coeur à 200. <Lorsqu'on lui dit qu'il fait peur à tous les concurrents, Thomas préfère en rire !> clame le présentateur à propos du jeune Thomas Normand, skipper de La Financière de l'Echiquier. Juan-Carlos Oliva bouillonne, brasse l'air de ses bras, gueule des <Go ! Go ! Go !> à l'attention des pilotes de pneumatiques qui remorquent les Minis.
Chaud, le passage de l'écluse ! A La Rochelle, toujours un moment fort pour les skippers et le public. Frissons et adrénaline pour tout le monde !
Photo © Pierrick Garenne (GPO)
Les voici au large de La Rochelle, en ce dimanche 25 septembre. 33 prototypes, 46 séries, des hommes, des femmes, des jeunes, des plus âgés, tous réunis pour une transat en solitaire sur des capsules de 6,50 mètres. Ils viennent du monde entier pour disputer cette épreuve réputée et, peu à peu, leur tête se vide, le plan d'eau devient leur seul univers - <On ne fait plus qu'un avec sa machine>, affirme Nicolas Boidevézi, le Rochelais de Défi GDE.
Concentrés, ils le sont tous. Ce qui n'empêche pas, soudain, une absence, la petite faute d'inattention. A quelques minutes du début de la procédure, l'excellent et expérimenté Bertrand Delesne percute Jorg Riechers, tribord amures. L'Allemand hurle, Delesne est catastrophé. Jorg pose de l'adhésif, étanchéifie comme il peut - il réparera mieux pendant la nuit.
La ligne est longue, la VHF scande les instructions, les minis se positionnent. Prendre sa place, ne pas laisser la porte ouverte aux adversaires, anticiper la dérive. Ces gestes, ils les ont répétés de nombreuses fois, mais là, c'est différent - c'est la Mini, la première étape, 1 100 milles jusqu'à Madère. Pour ceux qui visent la victoire, le podium, il faut attaquer, dès les premiers instants, aller vite, <soigner les trajectoires>, explique Bertrand Delesne.
Une minute, les winchs cliquètent, les marins observent, bondissent, régulent. Certains se replacent. Coup de canon, le départ est donné - personne ne bouge. A la demande du Comité, une minute de silence est observée à la mémoire de Jean-Marc Allaire, concurrent décédé en mer voici quinze jours à peine. Scène irréelle. Chacun, silencieux, retient son souffle, son bateau, le moment suspendu marie l'émotion du départ et celle de l'hommage.
Emouvant, le départ. Parce qu'il libérait les 79 solitaires sur l'océan. Et qu'une minute de silence avait suivi le coup de canon, pour rendre hommage à Jean-Marc Allaire, concurrent dispau quelques jours plus tôt.
Photo © Pierrick Garenne (GPO)
Et puis, parce qu'il faut bien que la course reprenne ses droits, voilà Juan-Carlos Oliva qui borde sa grand-voile, puis Sébastien Rogues, Thomas Normand, Aymeric Chappellier, Nicolas Boidevézi... Les minis prennent de la vitesse, tribord amures, certains appuient leur choix, d'autres virent et recalent pour gagner la droite du plan d'eau.
Le 716 va vite, Sébastien Rogues nous l'avait dit avant le départ : <J'ai un bateau fabuleux, un des plus rapides>. Il n'a pas menti. Pour David Raison et son novateur Team Work Evolution, l'histoire n'est pas la même : le bateau bleu et rond est à la peine dans cette brise timide.
A la bouée au vent, le premier est donc Eole Génération-GDF Suez, suivi par l'un des plus anciens bateaux de la flotte, le 198 de Sébastien Picault, Kickers, plan Magnen de quatorze ans et toujours redoutable dans les vents légers ; le 800, Festival des Pains, d'Antoine Rioux vient compléter le trio de tête.
A ce stade, les bouts-dehors sont déjà sortis, les gennakers ou code 0 déjà amurés, il ne reste plus qu'à dérouler. On sent l'expérience Figaro de Sébastien Picault, premier à établir sa voile d'avant. Pas assez rapide tout de même pour inquiéter Rogues qui, insolent, creuse l'écart sur ce bord débridé.
En série, Renaud Chavaria mène la danse à bord du 596 - on l'avait présenté comme un redoutable adversaire, mais sur la côte Atlantique, on ne connaissait pas vraiment ce skipper méditerranéen - 8 courses, 7 podiums, on se voit tout de suite pourquoi : Renaud ne laisse aucune chance à personne, premier au départ, premier à la marque au vent, il devance Giacomo Sabbatini et Gwénolé Gahinet.
Animé, le village de la course ! Bassin coloré, tentes, animations, spectateurs, badauds, famille, amis - et 79 capsules qui piaffent au coeur de la ville.
Photo © Pierrick Garenne (GPO)
Déjà, les écarts se creusent. Mais, comme dit joliment Denis Hugues, le directeur de course, <tous les coureurs sont les mêmes>. Qu'ils soient ici pour la gagne ou pour l'aventure, chacun d'entre eux, passant les bouées, a déjà gagné : il est au départ de la Mini.
Au passage de la deuxième marque, dans le peloton, ça commence à hurler - bulle de pétole et courant appuyé, 30 minis à la bouée, ça fait du monde ! Ça crie en allemand, en espagnol et en talien, un peu en néerlandais, pas mal en français, la bouée sous le vent devient tour de Babel, le dernier obstacle avant le large.
Et puis, les bateaux s'éloignent, cap au Sud-Ouest, loin sous l'ortho, pour être le premier à toucher le vent quand il daignera s'établir. Dans l'immédiat, la nuit s'annonce longue.
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26/09/2011 - 00:01
Un départ doublement émouvant…
A 17h17, il y a eu le coup de canon – mais les concurrents n’ont franchi la ligne qu’une minute plus tard, en hommage à Jean-Marc Allaire, skipper disparu quelques jours plus tôt. C’est donc avec plus d’émotion encore que les 79 Minis ont entamé leur Transat 6,50, dimanche au large La Rochelle…
23/09/2011 - 14:04
Une première étape lente, tactique et sélective !
Ils seront 79 à s'élancer dimanche, au large de La Rochelle, pour rejoindre Madère, terme de la première étape de la 18e Mini-transat. Si les éditions 2007 et 2009 se sont révélées une incroyable course de vitesse au portant - record à battre 5 jours et 15 heures entre La Rochelle et Madère, soit 8,11 noeuds de moyenne !-, cette première étape 2011 devrait se révéler plus lente et tactique - et peut-être déterminante. Analyse météo et revue d'effectifs.
12/09/2011 - 17:23
Jean-Marc Allaire tombé à l'eau au large de Cap-Ferret
Le corps de Jean-Marc Allaire, skipper du Pogo 2 Baker Tilly-Ag2r La Mondiale, qui devait courir la Transat 6,50 2011, fin septembre, a été retrouvé à la côte après que son bateau a été repéré vide par un chalutier au large de Cap-Ferret.
09/09/2011 - 05:31
Aurélien Ducroz, tout schuss dans la Mini !
Il était skieur, champion du monde de freeride. Il ne connaissait presque rien à la mer. Pourtant, Aurélien Ducroz est venu chercher une deuxième vie dans la Mini. Réjouissante épreuve ! 80 bateaux seront au départ de la 13e Transat 6.50, le 25 septembre. 80 trajectoires différentes – et autant d’histoires. En complément du dossier consacré à la course dans le numéro d’octobre de Voiles et Voiliers (en kiosque le 16 septembre), voici l'interview vivifiante d’Aurélien Ducroz !
27/08/2011 - 00:57
Tolga Pamir, un Turc dans le grand bain
Devenir le premier Turc à participer à la Transat 6.50 Charente-Maritime / Bahia : c’est le défi – de taille ! – que s’est fixé Tolga Pamir en venant s’installer en France il y a six ans. Objectif (presque) atteint puisqu’il fera partie des 84 concurrents qui s’élanceront de La Rochelle le 25 septembre, cap sur Bahia (Brésil), via une escale à Madère. Voici donc le portrait d’un marin humble et persévérant, venu d’un pays où la course au large est encore une notion balbutiante.
02/08/2011 - 10:36
David a fait entendre raison !
Deuxième de la seconde étape de la Transgascogne entre Ribadeo (Espagne) et Port Bourgenay derrière Thomas Normand (Financière de l'Echiquier), mais vainqueur de la première manche voici quelques jours, David Raison a donc au final enlevé l’épreuve sur son drôle de proto TeamWork Evolution.