Actualité à la Hune

Transat AG2R La Mondiale

Les filles courent après les pilotes de ligne !

À quelques jours de l'arrivée de la Transat AG2R La Mondiale, on prend les mêmes et on recommence. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé en une semaine, bien au contraire. Ceux qui - dans le groupe de tête - avaient mis assez de Sud au-dessous de l'orthodromie ont gardé le contrôle, certains Sudistes extrêmes ayant effectué une remontée spectaculaire ! Mais parmi les leaders, le suspens reste entier...

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  • Publié le : 07/05/2010 - 00:01

Avantage au Sud. La flotte emmenée par Brit Air (en rouge) compose désormais avec un alizé d'Est. Au moins pour le groupe du Sud... car ceux du Nord, comme Agir Recouvrement ici, accusent sérieusement le coup depuis le 4 mai. Photo © Transat Ag2R La Mondiale Jeudi 6 mai à 15h00, au 18ème jour de la Transat AG2R La Mondiale : le leader Brit Air - mené par Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye - est par 13° 33,28' N/ 47° 40,51' W à 918,3 milles de l'arrivée à Saint-Barthélémy, sur les 3 890 milles de l'orthodromie du parcours depuis Concarneau, via la marque de La Palma (Canaries).

Si vous n'avez rien lu concernant la Transat AG2R La Mondiale depuis la semaine dernière sur www.voilesetvoiliers.com, vous pourriez croire - au vu du leader identique - qu'il ne s'est rien passé cette semaine. C'est tout le contraire. Car voyez vous, le scénario de toute bonne Transat dans les alizés - ou dans l'absence d'alizés, comme cela fut le cas pendant plusieurs jours - c'est Nord contre Sud. Pas très original mais récurrent.

Brit Air supersonique. Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye (Brit Air) ont l'art de trouver l'angle idéal avec le vent et la mer pour naviguer vite et au bon endroit. Mieux vaudrait écrire, pour < voler >... et ce n'est pas seulement un hommage à leur sponsor ! Photo © Transat Ag2R La Mondiale Dans ce grand bluff de la stratégie atlantique, il y avait ceux qui étaient aux avant-postes, depuis les Canaries ou presque, et qui devaient choisir entre rester proches de l'orthodromie (route la plus courte) ou mettre ce qu'il fallait de Sud dans leur route afin d'échapper aux conséquences d'un train de dépressions et aux fronts associés traversant l'Atlantique dans l'autre sens.

Cette circulation atmosphérique se fait à une latitude assez basse comme c'est furieusement tendance cette année, entamant ainsi l'anticyclone des Açores qui ne s'en est d'ailleurs toujours pas remis. Celui-ci est actuellement très Nord à l'Ouest des îles Britanniques, tout cela n'étant pas bon du tout pour un alizé serein... sauf pour ceux qui ont pu s'échapper par le Sud, assez loin de la vaste zone de transition précitée et suffisamment au-dessous de la menace de l'anticyclone des Bermudes, fort développé actuellement.

Les oscillations de l’alizé sont déterminantes. À l'approche de l'arc antillais, l'alizé connaît des variations en force et en direction qui évoluent en outre au fil de la journée et de la nuit. C'est déterminant pour les angles et en conséquence la vitesse des uns et des autres. Photo © Météo-France Tout était donc affaire de dosage et de synchronie dans les empannages et les recalages. À ce jeu subtil, les leaders ont excellé et les quatre premiers de la semaine dernière sont les mêmes cette semaine (mais pas dans le même ordre) ! À tout seigneur, tout honneur, Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye (Brit Air) jouent une nouvelle fois le même rôle des pilotes de ligne de haut vol, le genre commandants de bord après lesquels les filles courent, et pas mal de garçons aussi, au vu des vingt-quatre tandems qui les poursuivent !

En mettant du Sud dans leur Ouest, ils avaient pas mal rétrogradé au classement. Mais les dividendes de ce décalage ont fini par tomber et les voici en tête après avoir regagné six places en trois jours. Le secret de leur vitesse ? Des angles de trajectoire optimisés à cinq degrés, par rapport à la rotation diurne de l'alizé, et par rapport aux vagues pour profiter de leur énergie afin de surfer au mieux. Résultat, ils décrochent le Trophée de la performance du jour AG2R La Mondiale ce jeudi 6 au matin.

Régate à vue. Brit Air et Banque populaire ne se quittent guère depuis les Canaries ou presque. Cette régate au contact a le mérite de ne rien laisser passer, trajectoire défectueuse, barre pas assez agressive ou réglage non optimal. Photo © Transat Ag2R La Mondiale Pour autant, vu le niveau très homogène de cette classe (au moins pour la moitié haute du panier), les autres ne lâchent rien du tout. Deux des trois équipages comprenant une femme sont ainsi à la poursuite des beaux gosses de Brit Air. Jeanne Grégoire d'abord. Avec Gérald Véniard elle mène son Banque populaire d'une façon magistrale. Si bien que les deux bateaux sont à vue en permanence ou presque depuis les Canaries ! Avec Samantha Davies et Romain Attanasio (Savéol) - la bonne humeur proverbiale de la Britannique ne semblant pas du tout entamée par la vie de couple si l'on en juge les photos qu'ils envoient du bord - ces trois bateaux se tiennent en six milles et demi... même si ce dernier est très légèrement moins Sud.

Tout le contraire de Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle vert) qui ont pointé en tête le 5 au matin mais sont aujourd'hui quatrièmes à seize milles des leaders, au gré des légères variations de l'alizé et parce qu'ils ont choisi de se décaler trente milles au Sud afin d'avoir un coup en réserve, plutôt que de jouer aux petits chevaux. Derrière, c'est un peu le trou avec quarante milles jusqu'au cinquième et il paraît vraisemblable (mais pas certain...) que le vainqueur - voire le podium - se trouve dans les quatre doubles précités. Mais on retrouve dans le paquet de poursuivants, certains retardataires qui ont effectué une remontée spectaculaire.

La cheminée est débouchée ! Même s'ils ne sont que onzièmes, Bernard Stamm et Gildas Mahé ont gagné neuf places en sept jours. Leur Cheminées Poujoulat est désormais bien débouchée... Ça fume ! Photo © Mathieu Sarrot (Transat AG2R La Mondiale) Il y a quatre jours encore, Nicolas Troussel et Thomas Rouxel (Crédit mutuel de Bretagne) étaient quatorzièmes à plus de cent milles de la tête de course. Ils sont revenus à cinquante-six milles. Plus fantastique encore est la chevauchée de Nicolas Lunven et Jean Le Cam (Generali), sixièmes à soixante-deux milles de Brit Air alors qu'ils étaient encore dix-septièmes mardi 4 mai, à cent trente-trois milles ! Même s'ils ne sont que onzièmes, Bernard Stamm et Gildas Mahé (Cheminées Poujoulat) ont eux aussi gagné neuf places en sept jours.

Derrière Éric Drouglazet et Laurent Pellecuer (Luisina) intercalés en embuscade, Adrien Hardy et Stanislas Maslard (Agir Recouvrement) continuent leur partie de poker menteur par l'orthodromie. Mais huitièmes, leur vitesse baisse sur celle des Sudistes et ils viennent de perdre six places en deux jours. Ce sera difficile mais leur isolement pourrait être un atout en cas de chambardement météo. Car ce sont bel et bien les Nordistes qui paient durement l'absence de gradient de pression de ces deux derniers jours, à l'instar de Joseph Brault et Antoine Koch (Gaspé 7) qui étaient en tête mardi 4 mai mais ne sont plus que treizièmes ce jeudi 6 ou de Yann Eliès et Jérémie Beyou (Generali/Europ'Assistance), relégués dans le même temps de la troisième à la dix-septième place !

À l’Ouest peut-être du nouveau... À l'Ouest peut-être du nouveau... En se décalant trente milles au Sud des leaders, Gildas Morvan et Bertrand de Broc espèrent bien bénéficier d'un angle de vent plus intéressant à l'approche de l'arc antillais. Photo © Transat Ag2R La Mondiale Autant dire que le seul pronostic valable pour l'arrivée est qu'il faudra se méfier de ceux qui sauront se décaler à l'arrière. Si l'alizé faiblit de nouveau, ceux qui seront au Sud auront sans doute l'avantage. Quoi qu'il en soit, les écarts en latéral sont désormais assez importants pour distribuer les cartes à l'arrivée sur Saint-Barthélémy. Ils engendreront nécessairement des angles de vent sensiblement différents et des variations de vitesse qui pourront bouleverser la donne. Comme les empannages qui devront être optimisés au fil des oscillations du vent d'Est, un coup plus Nord, un coup plus Sud. Ça promet d'être chaud. Bouillant comme ce soleil des Tropiques qui a cuit la flotte privée d'alizé. Et saignant. Jusqu'à l'os.

Retrouvez le dernier classement ici.

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