En 22 jours, 16 heures, 59 minutes et 11 secondes, Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye (Brit Air) ont gagné la Transat Ag2r ce mardi 11 mai 2010 au matin, à Saint-Barth aux Antilles. À près de 7,14 noeuds sur l'orthodromie, ils ont résisté jusqu'au bout à la chasse de Jeanne Grégoire et Gérald Véniard (Banque Populaire), arrivés 50 minutes et 19 secondes après eux... et qui ne les avaient pas perdus de vue depuis la marque des Canaries ! Derrière, le combat était tout aussi enragé, à l'instar de Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert), troisièmes à 2 heures et 19 minutes des vainqueurs.
Note :
Pour le jour de ses 33 ans, Armel Le Cléac'h (à droite) s'offre sa deuxième victoire dans la Transat AG2R La Mondiale. Quant à Fabien Delahaye (25 ans), régatier de haut niveau, il n'avait jamais passé plus de sept jours consécutifs en mer. Au final, un duo de choc, très complémentaire !
Photo © Alexis Courcoux (Transat AG2R La Mondiale)
Il atteint aujourd'hui même l'âge christique et il rayonne de bonheur. Le jour de ses 33 ans, Armel Le Cléac'h est le premier skipper à gagner une deuxième fois la Transat Ag2r (il l'avait remportée en 2004 avec Nicolas Troussel). Vu le niveau très relevé de cette transat en monotypes Figaro Bénéteau, c'est tout sauf anecdotique. D'autant plus que le vainqueur de la Solitaire du Figaro 2003 (et champion de France de course au large en solitaire) est passé entre-temps par le 60 pieds IMOCA (où il retournera dès la Route du Rhum) avec une magnifique deuxième place au Vendée Globe pour son premier tour du monde en solitaire et un titre de champion IMOCA.
Une première, cette Transat Ag2r / La Mondiale en fut une superbe pour l'équipier d'Armel. Fabien Delahaye (25 ans) n'avait en effet jamais passé plus de sept jours en mer ! Mais c'est un régatier de haut niveau, issu de la voile légère, du monotype et du Tour de France à la voile. Et déjà un excellent skipper de course au large, puisqu'il fut premier bizuth de la Solitaire du Figaro 2009, sur laquelle les deux hommes se sont connus. Ces deux-là sont bien des vrais cracks comme nous vous l'avions annoncé avant la course.
Par la finesse de leur trajectoire, le choix d'angles optimaux pour aller vite au bon endroit, Armel Le Cléac'h (ici à la barre) et Fabien Delahaye (Brit Air) ont survolé une transat au niveau très relevé, homogène et resserré en tête. Du pilotage de haut vol !
Photo © Transat Ag2R La Mondiale
Armel à propos de Fabien : <Partir avec lui, c'était une sorte de pari car avant le départ, nous ne nous connaissions pas vraiment. Nous nous sommes rencontrés sur la Solitaire du Figaro l'été dernier. Il avait fini premier bizuth montrant ainsi déjà tout son potentiel. Quand je l'ai appelé en fin d'année pour lui proposer de faire la Transat avec moi, il a tout de suite été partant. Fabien avait un profil qui m'intéressait. C'est un régatier, issu de la voile légère. C'est quelqu'un de motivé, travailleur et acharné. Il l'a démontré à chaque instant lors de cette course. Naviguer avec lui, ça n'a été que du bonheur pendant trois semaines. Nous avons vraiment été en cohésion tout du long. Très complémentaires. Il y a eu beaucoup d'échanges. Nous n'avons jamais rien lâché. Dans les moments de doute, nous nous remettions en question, nous faisions le tour des choses et à chaque fois nous reprenions l'avantage. C'était vraiment très bien et je le remercie de m'offrir cette victoire pour mon anniversaire.>
Fabien sur Armel : <Pour ma première Transat, je ne pouvais pas espérer mieux. Une victoire, c'est magique ! J'ai passé 23 jours super en mer. Que du bon ! Que du bonheur ! On n'a pratiquement pas mis le pilote à part au début, lorsque c'était un peu rentable dans les petits airs la nuit. Mais ensuite, nous ne l'avons pas branché plus d'une heure d'affilée. Naviguer avec Armel, c'est top. A bord de Brit Air, il n'y a jamais eu un mot plus haut que l'autre. On s'est éclaté pendant toute la Transat. C'est un pur bonheur. J'ai découvert beaucoup de choses. Avant cette course, je n'avais jamais passé plus de sept jours de suite en mer. Là, en faire 22 d'affilée, c'est forcément une grosse expérience. Maintenant, il va falloir poser un peu les choses. Voir ce que je vais en retirer... Ce sera beaucoup, c'est sûr.>
De retour après un congé maternité d'un an, Jeanne Grégoire était associée à Gérald Véniard (Banque populaire), comme en 2006. Heureux d'être en mer, ils ont gagné une place, deuxièmes à 50 minutes des pilotes de Brit Air... si près des étoiles !
Photo © Alexis Courcoux (BCPE)
En 22 jours, 16 heures, 59 minutes et 11 secondes, Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye (Brit Air) ont donc remporté la 10e Transat Ag2r ce mardi 11 mai à 0 heures, 59 minutes et 11 secondes, à Saint-Barth aux Antilles (6 heures, 59 minutes et 11 secondes, heure de Paris), à près de 7,14 noeuds sur les 3 890 milles de l'orthodromie, depuis Concarneau, via la marque de La Palma (Canaries).
Si la première semaine de petit temps n'a guère permis aux hommes de Brit Air de décoller, ils ont rongé leurs ailes en sauvant leur carlingue là où certains des favoris laissaient leurs espoirs de victoire dans la pétole portugaise. À partir de la deuxième semaine de course, on les retrouvait régulièrement aux avant-postes. Le neuvième jour, ils passaient ainsi la marque de La Palma (Canaries) en deuxième position derrière Samantha Davies et Romain Attanasio (Savéol).
Menant la course mais n'hésitant pas à céder leur leadership pour se décaler intelligemment dans le Sud, afin d'investir sur l'avenir, en anticipant la chute de l'alizé au Nord (ces derniers temps, c'est au Sud que cela passe sur ce type de transat !), ils ont fait preuve d'une grande maîtrise stratégique et tactique. Au terme d'une épreuve à suspens, que le mode furtif a contribué à accroître, notamment à la fin, Armel et Fabien ont su trouver l'angle idéal avec le vent et la mer pour une vitesse maximale sur la meilleure trajectoire possible.
Un tout petit plus qui a fait la différence dans cette classe Figaro Bénéteau de très haut niveau où le moindre empannage doit être exécuté comme à la parade, au bon moment en jouant les micro bascules de l'alizé, et où l'on barre en réglant l'écoute de spi en permanence, où le moindre petit écart de matossage ou de réglage se paie cash... Et Armel d'ajouter : <Sous spi, nous étions toujours très performants. De plus, nous avons beaucoup barré. Ces petits centimes de vitesse en plus multipliés par 20, 30 ou 40 heures... à l'arrivée, ça fait 4 ou 5 milles. Ca fait la victoire.>
Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle vert) terminent sur le podium après avoir été dans tous les coups marquants de cette transat très disputée.
Photo © Transat Ag2R La Mondiale
N'ayant plus quitté la première place depuis le 5 mai à 19 heures, lendemain du retour de l'alizé stable au Sud, ils ont résisté jusqu'au bout à la pression de leurs poursuivants. Les premiers d'entre-eux, Jeanne Grégoire et Gérald Véniard (Banque Populaire), sont arrivés 50 minutes et 19 secondes derrière eux. Logique, ils ne s'étaient quasiment pas perdus de vue depuis les Canaries !
Après un congé maternité d'un an et affichant toujours le même bonheur d'être en mer, Jeanne revient au meilleur niveau et confirme son énorme talent, aux côtés de Gérald, figariste tout aussi brillant. Ensemble, ils avaient terminé troisièmes de l'édition 2006. Voici une place de gagnée qu'ils sont allés chercher depuis le début de course et jusqu'à leur ultime décalage dans le Sud, l'avant-veille de l'arrivée. Un coup qui aurait pu menacer les leaders.
Jeanne à l'arrivée : <Nous sommes heureux ! C'était tellement bon de retrouver la mer ! Et d'autant plus en compagnie de Gérald. On se connaît si bien que tout a été facilité à bord. > Et Gérald à propos de Jeanne : < Jeanne a mené le bateau comme un chef. Un peu hésitante et anxieuse à l'idée de repartir en mer, avant le départ, elle a tout de suite retrouvé ses marques. Elle a été incroyable, encore plus qu'en 2006. Ce sont dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, non ? Je crois que cette expression s'applique bien pour nous aujourd'hui ! Nous sommes super contents ! Cette transat a été géniale à vivre du début à la fin. Jeanne et moi-même tenons à féliciter Armel Le Cléac'h et Fabien Delahaye qui ont été de redoutables concurrents. Cette victoire ils l'ont méritée, bravo à eux.>
Romain Attanasio et Samantha Davies (Savéol) terminent à 26 minutes du podium. En tête aux Canaries, ils sont restés dans le groupe des quatre qui ont marqué cette transat de leur stratégie - en optant au bon moment pour le décalage au Sud - et de leurs bons coups tactiques.
Photo © Alexis Courcoux (Transat AG2R La Mondiale)
Troisièmes à 2 heures et 19 minutes des vainqueurs, Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert) auront eux aussi joué tous les coups possibles. À commencer par ces légers décalages au Sud qui rallongent la route, mais peuvent rapporter gros si l'angle s'avère meilleur. Cela n'a pas été le cas au final mais Gildas et Bertrand se sont bien battus et ils n'ont pas grand chose à regretter... ayant eux-mêmes, depuis longtemps, salué Brit Air pour sa vitesse supersonique.
Gildas Morvan : < Il y a toujours cette petite déception de ne pas gagner, mais voilà quelques jours déjà qu'on a choisi notre camp en décidant de contrôler Savéol. On ne pouvait plus aller chercher la première place, c'était clair et il y avait un choix difficile à faire entre contrôler Savéol qui nous emmenait dans le Nord et Banque Populaire qui, à l'opposé, nous entraînait dans le Sud. Et comme il n'y avait pas grand chose à jouer, on a décidé d'assurer le podium. C'est vrai que ce n'est pas si mal, 3ème après avoir gagné le Trophée BPE l'an dernier. Vu la qualité du plateau, on ne va pas faire la fine bouche : être sur le podium ici à Saint-Barth, c'est magique... >
Ils précèdent Samantha Davies et Romain Attanasio (Savéol) de 26 minutes et 11 secondes. Compagnons à terre et co-skippers à la mer, ces deux-là ont également été toujours dans le coup, passant en tête la marque des Canaries. <En mer, sincèrement, cela ne change pas grand chose, nous sommes avant tout des marins ! Et cette transat en double, c'est beaucoup de solitaire > indique Sam, son < boy-friend> pas très loin... < Cela s'est très bien passé, nous avions un bon rythme, c'était sympa de réfléchir ensemble sur la stratégie. Donc oui... Nous rentrons ensemble à Trégunc>, s'amuse Romain. Enfin, deux des trois femmes de la course pointent dans les quatre premiers doubles. Jeanne et Sam sont décidément de sacrés skippers !
Une fois de plus, c'est par le Sud que c'est passé ! Loin au-dessous de l'orthodromie (route la plus courte figurée par l'arc de cercle en haut), la trace de Brit Air (en gras) en témoigne. Notez les recalages au Sud autour du 50° W.
Photo © Transat Ag2R La Mondiale
Se tenant en moins de trois heures quand les cinquièmes - Nicolas Troussel et Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) sont à près de sept heures et trente minutes des vainqueurs -, les quatre premiers du classement ont été dans les mêmes coups stratégiques depuis la fin de la première semaine de course. Sur près de 2 500 milles, ils ont régaté à un niveau qu'on voyait autrefois autour de trois bouées et qui est devenu le lot commun des meilleurs Figaristes au grand large. Un seul biplace l'a emporté mais toute cette escadrille-là a livré une sacrée chasse !
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Retrouvez le classement complet ici des 25 tandems de l'AG2R La Mondiale.
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