Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre 2009

Two be or not two be

Dans notre esprit, ils sont des solitaires pur jus. Beyou, Riou, Pavant, Desjoyeaux, Le Cléac'h, Jourdain et les autres... Pourtant, c'est en double qu'ils ont tous pris le départ de la Transat Jacques Vabre. Question, alors : cela fait-il une grosse différence ?

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  • Publié le : 20/11/2009 - 08:03

Le choix des muscles, par Sidney et Sam' Dans leur duo, l'organisation des manoeuvres s'est faite par le "choix des muscles" : Sidney Gavignet, plus puissant que sa partenaire Samantha Davies, assure la "sale besogne". Photo © Jean-Marie Liot (DPPI) <Pourquoi courir en double ?> n'est pas la bonne question à poser aux skippers : les instructions de course de la Jacques Vabre l'exigent ! <Qu'est-ce que cela leur apporte ?>, en revanche, les inspire davantage.

La performance est l'idée qui leur vient en premier. <Naviguer à deux, c'est déjà naviguer en équipage>, souligne de Pavant (Groupe Bel) qui ajoute que plus il y a de paires de bras sur un bateau, mieux c'est... La manoeuvre des 60 pieds, certes pensée pour être assumée en solo, reste une épreuve physique dont la colonne de winch est le point crucial. Sidney Gavignet (Artemis) : <Entre Sam (Samantha Davies, ndr) et moi, la répartition des postes s'est faite sur le muscle : elle se charge de la barre ou de la préparation de la manoeuvre, je fais mon affaire du moulin.> Le gain de puissance et l'augmentation de la vitesse d'exécution font beaucoup ; si un virement prend près de 45 minutes en solitaire, il sera possible de gagner dix minutes ou un quart d'heure en double. Le temps n'est pas divisé par deux, bien sûr, mais les quelques minutes de mieux font déjà saliver les doublettes.

Kito de Pavant et François Gabart, vieux sage et bon élève Kito de Pavant : "Oui, la course au large est histoire d'expérience, mais j'estime en apporter suffisamment. François m'intéresse par sa méthode et sa manière d'analyser les choses." Photo © Guilain Grenier (Groupe Bel) En ligne droite, le calcul est moins simple. Pavant : <Les Open 60 ne sont pas des Maxi qui avancent mieux quand il y a du monde au rappel... A partir du moment où l'on en connaît les polaires et les ranges de voiles et que le pilote peut barrer, être seul ou à deux ne fait pas de différence.> Mais Gavignet, qui a relevé un défi un peu particulier aux côtés de Davies - maîtriser et optimiser l'ex Open 60 de Jonny Malbon -, nuance : <J'ai tendance à pousser Sam.> Et après trois mois d'entraînement, les deux équipiers n'hésitent plus à porter leur spi de 485 m2 - quand ceux de leurs concurrents tournent plutôt autour des 400 m2.

<En double, cela reste toujours deux tempéraments de solitaire qui naviguent ensemble.>

La question de la performance a aussi une dimension cérébrale. Pavant cite : <Sur le pont, il y a toujours un oeil qui veille quand on est deux. Un système de quart est organisé et le repos est plus facile à prendre.> Le gain de sécurité, mais aussi d'efficacité est net, surtout que les équipages choisissent souvent de se répartir les tâches en fonction des compétences de chacun, plutôt que de se cantonner à un partage 50/50. Le but est de définir un mode de fonctionnement qui optimise la marche du bateau. Gavignet et Pavant se concentrent volontiers sur la marche du bateau, tandis que Davies et Gabart passent du temps à la table à carte. Ce dernier ajoute : <En double, on dispose d'un peu plus de temps pour effectuer sa tâche. Il est possible de se concentrer davantage, donc de mieux s'exécuter.>

Cela reste les grandes lignes du schéma car, même si les équipiers recherchent cette complémentarité, ils ne s'appuient pas que sur elle. Dans des situations scabreuses, ils réfléchissent ensemble... <Quand les emmerdes surviennent, c'est plus facile à gérer>, lâche Gabart.

Samantha et Sidney, la solitaire et l'équipier Sidney Gavignet : "Sam sort du Vendée Globe, une pure expérience de solitaire, et moi de la Volvo, un projet très collectif d'équipage. On sait aller à l'essentiel." Photo © Mark Lloyd (DPPI) Parfois, ils apportent un regard critique, car chacun monte à bord avec son expérience. C'est aussi ça, la richesse d'un duo. Pavant et Gabart n'hésitent pas à dire qu'ils apprennent l'un au contact de l'autre. Gavignet parle lui de regards "différents" : <Je sors de la Volvo où j'ai participé à un projet d'équipage énorme et Sam a vécu un tour du monde en solitaire. Nos comportements respectifs sont marqués par ça, mais nous faisons en sorte qu'ils s'attirent l'un vers l'autre> et se subliment.

<Sur un Open 60, on ne se trouve jamais à plus de 18 mètres l'un de l'autre...>

Par ailleurs, il est clair que chaque duo fonctionne à sa manière. Deux skippers qui s'allient ne se fondent pas forcément en une nouvelle entité. Yves Le Blevec, le skipper du trimaran 50 pieds Actual : <En double, cela reste toujours deux tempéraments de solitaire qui naviguent ensemble. Les choses sont juste plus faciles à faire. Par contre, entre Jean (Le Cam, son co-équipier, ndr) et moi ne s'installe aucune relation hiérarchique, il n'y pas d'histoire de barreur et d'équipier et nos décisions sont prises collégialement.>
Gavignet renchérit : <Pour avoir navigué avec l'un et l'autre, je pense que c'est aussi comme cela que fonctionnent Desjoyeaux et Beyou (Foncia). Mais si Sam et moi avons réussi à créer autre chose, c'est aussi qu'à la base, nous sommes des solitaires de moindre qualité.>

Le Blévec et Le Cam, co-skippers Yves Le Blévec, à propos de Jean le Cam : "Nous échangeons énormément, sur les choix stratégiques à faire comme sur des détails techniques à faire progresser. Il n'y a pas de relation hiérarchique entre nous." Photo © Thierry Martinez (Sea and Co / Actual) Voilà la preuve que les duos peuvent naître pour d'autres raisons. Les affinités et l'envie sont souvent citées. Ainsi, l'équipage Roland Jourdain et Jean-Luc Nélias se forme-t-il à la moindre occasion sur Veolia Environnement, de même que celui d'Armel Le Cléac'h et Nicolas Troussel sur Brit Air. L'amitié a cimenté ces associations dont les fonctionnements se sont perfectionnés avec le temps.

<Sur un Open 60, on ne se trouve jamais à plus de 18 mètres l'un de l'autre>, rappelle Pavant... Manière de sous-entendre qu'il y a là un peu plus que de la performance à partager, finalement...



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Retrouvez la transat Jacques Vabre sur le site de la course, ici.

Consultez le programme de la course édité par Voiles et Voiliers, grâce à ce feuilletage en accès libre à consulter ici.

En complément, lisez l'article "Passage de témoin" rédigé par Agathe Armand dans le n°465 de novembre de Voiles et Voiliers.






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