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Transat Jacques Vabre 2011 – 60’ IMOCA

Vincent Riou et Hugues Destremau : «Si tu te dis maintenant que ça va le faire, t’es mort.»

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  • Publié le : 26/09/2011 - 04:52

Plan Verdier / VPLP Le nouveau PRB de Vincent Riou, mis à l'eau en mars 2010, est un plan VPLP / Verdier qui semble maintenant très au point. Photo © Benoît Stichelbaut (PRB) PRB, leur bateau, est éprouvé et rapide, aussi Vincent Riou (39 ans) et Hugues Destremau (47 ans) comptent-ils parmi les favoris de la flotte des 13 IMOCA qui se trouveront au départ de la Transat Jacques Vabre, au Havre, le 30 octobre. Mais la partie ne s'annonce pas facile pour autant. Interview croisée.


Vincent Riou et Hugues Destremau Pour la transat Jacques Vabre, Vincent Riou n'embarque pas un second skipper IMOCA comme d'autres, mais Hugues Destremau, 47 ans, de la voilerie Incidences, afin de travailler en vue du prochain Vendée Globe. Photo © Vincent Riou (PRB) v&v.com : Comment s'est formé votre duo pour la Jacques Vabre ?
Hugues Destremau :
On travaille depuis longtemps ensemble.
Vincent Riou : Et on navigue depuis longtemps ensemble.
H.D. : On s'est rencontrés par l'intermédiaire de Michel Desjoyeaux et de la voilerie Incidences pour laquelle je travaille.
V.R. : Depuis 2007, c'est Hugues qui suit le projet voiles sur PRB.

v&v.com : C'est donc pour cette raison, Vincent, que tu as choisi d'embarquer Hugues ?
V.R. :
C'est avant tout pour une question de sensibilités personnelles et parce qu'on s'entend bien. J'aime bien son approche de la course, sa manière de naviguer. Je trouve que Hugues est un excellent marin - de temps en temps, je lui dis qu'il ferait mieux de venir naviguer à l'année plutôt que de se faire suer dans sa voilerie, mais chacun fait comme il veut. Bien sûr, le fait qu'il soit le voilier du bateau a de l'intérêt pour tout le monde... Mais c'est pas pour ça qu'il vient faire la transat avec moi. Les voiles, une fois qu'on les a mises au point avant le départ de la course, elles sont comme elles sont et ça changera rien d'avoir leur voilier à bord. Par contre, il reste la course à faire. Et parmi les marins qui étaient disponibles pour la Jacques Vabre, Hugues a non seulement toutes les qualités qu'il faut, mais il fait partie du haut du panier.

v&v.com : Est-il aussi question de complémentarité entre vous ?
V.R. :
Oui, bien sûr. Il faut toujours une complémentarité. Hugues a une grosse expérience de la course au large, puisqu'il a déjà fait un tour du monde en équipage (la Whitbread 93-94, sur le Maxi La Poste, ndr) et une Jacques Vabre en multicoque (sur Géant, aux côtés de Michel Desjoyeaux, en 2005, ils ont fini 3e, ndr) - ça, c'est quelque chose d'important, parce qu'une transat en double en multi, c'était assez extrême. Ce sont des expériences qui pèsent beaucoup dans la balance... Mais surtout, il est à l'origine un grand régatier (Hugues Destremau et son frère Sébastien ont couru la préparation olympique de 92, Barcelone, en Flying Dutchman, ndr) et l'est fondamentalement resté, alors que moi je suis plutôt un coureur au large. C'est là que se joue notre complémentarité.

v&v.com : Schématiquement, Vincent, tu vas regarder loin, et Hugues, tu vas regarder près ?
V.R. :
Ouais, voilà. Si l'on doit se partager les tâches, Hugues va passer plus de temps à régler les voiles et le bateau pour le faire avancer, pendant que moi je vais faire la nav' et la stratégie. Il faut que chacun puisse mettre en avant ses compétences et ses spécialités, mais aussi que cela se fasse en toute fluidité.

v&v.com : PRB est bien préparé, Vincent le connaît bien, vous allez vite sur l'eau : vous comptez donc parmi les grands favoris de cette transat... Comment voyez-vous les choses, de votre côté ?
H.D. :
Profil bas. Si tu pars en te disant ça, c'est un truc à se faire massacrer. Ce qui ne nous empêche pas d'être en confiance.
V.R. : On a confiance. Mais on sait aussi qu'on est à quarante jours du départ et que les quarante jours qui restent sont essentiels. Si tu te dis aujourd'hui que ça va le faire, t'es mort. Parce qu'il y a encore un petit bout de chemin à parcourir avant le départ et qu'en face de nous, on a des mecs qui sont bons, qui ont de bons bateaux, et derrière eux des équipes remplies de mecs intelligents. Les choses peuvent aller très vite autour.

v&v.com : Est-ce que cette transat constitue pour vous une régate de travail en vue du Vendée?
V.R. :
Je pense que c'est une bonne phase d'évaluation, dans le sens où cela fait un certain temps que la flotte des IMOCA ne s'est pas regroupée. En plus, il y a les nouveaux bateaux qui sont arrivés... Cela va être une bonne occasion de faire un état des lieux, oui.
H.D. : De manière évidente, la transat Jacques Vabre permettra d'améliorer certains points en vue du Vendée Globe. Pour ma part, quand je suis à bord de PRB, je n'oublie pas que l'objectif ultime, c'est le Vendée Globe. Alors, si je peux apporter quelque chose - a posteriori ou en temps réel - pour le tour du monde, ça compte. Aujourd'hui, il s'agit de gagner la Jacques Vabre. Demain, c'est le Vendée Globe. Le Vendée Globe est plus important que la Jacques Vabre.

v&v.com : Concrètement, un skipper qui, comme toi, connait bien son bateau et l'a déjà optimisé, sur quoi travaille-t-il pour l'améliorer encore ?
V.R. :
Je travaille sur tout, parce que c'est un tout. Il y a la performance, la fiabilité... Un prototype de course, c'est un puits sans fond ! Le jour où tu te dis <c'est bon, mon bateau est prêt, je ne peux plus rien faire dessus> et tu le gares au port, c'est que c'est fini la compet' pour toi. Or, sur les six semaines qui restent, là, avant le départ de la Jacques Vabre, tu peux être dépassé ! On est dans un monde qui est en perpétuelle évolution et il faut être capable de trouver perpétuellement des pistes d'amélioration. Si tu ne fais pas ce travail, c'est terminé.
Full aux as Cet été, Vincent Riou équipé de Destremau, puis de Le Cam, a enchaîné les victoires sur les classiques anglaises. Ce week-end, c'était le trophée Azimut devant Macif. De bonnes raisons de faire partie des favoris de la Jacques Vabre et d'être en confiance. Photo © Benoît Stichelbaut (PRB) v&v.com : L'arrivée de nouveaux skippers, accompagnés de nouvelles équipes, est forcément stimulante ?
V.R. :
Voilà, de nouvelles équipes avec de nouvelles idées. Tu regardes ce que le mec a fait à côté et tu te dis <tiens, j'ai pas pensé à ça>. Ça ne s'arrête jamais. C'est ça toute la spécificité du proto.

v&v.com : Quelle est la difficulté d'une transat comme la Jacques Vabre ?
V.R. :
Le plus difficile, c'est de réussir à être bon, voilà, c'est toujours pareil : il y a des jours où tu réussis à être bon et d'autres où tu rates des trucs. Quand tu prends le départ d'une course, qu'elle dure deux heures dans a baie ou deux semaines, il ne faut pas le rater. Faut être bon, quoi.

v&v.com : Un petit manque de confiance, là ?
V.R. :
Non. Mais ce n'est jamais gagné !
H.D. : Tu te bats d'abord contre toi même - même Usain Bolt, de temps il temps il claque un record, et parfois il ne part au bon moment (pour rappel, le sprinter jamaïcain est triple champion olympique et l'actuel détenteur des records du 100m, 200m et 4x100m, ndr). Ensuite, il y a les concurrents qui sont une source d'incertitudes. De même que nous pouvons être en super forme et très performants sur quelques jours, d'autres peuvent ensuite prendre le relai... Mais ce n'est pas une inquiétude.
V.R. : Cela fait partie de la course.
H.D. : Si l'on n'est pas bien après le départ, on peut malgré tout se refaire en quelques jours. Sur des courses longues comme ça, il faut surtout ne jamais, jamais, lâcher le morceau.

v&v.com : Vous avez des incertitudes concernant le niveau de vos concurrents, avec lesquels vous vous entrainez régulièrement, ou concernant leurs bateaux ?
V.R. :
Les skippers, oui, on les connaît bien.
H.D. : Sur les bateaux, en revanche, on a encore quelques incertitudes. Ce qui a manqué jusqu'ici, c'est justement un programme de navigation en commun, qui nous permette de voir ce qu'ils peuvent faire, dans quelles situations, et de même pour nous par rapport à eux.

v&v.com : Quels sont les bateaux qui vous intriguent et vous intéressent le plus ?
H.D. :
Tous les nouveaux bateaux.
V.R. : Macif, Banque Pop'...
H.D. : Safran, même si ce n'est pas vraiment un nouveau bateau.
V.R. : Safran, moins, parce qu'il n'aura pas encore fait ses évolutions pour la Jacques Vabre - son mât et sa quille devaient être changés, mais ils sont en retard sur le programme et j'ai l'impression qu'ils ne le feront pas avant la transat. Du coup, dans cette configuration, on a déjà beaucoup navigué contre lui.
H.D. : Virbac.

v&v.com : Quelles sont les évolutions que vous avez apportées à PRB ?
V.R. :
Très peu. Des petits détails, pas grand-chose. On a changé les voiles et puis voilà.

v&v.com : Le changement de jauge vous a obligés à refaire vos ranges de voiles, c'est ça ?
V.R. :
Non, non, mais c'est qu'au début, tu fais pas mal de voiles, et puis comme tu as un nombre de voiles limité, tu essayes un peu tout, puis tu fais ton choix parmi les combinaisons qui vont le mieux. La première année, il faut faire comme Bernard (Stamm, ndr) et sortir 15 ou 17 voiles avant de faire ton choix. Nous, on n'avait pas ces moyens là dès le début, donc on construit ce choix au fur et à mesure.

v&v.com : Tu te retrouves à choisir entre combien de voiles ?
V.R. :
J'ai droit à dix voiles embarquées et j'ai le choix entre onze ou douze.


Hugues Destremau, 47 ans Hugues Destremau a fait ses gammes en olympisme avant de passer en course au large. Il a notamment couru une Whitbread et une Jacques Vabre en double, sur le ORMA Géant, avec Desjoyeaux. Aujourd'hui embauché à la voilerie Incidences de Brest, il fait des piges pour les skippers, selon leurs besoins. Photo © Benoît Stichelbaut (Effets Mer) v&v.com : Er pour le Vendée, tu pourras en refaire combien ?
V.R. :
Euh... On va dire huit. Mais surtout, il faut qu'à la fin de cette saison j'aie trouvé ma configuration de voiles.
H.D. : La Jacques Vabre, elle sert aussi - et là, je peux peut-être apporter quelque chose - à déterminer cette configuration. Même s'il y a une configuration "Jacques Vabre" spécifique, en arrière plan, il faut qu'on travaille sur celle du Vendée Globe qui ne sera pas la même.
V.R. : Il y a d'ailleurs de grandes chances que je n'utilise pas les mêmes voiles sur la transat retour, histoire que j'essaie d'autres combinaisons.

v&v.com : Dans la mesure où à peu près tous les concurrents bénéficient de la même formation météo, sur quoi pouvez-vous faire la différence ?
V.R. :
Il faut être vigilants en permanence et avoir bien préparé tous les paramètres qui servent à router le bateau, les polaires, tous ces machins... Et pendant la course, il faut être à l'affut de toutes les infos qui tombent et de tout ce qui peut se passer autour, afin d'être le premier à faire les bons choix. Les trajectoires, comme d'habitude, elles vont être toutes les mêmes et c'est celui qui va virer 10 ou 20 milles avant qui va arriver à s'échapper. C'est, comme pour la marche du bateau, dans le détail que cela va se jouer. Il va falloir être tout le temps dessus.

v&v.com : Comment vous répartissez-vous les rôles à bord ?
V.R. :
Les décisions, on va les prendre ensemble, mais euh...
H.D. : Je ne me fais pas beaucoup d'illusions : sur les décisions stratégiques, sur la gestion, l'analyse des fichiers, le routage, etc... Vincent a dix mille fois plus d'expérience que moi. Par contre, moi je peux avoir...
V.R. : ... un regard extérieur qui est vachement intéressant.
H.D. : Voilà. Mais je reste lucide ! (Rires.)
V.R. : C'est sûr que dans ces domaines-là, aujourd'hui, je vais deux fois plus vite qu'Hugues. Même s'il se mettait à temps plein dessus jusqu'au départ, cela n'aurait pas grand intérêt. Par contre, au moment de se retrouver seul avec une décision à prendre, si tu as quelqu'un à côté qui joue "l'empêcheur de tourner en rond" en posant les bonnes questions, ça fait avancer le système et cela évite souvent de faire de grosses bêtises. C'est clairement la garantie d'éviter les gros couacs que tu peux faire quand t'es tout seul.

v&v.com : Après le Vendée Globe, Vincent, tu te projettes plutôt en mono ou en multi ?
V.R. :
Je ne sais pas. Je sais pas... (Un moment.) Euh... J'aimerais bien refaire un peu de mono encore - même si je ne suis pas sûr d'être sur le Vendée Globe 2016 - parce que j'aime beaucoup la série. Et j'aimerais bien faire du multi aussi... Sauf qu'aujourd'hui, je me trouve dans une position où je n'ai pas à faire de choix, car j'ai un projet qui vit. Bien sûr, je peux rêver. Et le MOD 70 est un très joli bateau, très réussi. Moi, ça me plait, c'est sûr... Autant à l'époque de l'ORMA, ça ne me disait rien, parce que me retrouver seul sur un bazar, traverser à 60% du potentiel du bateau et pratiquer un sport extrême, ça me faisait suer. Autant, faire du multicoque à six, sachant que quand t'es trois sur le pont, un à la barre, deux aux écoutes, c'est fun, et ça me va très bien. Mais chaque chose en son temps. Il y a des skippers qui se sont lancés dans le MOD70 et ils ont eu raison de le faire pour que le circuit démarre. Maintenant, il faut voir comment cela va évoluer, quelles retombées vont être générées et dans quelle mesure les partenaires vont s'y retrouver. De mon côté, le partenaire dont je dispose aujourd'hui n'ira jamais sur ce circuit et d'ailleurs je ne lui demanderai jamais d'y aller, parce que cela ne correspond pas à ses besoins. Je ne peux pas faire comme Bilou et Michel. Du coup, si je veux faire du MOD 70, il faut que je trouve un nouveau partenaire, donc que j'aie quelque chose à vendre en contre partie. C'est un peu tôt, mais cela peut partir super vite et je suis dans le bon timing : d'ici un an à un an et demi, on en saura plus.

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Vos commentaires

    • Hugues tu fais parti de la poignée de mecs différents que j'ai eu la chance de cotoyer "be the best you can be" :)

      Ajouté par evosailing le 30/09/2011 - 21:16
    • Hugues tu fais parti de la poignée de mecs différents que j'ai eu la chance de cotoyer "be the best you can be" :)

      Ajouté par evosailing le 30/09/2011 - 21:19