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Transat Jacques Vabre 2011 – Interview

Marc Guillemot : «Avec Yann, on peut discuter d'autre chose que de mettre deux penons parallèles…»

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  • Publié le : 10/10/2011 - 00:01

A deux, c’est deux fois mieux ! Pour la Transat Jacques Vabre 2011, Marc Guillemot a choisi Yann Eliès pour des raisons techniques, sportives et humaines : <Ce que nous avons vécu ensemble dans l'océan Indien, lors du dernier Vendée Globe, a été très fort. Mais pas prépondérant dans mon choix.> Photo © Christophe Launay (http://sealaunay.com) Il est arrivé à une certaine maturité. A une certaine sérénité. Mais ne vous y fiez pas : il aime plus que jamais chercher, imaginer, valider - et gagner. Marc Guillemot et son sublime 60 pieds IMOCA Safran, premier des six plans Verdier-VPLP qui courent aujourd'hui, veut garder son titre dans la Transat Jacques Vabre, cette fois avec Yann Eliès. Et remporter le Vendée Globe.

Marc Guillemot, un titre à défendre Victorieux de l'édition 2009 de la Transat Jacques Vabre en IMOCA avec Charles Caudrelier, Marc Guillemot entend bien garder son titre... <Six ou sept bateaux veulent me le prendre ? On va leur rendre la vie dure!> Photo © Marcel Mochet (AFP / Transat Jacques Vabre) voilesetvoiliers.com : Marc, la première question n'a rien d'original, mais elle est essentielle pour une transat qui se court en double - pourquoi avoir choisi Yann Eliès ?
Marc Guillemot : Parce que c'était le moins cher ! (rires) Non, sérieusement après avoir couru deux éditions avec Charles Caudrelier - aujourd'hui parti vers d'autres aventures - et avoir gagné la dernière Jacques Vabre avec lui, j'avais besoin d'un vrai co-skipper. Yann, je le suis depuis longtemps, j'aime son parcours, j'apprécie le personnage. L'hiver dernier, j'ai décidé de faire appel à lui, à ses compétences, parce que je pensais qu'il pouvait apporter un plus au projet, au fonctionnement du bateau. Humainement, sportivement et techniquement, c'était pour moi un choix naturel.

v&v.com : Humainement, justement, ce que vous avez vécu dans l'océan Indien, pendant le dernier Vendée Globe (*), ça a joué dans ta décision ?
M.G. : Pas vraiment. L'histoire est ce qu'elle est, on a vécu quelque chose de fort ensemble, qui restera toujours dans nos têtes, mais là, ce qui m'intéresse, c'est le présent et l'avenir, construire ce nouveau défi. J'ai besoin de quelqu'un de compétent, d'un vrai co-skipper.

v&v.com : Pour cette transat, tu as un titre à défendre et avec le même bateau qu'il y a deux ans. En même temps, cette course permet aussi de faire évoluer Safran, de valider certains choix en vue du prochain Vendée Globe. Qu'as-tu spécifiquement travaillé ? Les voiles, j'imagine, puisqu'elles seront limitées au prochain Vendée (**) ?
M.G. :
Oui, bien sûr. Mais pas seulement. Safran, à sa sortie en 2007, est vite devenu une référence. Et quand je vois le nombre de plans Verdier-VPLP issus de mon bateau - Groupe Bel, PRB, Virbac-Paprec 3, Banque Populaire (ex-Foncia), Macif -, je me dis qu'il ne faut pas rester immobile. Tous ont voulu faire un Safran encore plus performant, plus léger ! Ça va donner une bagarre encore plus intense pour la Jacques Vabre et pour le Vendée. Du coup, oui, j'ai voulu faire encore évoluer le bateau. Au Havre, fin octobre, on sera pratiquement dans la configuration du départ du Vendée Globe. Pour des raisons de timing, je n'aurai pas encore mon nouveau mât, mais pour le reste, les voiles et les appendices, le bateau sera au top. J'aurai notamment une nouvelle quille, qui sera mise en place dans quelques jours.

Safran, un précurseur Safran au surf à l'entraînement avec Marc Guillemot et Yann Eliès. A son lancement, en 2007, ce 60 pieds a rendu jaloux nombre de concurrents du Vendée Globe ! Et le plan Verdier-VPLP a d'ailleurs été suivi par cinq frères : Groupe Bel, PRB, Virbac-Paprec 3, Banque Populaire (ex-Foncia) et Macif. Photo © Christophe Launay (http://sealaunay.com) v&v.com : Commençons par les voiles. Quels ont été tes axes de réflexion et de recherche ?
M.G. : Sur nos bateaux, clairement pour moi, la difficulté, c'est le portant et notamment les spis. Surtout quand le vent monte, qu'il faut empanner ou affaler. Mon objectif, c'est d'avoir des voiles de portant qu'on est capable d'enrouler - donc ce ne sont plus des spinnakers, mais des gennakers - tout en gardant le plus de creux possible.

Des voiles à étudier et à valider Les voiles étant limitées à 10 pour le prochain Vendée Globe, tous les skippers cherchent des voiles polyvalentes, notamment au portant. Ici sous spi asymétrique de capelage avec chaussette, Marc Guillemot recherche des gennakers très creux, mais sur enrouleur - à valider pendant la Jacques Vabre. Photo © Christophe Launay (http://sealaunay.com) v&v.com : De façon à garder des angles de descente profonds...
M.G. : Voilà. C'est tout le problème, ce compromis qu'il faut trouver - comme toujours en bateau ! Il faut que ces voiles sur enrouleur remplacent les spis. Et on n'en est plus très loin. Pour cette Jacques Vabre, j'aurai des spis asymétriques, vu qu'on court en double, mais aussi de nouveaux gennakers à valider.

v&v.com : Tu parlais d'une nouvelle quille, j'imagine que ça veut dire un nouveau voile de quille, de façon à descendre le centre de gravité et accroître la puissance du bateau ?
M.G : Exactement. On est passé d'un voile en composites à une quille étudiée par Guillaume Verdier et les ingénieurs du groupe Safran, qui est spécialisé dans l'aéronautique et la défense. Elle est en titane, un titane particulier usiné dans la masse, ce qui permet de baisser le CG, en effet, et de remettre le poids ainsi gagné en bas, dans le bulbe.

v&v.com : Le nouveau gréement ira dans le même sens ?
M.G. :
Oui, gagner du poids et baisser le centre de gravité. L'objectif sur ces bateaux, c'est toujours de descendre le CG. Plus il est bas, plus le bateau est puissant et performant.

v&v.com : A son lancement, en 2007, Safran était déjà réputé très léger. Par ailleurs, depuis trois ans, tu l'as sans cesse fait évoluer, tu as changé le rouf, gagné du poids partout chaque hiver. Ton 60 IMOCA est-il au top de son potentiel aujourd'hui ?
M.G. :
Tu sais, ce n'est jamais fini ! Safran a longtemps été le plus léger des 60 pieds, c'est vrai, mais tous les nouveaux bateaux, notamment les Verdier-VPLP, ont encore progressé sur ce point. Ce travail d'optimisation n'est pas terminé. A l'entraînement, à certaines allures, je vois bien qu'on a un différentiel défavorable. Rien de dramatique, mais il ne faut pas s'endormir, toujours chercher, imaginer, progresser...

v&v.com : On a l'impression que cette partie-là de ton métier te passionne...
M.G. : Ah oui, c'est très excitant ! Pour être compétitif, il faut être bon sur l'eau, prêt physiquement, prêt techniquement, mais il faut aussi être bon à terre, dans la préparation du bateau et ses évolutions. C'est ce qui m'amuse et m'intéresse dans ce métier : imaginer, concevoir, réfléchir, notamment l'hiver, puis mettre en application, naviguer, valider sur l'eau dès que possible. Ces allers-retours entre la théorie et la pratique, c'est fabuleux.

v&v.com : L'objectif de la Transat Jacques Vabre, c'est clairement la victoire, le titre à garder ?
M.G. :
C'est clairement ça ! Mais il y a six ou sept bateaux qui veulent nous le prendre, ce titre. On va faire en sorte de leur rendre la vie dure...

Safran victorieux à Puerto Limon Déjà victorieux à Puerto Limon en 2009, Marc Guillemot connaît le chemin et ses pièges, que ce soit dans l'arc antillais, en mer des Caraïbes ou à l'approche du Costa-Rica. Photo © Marcel Mochet (AFP / Transat Jacques Vabre) v&v.com : Tu auras pour toi une excellente connaissance de ton outil - et des spécificités de l'arrivée au Costa-Rica. Quels souvenirs gardes-tu de cette fin de transat météorologiquement très particulière, où l'on peut avoir de la pétole, des grains violents - et des risques de tempêtes tropicales ?
M.G. : Il y a deux ans, on a eu pas mal de difficultés, finalement. Le plus rude, ça a été cette grosse dép' dans l'Atlantique, avec de la très grosse mer. Comme on est sorti en tête, on a touché les premiers les alizés. Le passage de l'arc antillais a ensuite été compliqué : trouver le trou de souris pour passer entre les îles sans se faire déventer n'est vraiment pas facile. Après, dans la mer des Caraïbes, on a eu du vent soutenu sans interruption - 25-30 noeuds sans arrêt, en fin de course, c'est fatigant. Et puis, sur les 150 derniers milles, en effet, on a eu des trous d'air, des gros nuages qui écrasaient le vent et des grains qui nous ont plombé l'arrivée. Au final, on s'en est bien tiré, grâce à notre avance. Mais c'est vrai que cette arrivée a un côté aléatoire, roulette russe, que nous, marins, on n'aime guère...

v&v.com : Comment vois-tu cette course en double avec Yann ? Serez-vous deux solitaires à bord qui se croisent au changement de quart ? Ou bien partagerez-vous davantage de temps ?
M.G. :
On a tous les deux fait beaucoup de solitaire, mais quand on navigue en double, ce n'est pas pour faire du <solo à deux>. L'idée, c'est bien de communiquer, d'échanger, de profiter de l'expérience et des compétences de l'autre. On peut ainsi confronter nos idées sur la stratégie, le choix et le réglage des voiles. Même si je connais mieux mon bateau que Yann, à deux, on est plus fort, plus intelligent. Et puis, il faut aussi des temps différents. Même sur une course aussi intense, il y a besoin de pouvoir discuter d'autres choses que de mettre deux penons parallèles...


...........
(*) Pendant le dernier Vendée Globe, dans l'océan Indien, Yann Eliès s'est fracturé la jambe à l'étrave de son 60 IMOCA Generali. Réfugié sur sa bannette, incapable de bouger, Yann a ensuite dû attendre les secours, et Marc Guillemot, arrivé sur place avec Safran, est resté à ses côtés jusqu'à son évacuation par la Marine australienne.
> La vidéo du sauvetage de Yann filmé par les Australiens et par Marc Guillemot est ici.

(**) Pour le Vendée Globe 2012-2013, les concurrents n'ont plus droit d'embarquer que 10 voiles au total, alors que ce nombre était libre précédemment. Une volonté de réduire les coûts qui oblige les coureurs à des choix drastiques et à imaginer des voiles plus polyvalentes.
Un jeu de voiles basique peut s'imaginer comme suit : une GV, un solent, une trinquette, un ORC, un tourmentin, un Code 0, un spi, un grand gennaker très creux (idéalement sur enrouleur, comme l'explique Marc Guillemot), un grand gennaker plus plat, un petit gennaker de capelage.
Ces voiles de 60 pieds sont aujourd'hui en 3DL, 3DI ou Cuben Fiber.
> Vous pouvez lire ici l'article de Loïc Le Bras consacré aux voiles de François Gabart et de son 60 pieds IMOCA Macif, ici.

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Vos commentaires

    • Guillemot, c'est vraiment un grand monsieur de la course au large. Super marin, sincère, plein de qualités humaines : je lui souhaite bien des succès sur l'eau, un beau Vendée Globe... et un joli MOD70 ! Yen'

      Ajouté par Anonyme le 14/10/2011 - 08:43

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