Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre / Volvo Ocean Race

Retour sur l'incroyable série de casses et d'abandons

Démâtage, voie d’eau, quille perdue, délaminage, cloison qui casse… Les premiers jours de course de la Transat Jacques Vabre et de la Volvo Ocean Race ont été marqués par de nombreux abandons. Première analyse des avaries survenues.
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  • Publié le : 12/11/2011 - 16:56

Hélitreuillés…Bernard Stamm et Jeff Cuzon ont percuté leur radeau avant d'être hélitreuillés par la Marine portugaise : Cheminées Poujoulat est rempli d'eau. Et le remorquage du 60 IMOCA n'a pas été facile jusqu'à Terceira, atteint ce samedi matin.Photo @ Marine Portugaise ……….....
Classements du mardi 15 novembre à 08 heures

> TRANSAT JACQUES VABRE 2011
60 IMOCA
1. Virbac-Paprec 3, Jean-Pierre Dick et Jérémie Beyou
2. Hugo Boss, Alex Thomson et Guillermo Altadill
3. Macif, François Gabart et Sébastien Col
Class40
1. Aquarelle.com, Yannick Bestaven et Eric Drouglazet
2. ERDF/Des Pieds et des Mains, Damien Seguin et Yoann Richomme
3. 40 Degrees, Hannah Jenner et Jesse Naimark-Rowse
Multi50
1. Actual, Yves le Blévec et Samuel Manard
2. Maître Jacques, Loïc Féquet et Loïc Escoffier

> VOLVO OCEAN RACE 2011-2012
1. Puma, Ken Read
2. Telefonica, Iker Martinez, à 6 milles
3. Camper, Chris Nicholson, à 145 milles
4. Groupama 4, Franck Cammas, à 314 milles
Sanya : abandon étape 1 sur délaminage, va rallier Le Cap en cargo
Abu Dhabi : abandon étape 1 suite à son démâtage, va rallier Le Cap en cargo
……….....


Rude première semaine de course pour la Transat Jacques Vabre qui a essuyé trois grosses dépressions en seulement quatre jours. 35-40 nœuds de vent et une mer déchaînée et casse-bateau qui a décimé 40% de la flotte au départ. Des 35 concurrents partis du Havre, ils n’étaient plus que 21 huit jours plus tard (lire notre article ici).

Même topo en Méditerranée pour le grand lancement de la Volvo Ocean Race 2011-2012. En moins de douze heures, deux concurrents au tapis. Forcément, sur six VO 70 seulement au départ, ça fait tout de suite un tiers de joueurs en moins. En cause une nouvelle fois, les conditions météo particulièrement violentes.

Démâtage, remâtage, abandon…Démâté six heures après le départ de la Volvo, Abu Dhabi est revenu à Alicante, a remâté, est reparti en course… avant d'abandonner la première étape, afin d'avoir le temps d"optimiser son gréement au Cap, que le VO70 de Ian Walker va rallier par cargo.Photo @ Ian Roman VOR 2011-2012Eh oui, naviguer au mois de novembre sous nos latitudes comporte des risques. Même en Méditerranée. Et comme les moteurs de Formule 1 continueront toujours à casser de temps en temps, en voile, autre sport mécanique, ce sont les mâts, les quilles ou la structure qui continueront de céder. Rien de nouveau à cela. Pas de quoi polémiquer. Cela fait partie des risques de notre sport.

Néanmoins, il est toujours instructif de se pencher sur les avaries vécues. On se souvient de l’hécatombe de mâts voici quatre ans sur la Transat Jacques Vabre et la Barcelona World Race. De même qu’il y eut une mauvaise loi des séries sur les quilles avant et pendant le Vendée Globe 2004-05. Cette année, ce sont surtout les structures – coque, bras et cloisons – qui marquent une entrée fracassante dans la typologie des avaries. Pourquoi ? Eléments de réponse…

Oublions les deux abandons sur blessure de Franck-Yves Escoffier (fracture du sacrum sur le Multi 50 Crêpes Whaou) et d’Eric Lecoq (problèmes au dos sur le Class 40 Lecoq Cuisine). Tout comme la rupture de la sous-barbe de Bureau Veritas Dunkerque Plaisance (Stéphane Le Diraison/Thomas Ruyant, Class 40) ou l’avarie de safran du multi 50 Monopticien.com des frères Julien et et Etienne Mabit.

Pas la peine non plus de s’attarder sur le renoncement de Marc Thiercelin et Luc Alphand (DCNS) pour des problèmes d’énergie. Si ce n’est pour rappeler qu’ils étaient alors derniers et ne semblaient, de toute façon, pas dans le coup. Petite parenthèse au passage : l’an passé, Christopher Pratt, sur ce même 60 pieds DCNS avait, pour sa part, terminé la Route du Rhum en solitaire… sans énergie !

Une quille…

Revenons donc aux casses majeures. Sur les 13 autres abandons (Transat Jacques Vabre et Volvo Ocean Race confondus), on dénombre un seul problème de quille, mais non des moindres puisque le Class 40 Initiatives Alex Olivier l’a tout simplement perdue ! Mais, grâce aux bons réflexes de Tanguy de Lamotte et Eric Péron, leur monocoque ne s’est pas retourné.

Mieux, ils ont même navigué pendant quatre jours sous trois ris/tourmentin pour revenir vers la Bretagne et aller à la rencontre d’un remorqueur (un bateau de pêche) parti du Guilvinec. Une avarie et une navigation sans quille qui rappelle évidemment les exploits réalisés par Marc Guillemot (Safran) et Mike Golding (Ecover) sur les deux derniers Vendée Globe. Les deux hommes avaient tous les deux bouclé leur tour du monde sans quille en troisième position en parcourant respectivement une quarantaine de milles pour Golding, en 2005, et plus de 1000 milles pour Guillemot en 2009, sans cet appendice pourtant essentiel.

A bon port…Akena Vérandas arrive aux Sables-d'Olonne, son port d'attache. Pour Arnaud Boissières et Gérald Véniard, qui ont navigué plusieurs jours sous gréement de fortune, la course s'est arrêtée sur un démâtage visiblement causé par la casse d'un outrigger.Photo @ B. Gergaud Deux mâts et un étai…

Côté gréement, deux démâtages sont survenus rapidement sur chacune des deux grandes courses. Le premier a mis un terme aux ambitions d’Arnaud Boissières et Gérald Véniard sur le 60 pieds IMOCA Akena Vérandas. Sans certitude, Arnaud Boissières, qui était sur le pont au moment du démâtage, pense que c’est l’outrigger au vent qui s’est brisé, entraînant inéluctablement la chute du mât. Le tube en lui-même n’est donc pas remis en cause.

De son côté, le VO 70 Abu Dhabi a brisé son mât en trois morceaux en retombant d’une grosse vague. Entièrement conservé par l’équipage pour sauver les voiles (limitées à 17 pour toute la course), le mât sera analysé pour comprendre d’où vient la faille. Car avec tous les périphériques qui tiennent le mât (haubans, barres de flèche…), le nombre de causes pouvant entraîner un démâtage augmente en conséquence. Pour l’équipage de l’Anglais Ian Walker, reparti quatre jours plus tard avant de finalement abandonner cette première étape, il est important de connaître la ou les raisons de ce démâtage. Le règlement n’autorisant de construire que deux mâts, ils veulent évidemment savoir s’ils vont devoir modifier le second, identique au premier, pour éviter la même mésaventure et pouvoir régater serein.

Sur la Transat Jacques Vabre, un Class 40 (Avis Immobilier d’Eric Galmard et François Schleek) a abandonné pour avarie d’une pièce d’étai (sans heureusement démâter) et perte d’un boulon de quille.

De l"eau à mi-mollet !De l'eau à mi-mollet ! Un des équipiers de Sanya inspecte l'intérieur du Volvo 70 amarré au port de Motril. La réparation s'annonce lourde. Mike Sanderson a dû abandonner la première étape et rallier Le Cap par cargo.Photo @ Team Sanya VOR 2011-2012Sept problèmes structurels !

C’est là la grande nouveauté cette année : plus de la moitié des avaries sont structurelles. Délaminage de coque (Comiris Pôle Santé Elior et Concise 2 en Class 40 sur la Jacques Vabre, Sanya sur la Volvo), cloisons fissurées (PRB et FenêtréA Cardinal), bras de liaison cassés (Prince de Bretagne)… Le tout entraînant parfois des voies d’eau conséquentes (Sanya et Cheminées Poujoulat). Au point d’obliger Bernard Stamm et Jeff Cuzon (Cheminées Poujoulat) à déclencher leur balise de détresse pour être hélitreuillé de leur tout nouveau 60 pieds IMOCA devenu dangereux.

La violence des éléments a mis à mal l’ossature des monocoques et trimarans. Si les observateurs extérieurs s’étonnent de cette augmentation soudaine des problèmes structurels, les architectes navals, eux, sont beaucoup moins surpris, à l’image de Guillaume Verdier, architecte notamment du PRB de Vincent Riou et Hugues Destremau (abandon sur cloison fissurée) : «Je me souviens, quand j’étais chez Finot-Conq, que des lisses ou des panneaux sur les fonds de coque, on en a toujours cassé. Sur la Transat Jacques Vabre, on a déjà eu des délaminages sur des sandwichs, des fissures dans les membrures. On s’en rend compte souvent à l’arrivée. Mais ça n’a rien de nouveau. Et puis certains ont peut-être tapé des ofnis…»

L’avarie de PRB est finalement mineure. «Il n’y a pas eu de risque d’intégrité pour le bateau. C’est juste une fissure dans la cloison étanche en avant du ballast avant. Mais cela n’a ni cassé les lisses, ni touché le fond de coque, puisque c’était juste au-dessus du monolithique. Il n’y avait pas de risque d’invasion d’eau non plus. Sur un Vendée Globe, il aurait réparé en mer. Mais là, juste à côté des Açores, autant s’arrêter. C’est peut-être partie d’une petite zone pas très bien collée. Ça arrive…»

Bras casséPas de chance pour le Multi 50 Prince de Bretagne de Lionel Lemonchois : c'est la quatrième fois que ce trimaran connaît des problèmes sur ses bras de liaison. Photo @ Prince de Bretagne Transat Jacques Vabre 2011Des bras de liaison toujours défaillants

Le Multi 50 Prince de Bretagne est visiblement mal né – du moins au niveau de ses bras de liaison. L’avarie survenue au trimaran de Lionel Lemonchois est en effet déjà la quatrième au niveau des bras en seulement deux ans !

Hervé Cléris, premier skipper du trimaran, avait brisé le bras avant tribord en octobre 2009 peu de temps après la mise à l’eau. Ces premiers bras, réalisés dans les moules du 60 pieds ORMA Fujicolor, ne pouvant être refait dans les mêmes moules, les architectes Nigel Irens et Benoît Cabaret en avaient du coup dessiné deux autres, plus larges de 30 centimètres. Mais, cette fois-ci, c’est un problème de résine défectueuse qui sera à l’origine d’une fissure sur le bras arrière, en septembre 2010. Deuxième réparation. Malheureusement, à la nouvelle mise à l’eau un mois avant le départ de la Route du Rhum, des tests révèlent les mêmes soucis de mauvaise résine sur les bras avant. Retour au chantier pour une troisième réparation.

Benoît Cabaret, co-architecte du bateau poursuit le récit : «Le bateau a fait la Route du Rhum sans problème avec des bras rapidement réparés, puisque ces réparations ne plongeaient pas jusqu’à l’intérieur des flotteurs, mais s’arrêtaient juste avant d’entrer dans le flotteur. Quand le bateau est revenu en France, nous avons demandé de refaire des réparations plus propres. Mais nous n’avons pas eu de retour sur ce qui a été réalisé…»

L’architecte ne sait donc pas quelle partie a été renforcée ou pas. Néanmoins, les problèmes de bras ne sont pas l’apanage de Prince de Bretagne. On se souvient de l’angoissante fin de Route du Rhum d’Yves Le Blévec sur Actual, l’an dernier, avec son bras fissuré.

Bernard Stamm pas chanceux…

En tout cas, le sort semble s’acharner sur le Suisse Bernard Stamm. Malheureux candidat des trois derniers Vendée Globe, le skipper de Cheminées Poujoulat dispose pour la première fois de sa vie d’un bateau neuf avec un budget adéquat. Mais, dès la première course de son tout nouveau plan Kouyoumdjian, une voie d’eau inexpliquée l’a obligé à quitter le navire avec son co-skipper Jean-François Cuzon.

«Je suis rentré dans le bateau pour aller chercher quelque chose et c’est là que j’ai vu qu’il était plein d’eau, a raconté Bernard Stamm, quelques heures après son arrivée à terre. Le gennaker qui était dans la soute migrait tout seul dans la cellule de vie. C’était un gros problème en vue. (…) On a essayé de voir si on pouvait se faire aider sans déclencher notre balise de détresse, mais ce n’était pas le cas. La mer était trop mauvaise pour que quelqu’un vienne nous aider. On a même essayé de naviguer, mais on a rapidement abandonné car on remplissait le bateau en force. Après, on s’est dit que vu la météo, vu les conditions, il n’était pas raisonnable de rester à bord.»

Après un hélitreuillage réussi par la Marine portugaise lundi, Bernard Stamm est retourné chercher son monocoque avec l’aide d’un bateau de pêche en fin de semaine. Mais, en arrivant sur place, le skipper a découvert Cheminées Poujoulat flottant entre deux eaux. Une situation qui a fortement compliqué le remorquage retour, à 1,5 nœud de vitesse seulement, à cause du poids du navire plein d’eau. Reste à savoir dans quel état était le monocoque à son arrivée ce samedi matin aux Açores. A l’intérieur, les vagues ont certainement détruit toute l’électronique, l’électricité, mais aussi d’autres cloisons. Un long chantier de reconstruction – si c’est possible – attend désormais Bernard Stamm et son équipe, décidément pas vernis…

Un problème de safran sur… Safran

Enfin, il convient de signaler le problème d'articulation (bague) survenu sur l'un des safrans de… Safran, qui va obliger le 60 IMOCA de Marc Guillemot et Yann Eliès à un arrêt express à Saint-Domingue. «Cela réprésente un détour de 40 milles environ, expliquait Guillemot ce dimanche matin à la vacation. C'est rude, mais on ne peut pas continuer comme ça : le bateau est très dur à barrer. Cela devrait représenter une heure de travail. En tout cas, pas question d'abandonner !»

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