Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre

Multi50 : la course de gloire est enfin arrivée ?

Le Maxi Edmond de Rothschild de Sébastien Josse et Thomas Rouxel mène toujours la danse sur la Transat Jacques Vabre en Ultim. C’est le cas aussi de StMichel Virbac en IMOCA, d’Arkema chez les Multi50 et de Carac et Aïna Enfance & Avenir, pointés à égalité ce matin en Class40. Tous sont montés au front cette nuit dans des conditions très musclées. Y compris les «petits» trimarans Multi50 qui vivent leur première grande transatlantique depuis la modification de leur jauge et l’apparition des foils sur leurs flotteurs. Zoom sur une classe qui n’a jamais été aussi excitante.
  • Publié le : 07/11/2017 - 07:36

FlottePour la première fois sur une grande course transatlantique, les Multi50, désormais dotés de foils, offrent une flotte homogène, avec un vrai suspense.Photo @ P. Bourras/ Réauté Chocolat
À l’heure matinale où nous bouclons ces lignes, il est trop tôt pour avoir confirmation de la punition qui était promise aux marins de la Transat Jacques Vabre au passage du front cette nuit, à savoir, excusez du peu : 40 nœuds de Sud-Ouest en avant du front, 50 à 55 nœuds au passage de ce même front, puis bascule violente au Nord-Ouest derrière avec rafales à 40 nœuds. Et surtout, surtout ; «mer grosse, probablement 5 à 7 mètres de creux, lever le pied !», comme aperçu sur le road book d’un concurrent. Bref : une deuxième nuit de course encore plus corsée et engagée que la première, laquelle ne ressemblait déjà pourtant pas une promenade de santé. En outre, il y a fort à parier que le mal de mer qui a frappé de nombreux concurrents dès la première soirée pourrait bien avoir sévi aussi cette nuit. Reste qu’à part quatre Class40 déjà en escale (Eärendil se trouve à Camaret) où qui vont sans doute le faire (Mussulo 40 Team Angola, Esprit Scout et Gustave Roussy), tout le monde semble avoir passé l’obstacle sans trop d’encombre.

ArkemaLalou Roucayrol et Alex Pella ont attaqué très fort dès le départ. Ils mènent la danse dans cette classe.Photo @ Vincent Olivaud/Arkema

Dans ce genre de conditions extrêmes, mieux vaut être à bord d’un monocoque, IMOCA ou Class40, bien moins volages et plus sécurisants que les multis qui ne demandent qu’à créer toujours plus de vent apparent et à partir en survitesse, voire pire. N’oublions pas non plus qu’un Multi50 est deux fois plus petit qu’un Ultim de 30 mètres et que ce dernier genre d’engin volant qu’est Maxi Edmond de Rothschild a la faculté d’aller bien plus rapidement jouer avec les systèmes météo, chercher les transitions.
C’est ce qu’ont démontré magistralement Sébastien Josse et Thomas Rouxel en mettant le cap au Sud dès 21 heures hier soir très au large, à 470 milles des côtes françaises, à hauteur de l’estuaire de la Loire. L’Ultim volant a désormais plus de 50 milles d’avance et déjà couvert 15 % du parcours. Tous les multicoques ont pu les imiter un peu plus tard dans la nuit.

Remember F.-Y. Escoffier

Reste que clairement, c’est pour les marins des Multi50, ces kartings des mers, que la course est la plus dure, la plus engagée depuis le départ, course où, le gros temps est noctambule en ce début : deux nuits, deux bastons ! L’enjeu en vaut peut-être la chandelle car la Transat Jacques Vabre est la première occasion en or de se montrer pour les skippers de Multi50, catégorie si longtemps - et injustement - boudée par les médias, en partie parce que leur flotte manquait cruellement d’homogénéité jusqu’ici.

Ceux qui s’intéressent à la course au large depuis longtemps se souviennent de l’écrasante domination du pionnier des 50 pieds, l’ancien marin pêcheur malouin Franck-Yves Escoffier. Contre vents et marées, prêchant souvent dans le désert, Franck-Yves soutenait mordicus que : oui, il y avait un avenir pour ces trimarans de taille et de budget modeste, encore accessibles financièrement aux PME mais pas moins «funs» et spectaculaires pour autant. Il le serinait à qui voulait l’entendre notamment en descendant des plus hautes marches des podiums de la Transat Jacques Vabre : en 2005 avec son fils Kévin, en 2007 avec Karine Fauconnier et en 2009 avec, pour co-skipper, un certain… Erwan Le Roux, devenu aujourd’hui président de la classe. (tiens, tiens…).

FenetreaErwan Le Roux et Vincent Riou sont les grands favoris dans cette classe, ils s’emploient à contenir les assauts d’Arkema.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Comme par hasard, Erwan Le Roux compte aujourd’hui parmi les grands favoris en Multi50. En cas de troisième victoire consécutive en tant que skipper, il dépasserait d’ailleurs le «maître», puisqu’il faudrait ajouter à cette triple couronne la victoire conquise en tant que co-skipper… de Franck-Yves Escoffier, donc.

Vive la concurrence !

La différence, et elle est de taille, c’est que c’est loin d’être couru d’avance. Erwan Le Roux et son équipier de luxe Vincent Riou ont beaucoup plus de concurrence sérieuse que lorsque le Crêpes Wahou ! rouge de Franck-Yves Escoffier était absolument imbattable, voilà une douzaine d’années. Mine de rien, la flotte engagée sur cette Transat Jacques Vabre est deux fois plus importante que celle des Ultim (six bateaux en Multi50, trois en Ultim). En outre, le niveau du plateau est plus relevé que jamais. On l’a bien vu sur toutes les courses plus modestes cette année, avec entre autres le retour de Lalou Roucayrol et l’arrivée d’Armel Tripon dans une classe totalement métamorphosée par l’apparition des foils. Il fallait être par exemple à Douarnenez au printemps pour les runs de vitesse du Grand Prix Guyader. Là, Erwan Le Roux et Armel Tripon ont tous deux flirté avec les 40 nœuds ! Dans des conditions il est vrai idéales, mais tout de même… 40 nœuds sur des bateaux de seulement 15 mètres, bonjour les sensations ! À titre de comparaison c’est la vitesse max atteinte sur la course pour le moment par l’Ultim Maxi Edmond de Rothschild.

RéautéA bord de Réauté Chocolat, Armel Tripon et Vincent Barnaud ont choisi une route plus Sud pour préserver au maximum leur bateau du coup de tabac. Beaucoup, beaucoup de manœuvres depuis le départ.Photo @ P. Bourras/ Réauté Chocolat
Riou : «Comme le lait sur le feu»

Bref, s’ils sortent sans casse de cette entame très musclée, les Multi50 pourraient bien nous offrir une bataille passionnante pendant plus ou moins 12 jours, puisque c’est le temps de mer qu’ils estiment nécessaire pour rallier Le Havre à Salvador de Bahía. À bord de leurs petites bombes, cela équivaut tout de même à plus de 360 milles de moyenne quotidienne sur la route…
Vincent Riou, équipier de luxe d’Erwan Le Roux, est invité par son équipe à comparer avec les IMOCA du Vendée Globe. Voici ce qu’il répond : «Les Multi50 vont 20 % plus vite. Ils sont larges et très légers. FenêtréA-Mix Buffet, par exemple, a la même puissance que PRB mais il est 2 fois plus léger. Le rapport poids/puissance est terrible et donne à ces bateaux une capacité d’accélération différente. C’est également plus aérien : quand le bateau va vite, 2 coques sur 3 ne sont pas dans l’eau alors qu’en accélération, le monocoque se retrouve très vite recouvert par les vagues. Les sensations sont très différentes et la manière de «vivre» également. (…) Les multicoques sont des bateaux très légers car ils n’ont pas de quille mais cela veut aussi dire qu’ils peuvent chavirer ! La faute de pilotage n’a pas la même conséquence qu’en monocoque. En multi, ça peut rapidement entraîner un chavirage. Un multicoque, il faut le surveiller comme le lait sur le feu !»

Ciela VillageIl faut compter aussi avec le nouveau bateau de Thierry Bouchard, aidé du talentueux Oliver Krauss. Moins d’expérience mais une belle machine et l’enthousiasme des nouveaux arrivants.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Réauté Chocolat en franc-tireur

En outre, c’est chez les Multi50 que la course est la plus originale pour le moment : à bord de Réauté Chocolat, Armel Tripon et Vincent Barnaud ont opté clairement pour une route beaucoup plus Sud que les cinq autres Multi50. Routés par Christian Dumard (comme le Sodebo de Thomas Coville, 2e en Ultim) Tripon et Barnaud sont ainsi fidèles à une stratégie élaborée avant le départ : d’abord préserver le bateau, quitte à être moins bien placés voire à perdre du terrain par rapport à leurs collègues plus expérimentés. Plus Sud et beaucoup plus dans l’Est que leurs concurrents partis chercher le front, ils espéraient ainsi n’avoir à affronter «que» des vents moyens de 25 à 30 nœuds avec rafales à 40 et une mer qui n’excéderait pas 3 à 4 mètres. À comparer avec les 55 nœuds et les 5 à 7 mètres de creux dans le front évoqué plus haut ! Les duos Le Roux-Riou, Roucayrol-Pella et autres Bouchard-Krauss (Ciela Village), Defert-Pratt (Drekan Groupe) et Lamiré-Duprey du Vorsent (La French Tech Rennes St Malo) en profiteront-ils pour gagner du terrain ?

Ce matin il y a 160 milles d’écart latéral entre Arkema et Réauté Chocolat (quatrième désormais), mais seulement 33 en distance au but. Rien n’est acquis dans cette classe des Multi50. Et ça, c’est nouveau !

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements à 07 h 06


Ultim
1. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), à 3 611 milles de l’arrivée.
2. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), à 49,8 milles du premier.
3. Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), à 234,2 milles  du premier.

IMOCA
1. StMichel-Virbac (Dick-Eliès), à  3 889 milles de l’arrivée.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), à 16,4 milles du premier.
3. Bureau Vallée(Burton-Escoffier), à 34,6 milles du premier.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), à 3 873 milles de l’arrivée.
2. FenétrêA Mix Buffet (Le Roux-Riou), à 27,7 milles du premier.
3. Ciela Villages (Bouchard-Krauss), à 28,7 milles du premier.

Class40
1. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant) et Carac (Duc-Loison), à 4 032,1 milles de l'arrivée.
3. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 6,9 milles du premier.

Classements complets et cartographie ici.