Transat Québec/Saint-Malo

50' Open, nouveaux princes de l’océanique ?

La mise en quarantaine des 60' ORMA aurait dû assurer le circuit des trimarans 50' Open d'un franc succès. Pourtant, à l'arrivée de la transat Québec/Saint-Malo 2008, le bilan reste mitigé.

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  • Publié le : 05/08/2008 - 15:47

Doublé gagnant sur la Québec/Saint-Malo Philippe Lenoir travaille sur des supports différents pour illustrer ses textes : l'une des richesses de son carnet. Photo © Voiles et Voiliers 11 jours, 3 heures, 19 minutes et 14 secondes. Joli chrono pour traverser l'Atlantique de Québec à Saint-Malo ! (Voir notre actu du 1er août <Escoffier, Mabire et Bullens en vainqueurs>.)
L'arrivée en vainqueur de Franck-Yves Escoffier à bord de son trimaran Crêpes Whaou ! n'a pourtant surpris ni l'équipage, ni les férus de nouveautés de chantier. En effet, le 50' Open d'Escoffier est le plus récent et le plus performant de la flotte.
Sorti du Saint-Laurent, la question du contrôle des adversaires ne s'est donc plus vraiment posée. <Sur des bateaux similaires, c'est une chose... mais Crêpes Whaou ! est nettement plus rapide, ce qui rend son équipage intelligent>, ironise son skipper, rappelant une certaine leçon de tactique qui a fait ses preuves.

Escoffier ne s'arrête pas là de son analyse. Quelque peu ennuyé, il explique que la concurrence manque toujours dans cette série. Aucun bateau n'est à la hauteur de Whaou ! et la flotte demeure réduite. Seuls deux lancements - en plus de celui d'un éventuel nouveau Whaou ! - sont prévus d'ici la transat Jacques Vabre 2009. Et ni Escoffier ni Yves Le Blévec - équipier sur Whaou ! pour la Québec/Saint-Malo - ne cachent leur espoir de voir six à huit bateaux s'aligner sur le départ de la Route du Rhum 2010.
Seul hic, la classe des 50' Open ne décolle toujours pas. Et ce malgré le succès que l'on a cru inévitable lorsque le circuit des 60' ORMA a été suspendu, rendant l'avenir de ces rois des océans incertain... Dans les faits, Escoffier incrimine le manque d'ambition des coureurs de haut niveau comme des sponsors. <C'est le problème du chat qui se mord la queue ! Skippers et sponsors attendent qu'il y ait du monde pour se pointer, sauf qu'à un moment, il faut savoir se mouiller.>

<Il y aura toujours un risque que certains se cassent la gueule, à des moments chauds,
et assurent le spectacle !>

Lui aussi convaincu par le 50 pieds, Le Blévec se réjouit des sensations qu'il procure. Comparées à celles du 60 pieds, toutes semblent intactes. Seule exception (positive, par ailleurs) : le sentiment de ne pas toujours maîtriser la démesure du 60 pieds s'estompe. Le bateau est clairement plus sûr et plus marin que son grand frère. L'absence de foils induit des flotteurs plus ronds, donc plus stables. Sans tangon, le gréement recule par rapport aux étraves, ce qui limite les enfournements.
Escoffier rassure tout de même les têtes brûlées : <Le 50' Open reste suffisamment nerveux et fougueux pour assurer de superbes images. Il y aura toujours un risque que certains se cassent la gueule, à des moments chauds, et assurent le spectacle !>

En attendant que trois bateaux performants tournent régulièrement, le vainqueur de la transat Québec/Saint-Malo espère que Whaou ! devienne la vitrine de cette série en devenir. D'autant qu'aujourd'hui, le trimaran et son skipper ont déjà rapporté à leur sponsor 2,5 fois la mise de départ ! Sur le papier, l'opération financière est rentable.
Le Blévec a tenu les comptes pour son partenaire Actual Interim. La jauge des 50' Open est pensée pour limiter une bonne part des coûts. Avec un minimum d'innovations, mais sans engager de frais d'entretien colossaux, un trimaran 50 pieds peut rester à la pointe de la performance durant trois ou quatre saisons. Un équipage de quatre personnes suffit à le mener. Rien à voir avec les douze équipiers qui courent sur un 60 pieds en version grand prix.

<Le plus gros problème est que les compétiteurs sont des gens insensés.>

Si la classe veut bien jouer le jeu, le 50 pieds, lui, ne connaîtra que sa version océanique. Pour cela, elle devra dévaloriser les épreuves de grands prix au profit de la transat. Et le coût dû au calendrier serait alors considérablement diminué...
Mais limiter l'addition éviterait surtout aux 50' Open de reproduire les erreurs commises habituellement par les séries dédiées à la course au large. Quand il n'y a plus de plafond, la course à l'armement devient insensée. Il n'y a plus de marché de l'occasion, seule une certaine élite est attirée... <Et c'est alors que ce genre de série meurt>, rappelle Le Blévec.
Il craint pourtant qu'une nouvelle fois l'expérience du passé ne permette pas d'éviter un tel devenir. <Evidemment, persistant au-delà des règles de classe et du reste, le plus gros problème est que les compétiteurs sont des gens insensés. Tout le monde veut gagner.> Espérons alors que la série des 50 pieds ne décline pas avant que qui que ce soit n'ait gagné. Ou nous risquerions d'être durablement privés du spectacle des trimarans.

...........
Résultats de la Transat Québec/Saint-Malo :

Class 50' Open
1. Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !), 11j 03h 49min 14s
2. Pierre Antoine (Imagine), 13j 10h 43 min 10s
3. Hervé Cléris (Prince de Bretagne), 13j 13h 32min 41s

Class 40
1. Halvard Mabire (Pogo Structures). 13j 13h 50min 43s
2. Oliver Krauss (Mistral Loisirs - Pôle santé Elior). 13j 17h 30min 36s
3. Tanguy De Lamotte (Novedia Group - SET environnement). 14j 05h 15min 14s

Fico
1. Christophe Bullens (An Ocean of Smiles). 15j 02h 52min 34s
2. Yannick Bestaven (Cervin ENR). 15j 22h 42min 51s
3. Denis Douillez (Saint-Malo Team). 22j 17h 44min 35s

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