Note :
Pour contourner l’anticyclone des Açores et limiter les risques de casse, Loïck Peyron emmène ses treize équipiers du Trophée Jules Verne terminer leur tour du monde... dans la trace du record de l’Atlantique Nord de Banque populaire V !
Temps de référence à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3.
Pour battre le record ci-dessus, il faut franchir la ligne Ouessant/cap Lizard avant lundi 9 janvier 2012 à 17h15’34” (heure française UTC+1), le départ ayant eu lieu le mardi 22 novembre 2011 à 09h31’42” (heure française UTC+1).
Avec toutes les précautions d’usage quant aux calculs d’avance et de retard en cours de tentative, l’avance sur le record est le lundi 2 janvier 2012 à 20h00 (heure française), au 41e jour de la tentative, de 901,8 milles (progressant doucement au début, cette avance avait beaucoup progressé à la fin de la semaine écoulée, montant à 1 525 milles le 31 décembre à 16h00 ; encore à 1 482 milles, le 1er janvier à 16h00, elle a chuté depuis hier au niveau de la semaine dernière après que Banque populaire a dû mettre le cap au Nord-Ouest, loin de la route directe ; elle continue de décroître cette nuit de lundi à mardi tant que le VMC est nul voire négatif (voir ci-dessous)).
Lorsque cet article sera mis en ligne, ce mardi 3 janvier peu après 00h00, ce devrait être en train de s’amorcer. Loin dans l’Atlantique Nord - à près de 2 500 milles dans le suroît d’Ouessant, à la latitude de Madère mais à la longitude de Terre-Neuve -, Banque populaire devrait mettre le clignotant à droite dans l’adonnante au sortir de la dorsale qui contrarie sa route depuis deux jours. Au devant du front de la dépression qui va les ramener en Bretagne.
Mise à jour du 03.01.12 à 08h20. Le virage s’est amorcé cette nuit, à 03h30 heure française par 29° 18’ N / 53° 15’ N, l’avance étant alors descendue à 822 milles. Depuis, cela adonne, le clignotant à droite se précise et l’avance remonte ! L’ETA serait vraisemblablement pour vendredi 6 en fin de journée ou la nuit de vendredi à samedi.
Xavier Revil raconte ce lundi 2 janvier à midi : “ Il n'y a pas beaucoup de vent depuis quelques heures. On se bat un peu avec les grains qui nous empêchent de progresser, mais c'est assez conforme aux prévisions. Nous ne pointons pas les étraves vers la maison, mais on investit pour la suite. On va chercher de bonnes conditions. Le navigateur nous a dit que si on voulait prendre une douche c'était aujourd'hui, la prochaine ce sera à Brest. La température commence vraiment à être plus agréable, autour de 20° alors qu'on vient d'avoir deux jours avec les hublots fermés et le bateau comme une étuve. Il y a même un peu de crachin breton pour rafraîchir l'atmosphère sur le pont. ”
L’équipage profite du répit pour récupérer un peu avant la dernière ligne droite et pour contrôler une ultime fois l’état du grand trimaran : “ D’ici une douzaine d'heures, on va réaccélérer et prendre le train, le TGV même, qui va nous amener à la maison. Nous n'empannerons pas parce que le vent ne va faire qu'adonner. On est tribord amures depuis huit jours à peu près et on va rester comme ça en bordure d'anticyclone et de dépression. La trajectoire va être très arrondie et sur un même bord. C'est le plus long bord tribord de toute ma carrière de navigateur. ” enchaîne Revil.
Lequel est responsable de l’avitaillement, domaine essentiel pour la forme des quatorze hommes et pour l’ambiance à bord. “ On était parti avec 46 jours de nourriture, on va être juste bien. Tout se passe vraiment bien à ce niveau. Rien n'a été touché par l'humidité, tout le monde est content mais on aura hâte de manger un steak frites à l'arrivée à Brest. ” Brest, ils commencent à y penser sérieusement. Mais nettement moins vite que ne le laissaient espérer les déclarations très optimistes de Loïck Peyron et de Marcel Van Triest (routeur à terre) la semaine dernière.
Cet optimisme avait certes intégré l’anticyclone forcissant mais pas une dorsale aussi étendue. Marcel Van Triest comptait aussi sur les difficultés que Groupama 3 avait rencontrées en première partie de remontée de l’Atlantique Nord. Mais cela a finalement été pire que prévu pour le challenger, avec une perte de près d’un jour et demi sur le tableau de marche encore envisagé le 27 décembre !
Le 28 décembre, l’angle a beau être serré au large du Brésil, Banque populaire progresse bien au près. Mais l’allure - en l’occurrence la mer qui y est liée -, sollicite nécessairement le matériel. Avec près de 17 000 milles dans son sillage, soit la plus grande distance jamais encore parcourue depuis la mise à l’eau de Banque populaire V, Loïck Peyron n’a cependant qu’à se féliciter du travail de préparation effectué par l’équipe avant le tour du monde : “ C'est paradoxalement la partie la plus casse-bateau de ce tour du monde. Ca va être un peu difficile pour le matériel dans les prochains jours. La problématique est qu'il reste 5 000 milles à faire, et que sur un multicoque, quand on passe d'une vague à l'autre, on a l'impression qu'on va perdre une dent ! Il y a des petits signes de fatigue évidents sur le bateau. On a envoyé Florent Chastel tout en haut du pommier hier pour vérifier tout ça. Il y a des petits signes d'usure, notamment sur les chariots de grand voile, mais tout cela est assez normal. ”
Encore s’agit-il de bon plein sur une mer bien rangée jusqu’à l’équateur qui est visé en route directe. Le vendredi 30 décembre à 12h17’30” (heure française), Banque populaire fait son retour dans l’hémisphère Nord. En 32 jours, 11 heures, 51 minutes et 30 secondes, il améliore de 1 jour, 4 heures, 14 minutes et 30 secondes (sous réserve d’homologation du WSSRC) le record intermédiaire équateur/équateur qui appartenait à Bruno Peyron et à l’équipage d’Orange 2, depuis le 6 mars 2005, en 33 jours, 16 heures et 6 minutes. Au même moment de la tentative du defender actuel, le dimanche 14 mars 2010, Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3 accusaient un retard de 1 jour, 2 heures et 4 minutes sur Orange 2 au passage de l’équateur.
En 38 jours, 2 heures, 45 minutes et 48 secondes depuis le départ d’Ouessant, Banque populaire V dispose alors d’une avance (théorique compte tenu de la longitude de franchissement de l’équateur et des modes de calcul) de 3 jours, 18 heures et 24 minutes sur les 41 jours, 21 heures et 9 minutes de Groupama 3 (toujours depuis Ouessant, en mars 2010). Loïck Peyron : “ Nous avons passé l’équateur à grande vitesse. Nous sommes à 35 noeuds, sur une mer quasi plate, ce n'est que du bonheur. Le bateau ne souffre pas, les bonhommes encore moins. Tout le monde est ravi, surtout les jeunes cap-horniers. Bonjour l'hémisphère Nord ! Ce n'est pas mal du tout ce record ! Ce sera de plus en plus difficile à prendre mais ce sera encore faisable et c'est ça la bonne nouvelle... ”
Tandis que le Pot-au-Noir peu actif, comme prévu, va être aisément franchi, bien décalés dans l’Ouest, sans quasiment ralentir, faute de véritable transition entre les alizés du Sud et du Nord de l’équateur météorologique, Loïck songe à voix haute : “ Hier soir, vers 18 heures, nous étions au large de Recife au Brésil et nous étions encore au large du cap Horn il y a moins d'une semaine. Ce maxi Banque Populaire V est un avion de chasse unique sur la planète. D'ici une semaine on devrait rentrer à Brest et bizarrement ça s'annonce comme la plus longue semaine de ce tour du monde. ”
Il ne croyait peut-être pas si bien dire ni que cela débuterait dès la nuit suivante. Alors que l’avance sur Groupama 3 atteint 1 525 milles à 16h00, c’est silence radio le 31 décembre tant l’équipage est concentré pour ménager le matériel. À terre, Marcel Van Triest explique : “ Ils ont eu jusqu'à 34 noeuds avec une mer très courte. Là, ça retombe un peu, mais ils ont toujours 27 noeuds. La nuit a été sportive et agitée. On est à 80 % des polaires du bateau pour préserver le matériel. Ca va s'arranger petit à petit, le vent va tourner et la mer va s'organiser. Ca ne va pas devenir du portant mais plus du reaching. On va mettre plus de Nord dans la route à partir d'aujourd'hui. La ligne de séparation des deux alizés était vraiment petite. Il y a eu une bascule de vent de 100° mais sans pétole. ”
Si l’avance est encore de 1 482 milles le 1er janvier à 16h00, elle chute de près de 600 milles d’ici au lundi 2 à 20h00, en à peine plus d’une journée ! À 90 degrés de la route, le VMC de Banque populaire ne peut être que désastreux ! Tandis qu’il ne faut pas plus viser un VMG trop performant pour ménager un bateau forcément fatigué, d’où un angle ouvert par rapport à un alizé de Nord-Est musclé et à la mer. Cela s’explique à la fois par une dorsale plus étendue que prévu et par une décision stratégique de Loïck Peyron.
Loïck commente ainsi son choix : “ Les conditions rencontrées depuis deux jours ne sont pas simples ni pour le bateau, ni pour les hommes, face à une mer pas belle du tout. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire une route un peu bizarre qui va surprendre un peu tout le monde. Nous avions deux choix, celui de ralentir au risque de casser le bateau en faisant une route plus courte et plus directe, soit d’accélérer en rallongeant énormément ma route mais avec moins de difficultés pour le bateau. On a pris cette seconde solution pour rentrer à Brest. ”
C’est donc la grande Volta des anciens autour de l’anticyclone des Açores que Loïck Peyron a choisie pour rentrer à la maison, préférant sans doute assurer le record en acceptant de ne le battre “ que ” de trois jours environ plutôt que de plus de quatre jours... avec le risque de casser et de tout perdre. Dès ce mardi 3 janvier, le vent de Sud associé au front de la dépression sous Terre-Neuve devrait se faire sentir sur la face occidentale de la dorsale. Avec lui, Banque populaire pourrait monter jusque vers 45°N / 50° W (peut-être moins à l’Ouest) avant de franchement tourner à droite à la faveur de l’adonnante. C’est ainsi une route beaucoup plus longue que celle d’Orange 2 en 2005 qui, le plus à l’Ouest des récents détenteurs du Trophée Jules Verne, était passé par 30°N / 44° W, tandis que Groupama 3 réalisait la diagonale parfaite depuis 27° N.
La traversée de l’Atlantique se fera alors assez haut en latitude, où passe l’orthodromie et où le flux d’Ouest sera le plus fort. Cela dit, si l’arrivée sur l’Europe devait se faire par le Sud de l’Irlande comme l’évoquait Loïck Peyron dimanche dernier, il y aurait un risque d’empannage en bâbord amures. Mais si la question de l’angle sera sans doute cruciale sur la fin, celle du clignotant à droite est la préoccupation des prochaines heures...
L’équipage de Banque populaire V
Loïck Peyron, skipper, hors quart.
Juan Vila, navigateur, hors quart, responsable électronique/informatique.
Quart n°1
Jean-Baptiste Le Vaillant, chef de quart, responsable voiles.
Kévin Escoffier, barreur/régleur, responsable vidéo et structure.
Xavier Revil, barreur/régleur, responsable avitaillement et vie à bord.
Florent Chastel, numéro 1, responsable médical et gréement courant/dormant.
Quart n°2
Frédéric Le Peutrec, chef de quart.
Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur, responsable médical et composite.
Thierry Duprey du Vorsent, barreur/régleur, responsable mécanique et énergie.
Ronan Lucas, numéro 1, responsable sécurité (il est aussi le directeur du Team Banque Populaire).
Quart n°3
Yvan Ravussin, chef de quart, responsable composite.
Brian Thompson, barreur/régleur.
Pierre-Yves Moreau, régleur, responsable mécanique et hydraulique
Thierry Chabagny, numéro 1, barreur/régleur, responsable accastillage et voiles.
Marcel van Triest, routeur à terre.
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