Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne 2011-2012

Le monde en 40 jours ?

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  • Publié le : 06/12/2011 - 00:02

Foncer dans la nuit du Sud au milieu des glaces : très stressant !Même si les conditions ne sont pas encore trop dures, hormis un froid mordant, foncer à 30-35 noeuds dans la nuit du Sud au milieu des glaces est un « exercice » très stressant !Photo @ Bpce

Si le rythme suivi en Atlantique et entamé dans l’océan Indien par Loïck Peyron et les treize hommes de Banque Populaire V était tenu sur les trois-quarts restants du Trophée Jules Verne – ce qui n’est évidemment que pure spéculation alors que le Sud ne fait que commencer –, le tour du monde serait envisageable en 40 jours. Dix-neuf ans seulement après la première circumnavigation en moins de 80 jours, celle de Bruno Peyron, frère aîné de Loïck. À Jules Verne, Jules Verne à demi !


Temps de référence à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3.

Pour battre le record ci-dessus, il faut franchir la ligne Ouessant/cap Lizard avant lundi 9 janvier 2012 à 17h15’34” (heure française UTC+1), le départ ayant eu lieu le mardi 22 novembre 2011 à 09h31’42” (heure française UTC+1).

Avec toutes les précautions d’usage quant aux calculs d’avance et de retard en cours de tentative, l’avance sur le record est le mardi 6 décembre 2011 à 07h00 (heure française), au 14ème jour de la tentative, de 1793,3 milles (cette avance augmente sans cesse depuis le passage de l’équateur).

L’Atlantique Sud ? Une courbe parfaite.En Atlantique Sud, le contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène a imprimé une courbe parfaite, comme dans les manuels de climatologie. Puis une traversée express sur l’orthodromie. Après l’entrée dans l’océan Indien, il a fallu empanner quatre fois, entre dimanche matin et la nuit suivante, afin de descendre pour anticiper l’anticyclone à venir (image suivante).Photo @ Bpce

La courbe de progression est époustouflante. Le plus grand trimaran du monde - plan Van Peteghem/Lauriot-Prévost imaginé par Pascal Bidégorry, construit par CDK Technologies (et ses fournisseurs) sous la houlette du regretté Hubert Desjoyeaux - est une machine tellement fabuleuse, si bien skippée par Loïck Peyron et remarquablement menée par son équipage -, qu’il est désormais envisageable de réduire Phileas Fogg à demi... Le tour du monde en 40 jours est bel et bien du domaine du possible !

Il y a un peu moins de dix-neuf ans, le 20 avril 1993, Bruno Peyron, Marc Vallin, Jack Vincent, Cam Lewis et Olivier Despaigne - ils n'étaient que cinq à bord de Commodore Explorer (26 mètres) -, étaient les premiers à réaliser une circumnavigation non stop à la voile en moins de 80 jours, très exactement en 79 jours, 6 heures, 15 minutes et 16 secondes. Avec un bateau une fois et demie plus long - on ne dira jamais assez combien le choix de la longueur a été intelligent dans la conception de Banque populaire V dont le potentiel est supérieur à celui de Groupama 3, y compris en termes de sécurité et de confort -, la moyenne tenue sur le premier quart du parcours permet d’envisager concrètement que le tour du monde en cours s’effectue en deux fois moins de temps que le premier Trophée Jules Verne !

Avec 40 mètres de coque centrale, 23 mètres de large, 23 tonnes en configuration Jules Verne, et 720 mètres carrés sous grand-voile et solent (soit 31,30 mètres carrés/tonne) ou 610 mètres carrés pour le seul grand gennaker, Banque populaire V n’est pas seulement une fabuleuse machine à fabriquer du vent apparent. Un tel bateau permet aussi de le placer exactement où l’on souhaite par rapport aux fronts (qu’il dépasse parfois, c’est l’un des problèmes à gérer) et d’éviter les mers dangereuses pour sa structure.

Mardi 6 : éviter de buter dans la bulle.Le modèle américain GFS du 5 décembre à 00h00 UTC prévoit pour ce mardi à 12h00 UTC un anticyclone entre les 40ème et 50ème parallèles. Banque populaire va l’éviter en longeant sa bordure Sud. Ce qu’il a anticipé depuis dimanche minuit. Il devrait être par 55° E au dessous de 50° S ce mardi midi. Plus proche de l’orthodromie que Groupama 3 et parcourant donc moins de milles...Photo @ Maxsea

Notre enthousiasme - certes très prématuré par rapport aux trois quarts du tour du monde qui restent à couvrir alors que débute seulement le Grand Sud et qu’un seul objet flottant non identifié pourrait tout réduire à néant -, est renforcé par l'excellente qualité de la fenêtre météo très joliment exploitée depuis le départ par la cellule stratégique - Juan Vila (navigateur hors quart), Ronan Lucas (directeur de l’équipe Banque populaire et l’un des trois numéros Un à bord) et Marcel Van Triest (routeur à terre), avec Loïck Peyron à la décision finale.

Si la trace en Atlantique Nord n’a pas été aussi fluide que celle de Groupama 3 en Atlantique Nord où le challenger a parcouru plus de milles que le defender, elle a été constante en Atlantique Sud autour de l’anticyclone de Sainte-Hélène, servie par une situation isobarique comme dans les manuels de climatologie. Le trimaran bleu a couvert, là aussi, plus de milles, du fait de son contournement le long de l’Amérique du Sud, mais il a ensuite traversé l’Atlantique Sud d’Ouest en Est sur une orthodromie remarquable.

Le cap de Bonne-Espérance a ainsi été doublé dimanche 4 décembre 2011 à 07h20’ (heure française), en 11 jours, 21 heures, 48 minutes et 18 secondes de mer, ce qui constitue le nouveau meilleur temps de référence depuis la ligne Ouessant/cap Lizard (il s’agit d’un temps de passage et non d’un record officiel, le World Speed Sailing Record Council n’homologuant pas ce tronçon parmi les temps intermédiaires du tour du monde). L’avance sur Franck Cammas et son équipage n’était que de 28 minutes à l’équateur, après un Pot-au-Noir qui a été pour l’instant la seule difficulté météorologique de cette tentative. Elle était à la pointe de l’Afrique de 2 jours, 15 heures, 43 minutes, et 25 secondes (c’est le cap des Aiguilles par 20° E, au Sud-Est du cap de Bonne-Espérance, qui sert de point de départ au record de l’océan Indien).

On dirait le Sud !Si l’entrée dans l’Indien s’est effectuée sur une mer maniable, celle-ci se creuse déjà. En pied de mât et plus encore sur la plage avant, toute manoeuvre est de plus en plus engagée même si le trimaran géant déboule au grand portant comme ici. On dirait le Sud !Photo @ Bpce

Disons tout de suite que contrairement à la “ fluidité ” qui revient souvent dans les commentaires, il nous apparaît que Banque populaire V ou un autre multicoque, plus grand ou d’une autre conception, pourrait encore améliorer la descente de tout l’Atlantique. En effet, par rapport à la route directe théorique, près de 3 000 milles supplémentaires ont été couverts d’Ouessant à Bonne-Espérance. Si la météo le permettait, une trajectoire à la Groupama 3 sur le tronçon Atlantique Nord, un Pot-au-Noir beaucoup moins épais que cette fois et un fromage de Sainte-Hélène coupé à la manière de la route parfaite de Francis Joyon en décembre 2007, routé par Jean-Yves Bernot, seraient les trois axes d’un gain de temps qui pourrait sans doute être de deux jours.

Cela dit, l’océan Indien s’annonce bien même s’il a fallu y empanner deux fois ce dimanche, au lever du jour pour accompagner un front et en début de nuit suivante pour se recaler afin d’éviter de buter ce mardi dans un anticyclone qui s’étale dans les Quarantièmes et d’anticiper le passage au Sud des Kerguelen qui seront atteintes ce mercredi matin. “ Nous avons enfin empanné il y a quelques heures et nous sommes tribord amures. Nous n'avions pas manœuvré depuis les Canaries, ce qui est aussi un record ! La mer est très formée et il faut se bagarrer à la barre pour ralentir parce que c'est casse bateau. ”

“ Nous longeons actuellement un front et nous allons tricoter un peu pendant encore quelques heures avant d'arriver aux Kerguelen, demain pendant la nuit certainement. Depuis quelques heures, les efforts sont colossaux, le bateau est très sollicité. Il faut faire attention. ” Si la consigne de Loïck Peyron aux barreurs est de ne pas dépasser les trente noeuds, les relevés satellitaires semblent montrer qu’il est parfois difficile de freiner...
 

Mercredi 7 : ça glisse au coeur de l’Indien.Le modèle américain GFS du 5 décembre à 00h00 UTC prévoit pour mercredi 7 à 12h00 UTC une bonne glisse autour de 50° Sud . Avec une mer totale de 4,09 mètres dont la période de 9 secondes témoigne qu’elle est courte. La température de l’eau confirmant le risque élevé de glaces ! Banque populaire aura dépassé les Kerguelen par le Sud et sera vers 75° E ce mercredi midi.Photo @ Maxsea

Et Loïck d’enchaîner ce dimanche : “ C'est bleu d'un côté et gris de l'autre ! Il y a ce long front au Nord duquel on glisse depuis quelques jours, le but est de s'en approcher et d'attendre que ça tourne. Les conditions vont se calmer, ça va devenir très léger vers les Kerguelen, dont on ne sait d'ailleurs pas encore si nous allons les passer par le Nord ou le Sud. Ce qu'on sait, c'est que la température de l'eau y est presque négative dans l'Ouest. Il y a une grosse zone d'icebergs après les Kerguelen. Nous allons remonter assez Nord pour l'éviter. Nous devrions être à Leeuwin dans une toute petite semaine [samedi vraisemblablement, ndr]. ”

“ On bouclera sans doute l'indien en six jours, avec sans doute un nouveau record à la clé. Mais attention, ça peut être mou aux Kerguelen et un plus difficile derrière. C'est d'abord l'état de la mer qui fait qu'on est en avance ou pas, et pour le moment elle vient nous contrer. Mais a priori cette mer va devenir très favorable pour aller jusqu'à Leeuwin. ” Elle n’en sera pas moins un peu abrupte comme elle sait l’être dans l’Est de l’océan Indien au resserrement entre l’Antarctique et l’Australie et il faudra être vigilant. Pour l’heure, ce sont surtout les glaces qui menacent et imposent une veille permanente à bord et à terre, tandis que la température de l’air et de l’eau ont chuté.

Six au moulin !Pour renvoyer un ris, empanner ou border un gennaker (jusqu’à 610 mètres carrés...), ils ne sont pas trop de six au moulin à café afin de dompter la toile de Banque populaire V (720 mètres carrés sous grand-voile et solent !). En bon skipper, Loïck Peyron - toujours à la barre pour ces instants cruciaux - planifie, dans la mesure du possible, les manoeuvres au moment des changements de quart afin d’avoir le maximum de monde sur le pont sans trop réveiller les hommes.Photo @ Bpce

Car, sur une mer encore sage pour le Grand Sud et pour un bateau de cette taille aux flotteurs si volumineux, la glisse est excellente, ainsi que le relate Thierry Chabagny le 4 décembre : “ Le vent est soutenu, c'est monté un peu. On a en ce moment entre 27 et 29 nœuds de vent de Nord Ouest. On fait un cap à l'Est très rapprochant. La mer n'est pas trop formée donc on va vite. Le bateau glisse bien. Ça a l'air de fraîchir un petit peu donc on va peut-être changer de voile à l'avant et passer sous petit gennaker pour garder une vitesse plus constante et avoir des accélérations moins violentes pour préserver un peu le bateau. 

“ Les conditions sont idéales, si ce n'est que le ciel est bas, que c'est brumeux, qu'on ne voit pas grand chose et qu'il commence à faire vraiment froid dehors. J'étais obligé de barrer avec les gants tout à l'heure parce que je commençais à avoir l'onglée. Le fait d'être descendu dans le Sud, nous a fait sentir la différence en termes de température, à la fois de l'air et de l'eau. L'eau est à 7°, l'air est à 8/9°, mais avec les 35 nœuds de vent apparent qu'il y a dehors, tu as vite froid et on sait qu'on est encore loin de ce qu'on va avoir de pire dans les 48 prochaines heures. ” Car si le tour du globe devait se réduire à 40 jours, cela ferait quand même 960 heures... dont un tiers passé dans le Grand Sud. Un tiers qui ne ferait que... deux semaines d’ici à la sortie du cap Horn. Ça donne le tournis !

Jeudi 8 : la mer se creuse.Le modèle américain GFS du 5 décembre à 00h00 UTC prévoit pour jeudi 8 à 12h00 UTC une mer totale de 5,72 mètres avec une période de 10 secondes. Coincé entre l’Australie et l’Antarctique, l’Est de l’océan Indien est l’un des secteurs les plus délicats du tour du monde. Samedi, Banque populaire pourrait sortir de cet Indien - somme toute très favorable - en six jours environ... Il pulvériserait ainsi le record de l’océan Indien de plus de deux jours !Photo @ Maxsea

 

L’équipage de Banque populaire V

Loïck Peyron, skipper, hors quart.
Juan Vila, navigateur, hors quart, responsable électronique/informatique.

Quart n°1
Jean-Baptiste Le Vaillant, chef de quart, responsable voiles.
Kévin Escoffier, barreur/régleur, responsable vidéo et structure.
Xavier Revil, barreur/régleur, responsable avitaillement et vie à bord.
Florent Chastel, numéro 1, responsable médical et gréement courant/dormant.

Quart n°2
Frédéric Le Peutrec, chef de quart.
Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur, responsable médical et composite.
Thierry Duprey du Vorsent, barreur/régleur, responsable mécanique et énergie.
Ronan Lucas, numéro 1, responsable sécurité (il est aussi le directeur du Team Banque Populaire).

Quart n°3
Yvan Ravussin, chef de quart, responsable composite.
Brian Thompson, barreur/régleur.
Pierre-Yves Moreau, régleur, responsable mécanique et hydraulique
Thierry Chabagny, numéro 1, barreur/régleur, responsable accastillage et voiles.

Marcel van Triest, routeur à terre.

www.voile.banquepopulaire.fr

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Vos commentaires

    • à quand deux fois le tour du monde en quatre vingt jours

      Ajouté par GDBAB le 06/12/2011 - 18:54