Groupama 3 a passé l'équateur ce matin, à 8h13 françaises - nouveau temps de référence ! A bord, on l'a dit, un équipage de pros. Et un seul bizuth du large, qui n'a jamais passé la ligne : Bruno Jeanjean, 47 ans. Régatier professionnel, spécialiste du match-racing, trois Coupe de l'America avec Marc Pajot, champion du monde avec Bertrand Pacé. Aujourd'hui directeur du port de Palavas-Les Flots, sa ville natale. Franck Cammas le voulait à bord pour le Trophée Jules Verne... Quelques jours avant le départ, entretien exclusif avec
Note :
A 47 ans, Bruno Jeanjean, dit
Bruno Jeanjean : Pas du tout ! C'est vrai, j'ai disputé seulement trois transats - et, comme ça allait très vite, je n'ai passé que 15 jours au large au total (Bruno était des records de l'Atlantique 2007 et 2009 sur Groupama 3, ndlr). Mais je ne suis pas inquiet pour plusieurs raisons. L'équipage est très expérimenté - si tu fais le compte des milles cumulés, ça se passe de commentaires ! Par ailleurs, j'ai une totale confiance dans ce bateau, qui a été parfaitement reconditionné après son avarie au Sud de la Nouvelle-Zélande, en 2008. Peut-être qu'au retour, je te tiendrai un autre discours, mais aujourd'hui je suis très content de partir, et je mesure la chance que j'ai !
v&v.com : Tu n'as donc jamais passé l'équateur ?
B.J. : Eh non ! En avion quand je faisais le circuit mondial de match-racing, oui, très souvent, mais jamais en bateau... Et comme je suis le seul de l'équipage à ne pas l'avoir franchi, je m'attends à recevoir un beau bizutage ! Au pire, je grimperai dans le mât ! De toute façon, je n'ai jamais passé le cap de Bonne Espérance ni le Horn. Le seul que je connaisse, c'est le cap Leewin que je suis allé voir lors de la Coupe de l'America 1987 en Australie. Mais j'ai toujours rêvé d'aller dans les mers du Sud.
v&v.com : Quand on regarde la composition de l'équipage, on remarque que la moitié de marins ont déjà été ou sont skippers : Lemonchois, Coville, Ravussin, Le Peutrec... Comment fonctionne Cammas à la tête de cet équipage de rêve ?
B.J. : L'avantage d'avoir un équipage expérimenté, c'est que chacun reste à sa place et apporte sa touche personnelle sur la façon de mener le bateau dans chacun des quarts. Franck donne la direction générale en tant que skipper. Tout le groupe le respecte et c'est aussi simple que ça. Ensuite, chacun essaye de faire marcher le bateau au mieux. Il y en a qui sont plus coulés, d'autres un peu plus agressifs. Franck fait un peu la synthèse de tout ça, et il tempère quand c'est nécessaire. C'est une sécurité de voir quelqu'un qui a du recul, qui a vécu pas mal d'expériences. Et puis, il y a une super ambiance dans l'équipage. Tu sens bien que les mecs n'ont plus grand-chose à prouver.
v&v.com : Justement, comment ça se passe pour les quarts dans cet équipage de dix ?
B.J. : Il y a trois quarts de trois (un barreur, un régleur, un équipier d'avant) et de trois heures, un sur le pont, un en stand-by et un qui dort... plus le navigateur hors quart, mais qui participe aux manoeuvres. Donc Franck est intégré complètement à l'équipage, il est chef de quart, comme Fred Le Peutrec et Steve Ravussin. Et ça fonctionne super bien. Groupama 3 est conçu pour être manoeuvré à sept, ce qui fait qu'il en y a trois qu'on ne dérange jamais. Le bateau est certes physique, mais pas compliqué. Et puis, on ne déplace pas les voiles toutes les cinq minutes non plus pour matosser.
v&v.com : Combien de temps faut-il pour un empannage ou une prise de ris par exemple ?
B.J. : Une prise de ris, c'est quasiment immédiat. Tu déhookes, tu lâches la drisse, tu tires sur la bosse de ris, tu hookes. Un empannage, c'est cinq minutes si tout va bien. On est trois sur le pont. Dès que le point d'empannage est déterminé par le navigateur, le skipper et le chef de quart, tout le monde se prépare. Ensuite, c'est un grand choqué de l'écoute de gennak' ! Il faut que la trajectoire donnée par le barreur soit parfaite pour aider à passer le gennaker et pour reborder derrière. Si tu manques ça, après c'est long... Avec tout le tissu à ramener, ça peut devenir carrément pénible : tu moulines, tu moulines et ça dure ! Avec ce bateau, on peut être réactif, et on n'a pas besoin de réveiller le quart qui dort pour faire une manoeuvre. Mais on ne va pas empanner toutes les quinze minutes pour autant...
v&v.com : Avec qui partages-tu ton quart ?
B.J. : Je suis avec Thomas (Coville) et Stève (Ravussin). C'est sympa de se retrouver avec Thomas plus de quinze après. Quand il est arrivé sur la Coupe de l'America 1992, il n'avait pas son expérience d'aujourd'hui. Stève, lui, c'est l'équipier parfait avec sa gouaille. On ne s'ennuie pas ! Il y a trois jolis quarts sur le bateau, et comme je suis un peu le <petit jeune>, j'espère être à la hauteur !
v&v.com : Franck Cammas est réputé pour être un adepte de la chasse au poids. A quoi avez-vous eu droit comme <effets personnels> pour ce Jules Verne ?
B.J. : On a le droit d'emmener... RIEN ! Non, je rigole. On a un paquetage de fringues fournies - tout ce qu'il faut pour avoir chaud !-, trois couches complètes, plus ciré et combinaison. Après, on a le droit d'emporter un kilo d'affaires personnelles. Je ne sais pas encore ce que je vais prendre. Peut-être un livre électronique avec des ouvrages numérisés, un truc où tu peux mettre un peu de musique... Il faudra que je pèse tout ça avant, car je n'ai pas envie que ce soit débarqué sur le ponton !
A quelques jours du grand départ, la
B.J. : Faux ! Chacun a son sac. En revanche, on partage bien sûr les bannettes. Il y en a trois à l'avant pour dormir et trois à côté de la cuisine pour le stand-by. Les trois bannettes de derrière sont réservées au stockage du matériel et de l'avitaillement.
v&v.com : Il y a un peu d'intimité sur ce type de bateau ?
B.J. : Pas beaucoup ! A l'arrière, là où il y a les toilettes, c'est sommaire, mais on a quand même rajouté une petite bâche. On a également installé un petit rideau à l'avant pour les bannettes de sommeil, mais plus pour préserver la pénombre dans la journée. Et c'est tout !
v&v.com : Et la cuisine ?
B.J. : C'est vite vu ! Il y a deux cocottes-minute, un seul évier et un réchaud deux-feux. On a chacun une cuillère et une fourchette en plastique, un mug isotherme et un bidon d'eau perso. Tous les repas sont préparés dans des sacs numérotés - petit déjeuner et deux repas. Enfin, on embarque pas mal d'huile d'olive, pour favoriser le transit intestinal à cause du tout lyophilisé...
v&v.com : Même Ronan Le Goff, qui a tout connu des multicoques, trouve Groupama 3 sportif. Tu confirmes ?
B.J. : Je n'ai pas son expérience en multi, mais oui, Groupama 3 est nerveux ! Il faut se tenir tout le temps... T'es dans le bateau, tu sors de ta bannette, t'es dans le coin cuisine, tu montes sur le pont, il faut t'accrocher. C'est violent avec des mouvements rapides et raides ! Il y a du bruit, c'est spartiate et inconfortable.
v&v.com : J'imagine que vous êtes très vigilant quant à la sécurité ?
B.J. : Évidemment. Il y a deux personnes plus spécialement chargées de cet aspect : Thomas (Coville) et Fred (Le Peutrec). Tous deux ont aussi suivi une formation médicale. Chacun de nous porte une balise personnelle si tu passes à la baille, des harnais intégrés, toute une série de matériel de sécurité personnel (cyalume, fluorescéine...). Nous avons aussi répété les manoeuvres d'homme à la mer, car si ça arrive - ce que l'on n'espère pas !-, il faut savoir qui fait quoi, et pouvoir réagir très très vite.
v&v.com : Tu t'attaches systématiquement ?
B.J. : Dès que je passe le bras avant de Groupama. Les trois équipiers d'avant portent systématiquement des baudriers d'alpinisme munis de longes. Après, quand il faut intervenir, aller sous le vent sur le flotteur, on donne un coup d'oeil au barreur, pour qu'il lève un peu le pied. On na badine pas avec ça. De toute façon, il n'y a pas de têtes brûlées à bord, la prudence prédomine. Autant sur l'Atlantique Nord, on a tutoyé les limites, autant sur un tour du monde et dans les mers australes, il ne faut pas penser que l'on puisse suivre ce rythme 50 jours durant...
v&v.com : Vous êtes tous ou presque en couple et avec des enfants. Comment allez-vous communiquer avec la famille et vos proches pendant 50 jours ?
B.J. : On a le <Cyber café>, en fait un pocket PC pour l'équipage où chacun a sa boîte mail perso, afin de pouvoir envoyer et lire ses messages lors des quarts de stand-by où tout va bien. Et puis, je suppose qu'on doit pouvoir passer un coup de fil de temps en temps... mais je ne peux pas te dire. Je n'ai pas posé la question.
v&v.com : Comment passe-t-on du poste de directeur d'un port à Groupama 3 pour le Trophée Jules Verne ?
B.J. : La question, ce pourrait être en fait comment, de marin professionnel, on se retrouve capitaine de port (rires) ? En fait, tout en dirigeant le port de Palavas, j'ai intégré en 2005 l'équipage de Groupama 2 pour les Grands Prix ORMA ; et puis, naturellement, j'ai glissé vers le projet Groupama 3, mais à temps partiel. En 2007, je faisais déjà partie de l'équipage pour le Trophée Jules Verne mais, pour des raisons professionnelles, je n'avais pu me libérer pour l'aventure. Les choses ont évolué dans le bon sens. La commune a fait preuve de compréhension, on est un peu dans une année transitoire. Les budgets ont été finalisés, et je peux m'appuyer sur une équipe expérimentée et très professionnelle. Bref, je pars serein <en liberté conditionnelle> (rires)...
v&v.com : Pour finir, qu'est-ce qui te plaît le plus et le moins sur Groupama ?
B.J. : Ce qui me plaît, c'est de partir autour de la planète sur un tel bateau et avec une telle équipe. Tu imagines ce privilège ! Ce qui me plaît moins ? Pour l'instant, pas grand-chose ! Si, peut-être, le <petit déj>... vraiment pas terrible !
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07/11/2009 - 18:30
Départ «viril» pour Groupama 3
Le jeudi 5 novembre à 15h50 UTC, Groupama 3 s’est élancé dans des conditions musclées pour tenter de reprendre le Trophée Jules Verne à Orange 2. Dès le lendemain, Franck Cammas et son équipage sont au large du Portugal, mais la grosse mer du golfe de Gascogne leur a fait prendre 90 milles de retard. Images en vidéo et réactions de l’équipage.
05/11/2009 - 18:37
Groupama 3 a passé la ligne à 16h 50’ 22’’
Groupama 3 a passé la ligne du Trophée Jules Verne à 16h 50’ et 22’’ par un Noroît musclé et une mer formée. Franck Cammas et les neuf équipiers du maxi-trimaran doivent courir les 22 000 milles du tour du monde et revenir avant le 26 décembre au matin pour battre les 50 jours de Bruno Peyron.
05/11/2009 - 07:44
50 jours d’avitaillement… (+ 10) pour Groupama 3
Le record du Jules Verne est de 50 jours, mais les équipiers de Groupama 3 ont prévu 60 jours d’avitaillement. Par terre, six rangées de dix cases, remplies par les menus du jour pour les dix hommes du trimaran. Dans les mains du préparateur, un tableau de 50 lignes… + 10, détaillant les menus.
04/11/2009 - 11:41
Groupama 3 part cet après-midi à la poursuite du record d’Orange 2
Folle semaine pour Groupama et Franck Cammas. Mardi soir, ils annonçaient leur participation à la prochaine Volvo Ocean Race sur un VO 70 signé Kouyoumdjian (voir notre ). Et mercredi, ils indiquaient qu'ils s'élanceraient jeudi vers 17 heures à la conquête du Trophée Jules Verne. Objectif du maxi-tri Groupama 3 : les 50 jours établis par Orange 2 et Bruno Peyron en 2005. Soit 17,89 noeuds de moyenne autour du monde. Vas-y Francky, c'est bon !
03/11/2009 - 18:01
Groupama et Franck Cammas vont disputer la prochaine Volvo !
Le projet couvait depuis plusieurs mois. Et nous avions aperçu, lors des escales de la Volvo Ocean Race 2008-09 à Boston et Galway, des «émissaires» vert et orange en observation… Groupama et son emblématique skipper Franck Cammas viennent d'annoncer qu'ils s'engageaient dans la prochaine Volvo Ocean Race, la course autour du monde en équipage (ex-Whitbread) ! Et qu'ils faisaient construire un VO 70 signé Juan Kouyoumdjian !
28/10/2009 - 08:28
Groupama 3 : casting de rêve pour le Jules Verne
Pour sa seconde tentative de Trophée Jules Verne à bord de Groupama 3, Franck
Cammas a formé, dès mars 2009, un équipage de très haut niveau. Six d’entre eux sont présents depuis la mise à l’eau du bateau en 2006, et quatre sont nouveaux : Lionel
Lemonchois et Thomas Coville comme barreurs, Bruno Jeanjean équipier d’avant, et
l’Américain Stan Honey à la navigation. Présentation et interviews en vidéo.