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Trophée Jules Verne

Groupama 3 aurait-il vaincu son signe Indien ?

Après avoir établi un nouveau record sur l'océan Indien, Groupama 3 a dépassé le point où il avait cassé début 2008. Le trimaran vert a peut-être vaincu son signe... indien, celui-là même qui lui avait valu une nouvelle avarie en novembre. En attaquant le Pacifique, l'équipage de Franck Cammas reste vigilant. Ça glisse au pays des mers veilles !

  • Publié le : 26/02/2010 - 06:07

L’Indien dans les embruns... Grâce à une météo favorable sur les deux tiers de l'océan Indien, le temps d'un nouveau record, ça a fumé sur Groupama 3, photographié ici depuis la bôme. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes). Photo © Team Groupama On les avait laissés la semaine dernière en pleine accélération.
Le moins qu'on puisse dire est qu'avec leur meilleure journée, signée dès le 19 février à 726 milles, la piste de l'Indien s'est alors bien damée pour une glisse optimale dans des conditions proches de l'idéal !

Avec un premier record à la clé sur cette tentative 2010 (sous réserve d'homologation du World Speed Sailing Record Council). En 8 jours, 17 heures et 39 minutes entre le cap des Aiguilles et le cap Sud-Est de la Tasmanie, doublé le mardi 23 février à 23h22 UTC, Groupama 3 est désormais le détenteur du record de la traversée de l'océan Indien, améliorant de 17 heures et 25 minutes le temps d'Orange 2 à Bruno Peyron (2005) qui l'avait établi en 9 jours, 11 heures et 4 minutes.

Une trace rectiligne. Comme sur l'essentiel de l'océan Indien, la trajectoire de Groupama 3 continue d'être rectiligne, témoignant d'une navigation express et (relativement) , sans trop de manoeuvres contrairement à ce qui s'était passé au début de l'Indien. Photo © Www.Cammas-Groupama.Com Si l'Indien n'a finalement pas été chien, le Pacifique sera-t-il... pacifique ?

À cause de la remontée des fonds à proximité de la Nouvelle-Zélande et d'une mer un peu chaotique due à une dépression ayant levé des vents d'Est peu de temps auparavant, Franck Cammas était prudent dans sa déclaration de mercredi 24, quelques heures après l'obtention de ce premier record intermédiaire et du passage de la mi-parcours de ce tour du monde : <Nous n'avons pas besoin de trop pousser Groupama 3 parce qu'il ne sert à rien d'être très rapide à cause de la situation météorologique qui nous attend ces jours prochains. En plus, la mer n'est pas très organisée avec la bascule du vent et nous naviguons prudemment avec un ris dans la grand voile et le petit gennaker.>

L’albatros dans les mailles du filet. Un albatros volant au ras de l'eau est saisi à travers le trampoline en train de jouer avec l'étrave du flotteur. Photo © Team Groupama Car même s'ils n'en parlent pas, les dix hommes du trimaran vert ont dépassé le point où ils avaient cassé, il y a deux ans.

<La lune est apparue depuis deux nuits : il y a une belle clarté qui nous facilite le contrôle à la barre et les manoeuvres s'il y en a à faire. En plus, nous sommes passés derrière un front : il y a de belles trouées dans le ciel avec des étoiles. Et là, nous sommes passés à moins de trois milles [au Sud] de l'île d'Auckland, la première terre que nous avons vue depuis le départ de Ouessant... C'était sympa : une île très sauvage, aucun humain, des cascades d'eau qui dégoulinaient dans la mer ! C'est le bout du monde, perdu dans l'océan Pacifique...>

Cammas avait la voix des bons jours à la visioconférence du jeudi 25.

Les yeux fatigués de Franck Cammas. Vingt-cinq jours de mer et la mi-parcours dépassée la veille. Chaque mille rapproche de la maison, c'est bon pour le moral ! Photo © Team Groupama Il faut dire que les prévisions météo semblent plutôt favorables jusqu'au cap Horn (espéré vendredi 5 mars) à condition de bien respecter la synchronie.

Un front devrait rattraper le trimaran géant, apportant une bascule au Nord-Ouest, une adonnante très favorable pour filer vers l'Est. Mais il y a quelques icebergs assez Nord, comme le confirment les photos satellitaires reçues à bord. Groupama 3 devrait les laisser à bâbord, en se calant vers 53° ou 54° Sud. Alors qu'il devrait franchir l'antiméridien le vendredi 26 février, et la ligne de changement de date (qui est sur l'antiméridien au Sud de 51° 20' S) faisant vivre deux fois cette journée à son équipage.

Les traits tirés de Fred Le Peutrec. Même si l'océan Indien a été doux, les organismes fatiguent avec le froid qui gagne en ce début de Pacifique. Photo © Team Groupama Groupama 3 a croisé le jeudi 25 au matin la route virtuelle d'Orange 2, optimisant sa trajectoire vers le Sud-Est et l'orthodromie.

Moins de milles et plus vite.

Sachant que la remontée d'Orange 2 n'avait pas été ultra rapide en Atlantique (mais ça peut aussi être moins bien et il est trop tôt pour y voir clair !), si Groupama 3 maintient ou accroît son avance de 372 milles (au 25 février à 15 heures UTC) jusqu'au Horn, et même s'il reperd un peu, tous les espoirs sont permis...

En première ligne. Si elles n'ont pas été trop nombreuses ces derniers jours, grâce à la stabilité des conditions, les manoeuvres sur la plage avant de Groupama 3 nécessitent une grande vigilance. Photo © Yvan Zedda (Groupama) ...........
L'équipage de Groupama 3 :

. Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
. Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
. Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff.
. Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres.
. Chaque quart dure trois heures, sauf ceux entre 12 et 18 heures qui durent 2 heures.
. Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart en repos total.

Plongée dans les Cinquantièmes. À la faveur d'un vent favorable, Groupama 3 plonge vers l'orthodromie et gagne ainsi doublement des milles sur Orange 2, dont il vient de croiser virtuellement la trace, en faisant moins de route et plus vite. Photo © Www.Cammas-Groupama.Com Le record à battre :
50 jours, 16 heures et 20 minutes en 2005, à 17,89 noeuds de moyenne, par l'équipage de Bruno Peyron sur le catamaran Orange 2 (dont Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës).

La distance :
Pour le calcul théorique, le WSSRC retient la distance de 21 760 milles correspondant à la circonférence terrestre à l'équateur. Mais afin d'être plus proche de la réalité, les pointages effectués par les dernières tentatives autour du monde (Orange 2, Idec, Sodeb'O, Groupama 3...) se fondent sur un parcours théorique optimisé de 24 530 milles.

Record WSSRC de la traversée de l'océan Pacifique (du Sud-Est de la Tasmanie au cap Horn) : 8 jours, 18 heures et 8 minutes par l'équipage de Bruno Peyron sur Orange 2 (2005).

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www.cammas-groupama.com

Le résumé de la course de Groupama 3 en vidéo, ici.

Retrouvez l'article de Pierre-Marie Bourguinat sur les subtilités du routage pour le Trophée Jules Verne dans Voiles & Voiliers n° 469 de mars 2010, en vente actuellement.





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