Du panache et beaucoup de talent ! En abaissant le temps du Trophée Jules Verne de plus de deux jours, Groupama 3 boucle une aventure entamée il y a deux ans. Pour sa troisième tentative et malgré une météo moins favorable que celle du précédent record d'Orange 2 (50 jours, 16 heures et 20 minutes), la Dream team de Franck Cammas rentre dans l'histoire en claquant un record en 48j 7h 44min et 12sec et démontre avec brio et ténacité la justesse de ses choix. Analyse à chaud d'une arrivée en fanfare.
Note :
Le Jules Verne leur appartient (de gauche à droite) : Ravussin, Coville, Le Goff, Mondon, Caraës, Honey, Le Peutrec, Cammas, Le Mignon, Lemonchois et Jeanjean.
Photo © Didier Ravon
En direct de Brest. Soleil éclatant, petit temps, un vrai temps de printemps, ce matin. La foule qui se presse sur les pontons est tout simplement énorme. Les Peyron, Lamazou, le ban et l'arrière ban de la course sont tous là. Des voiliers, des kayaks de mer, des embarcations de tous genre accompagnent le trimaran géant dans sa parade le long du quai, sous GV seule. Groupama 3 est remorqué en marche arrière.
L'euphorie claque dans l'air. A bord, les dix hommes ont été rejoints par leur routeur Sylvain Mondon. Une victoire à onze, sans faux semblant.
Stan Honey paraît tout blanc à côté de ses co équipiers hirsutes, lui qui a mené le bal depuis le fond de cale. Une énorme fatigue se lit sur le visage de tous ; Stève Ravussin et Loïc Le Mignon sont particulièrement marqués... Mais leur bonheur est manifestement immense.
Cette nuit, ils ont claqué le Jules Verne. C'est splendide, magique.
blue water
Photo © Voiles et Voiliers (blue water)
Jeudi dernier, dans l'une des vidéos dont nous a régalé Groupama 3 pendant 48 jours, Stan Honey, le navigateur de Groupama 3, pensait encore possible d'arriver à temps pour la <Saturday party>. Mais un front capricieux et quelques empannages plus tard, il était plutôt question vendredi soir d'un finish le dimanche matin.
Surprise donc samedi en fin de soirée. Pile à l'heure où le XV de France signe son grand chelem (22 h 40'), 10 marins coupent la ligne imaginaire au large d'Ouessant et emportent le Trophée Jules Verne, grand chelem océanique s'il en est.
Après deux tentatives avortées pour cause de casse, le plan VPLP a cette fois très bien encaissé. Notez les voiles matossées à l'arrière, gestion des poids capitale pour aligner des journées à plus de 30 noeuds de moyenne.
Photo © D.R. (Team Groupama)
En affolant une dernière fois les chronos à plus de 30 noeuds, Groupama 3 achève ce tour du monde en fanfare. Un brin trop tard pour profiter de la nuit brestoise. Qu'importe ! C'est au "Bar des sports", dans l'intimité du carré de Groupama 3, mouillé à Ouessant en attendant le lever du jour que l'équipage de Franck Cammas aura connu ses premiers débordements.
48 jours 7 heures et 44 minutes, tel est donc le nouveau record, soit 2 jours 8 heures et 35 minutes de mieux qu'Orange 2 de Bruno Peyron, ce qui n'était manifestement pas une mince affaire.
Une poignée de secondes aurait suffi aux dix hommes pour inscrire leur nom au palmarès du Trophée Jules Verne détenu par Bruno Peyron depuis 2005. Mais en améliorant le temps de ce dernier de 2 jours 8 heures 35 minutes et 12 secondes, Groupama 3 frappe un très grand coup... L'important n'est finalement pas là.
La victoire de Groupama 3, septième détenteur du Trophée créé en 1990, restera dans l'histoire comme très symbolique dans l'approche des records.
Parti en toute fin de stand by, le 31 janvier, le trimaran vert et orange s'est retrouvé par deux fois et pendant de longues périodes en retard sur le chrono : jusqu'à 450 milles le 18 février et de 540 milles huit jours encore avant l'arrivée.
L'escorte de Groupama 3 à son arrivée au port de Brest avait ce matin des airs d'arrivée de Vendée Globe !
Photo © Didier Ravon
Mais Cammas et ses hommes avaient largement assez d'expérience pour savoir qu'à l'échelle d'un tour du monde, il n'y a pas de météo idéale. Ils ont magistralement prouvé que ce coup-là, on pouvait faire avec, et bien. Ce sont l'audace et la ténacité qui se retrouvent au centre de ce record, des valeurs encore rehaussées - il faut le dire - par l'incompréhensible abandon du rival Banque Populaire V, en cale sèche jusqu'à nouvel ordre.
Ce matin, les hommes de Cammas ont des étoiles plein les yeux et mitraillent leurs souvenirs, euphoriques. Le meilleur moment de Lemonchois, c'est la descente vers le Horn, au cul de la dépression qu'ils avaient évitée. Grand ciel bleu, vagues de six ou sept mètres, trimaran au taquet. <C'était aussi bon que de descendre dans la poudreuse en snowboard, commente Ravussin avec son génial accent suisse. Mais le Horn, il est quand même beaucoup plus petit que les montagnes suisses.> Cammas raille : <Euh, moi, je l'ai quand même trouvé très grand !>
Rires. En plus d'être les plus rapides, ces hommes s'éclatent sans cesse... Ils sont vraiment top !
La légèreté, martingale du record de Groupama 3
Après deux avaries de structure majeures autour du monde (hiver 2008, puis novembre 2009), suite au bris de foil dans le record de l'Atlantique Nord en 2008, le nouveau départ de Groupama 3, ce 31 janvier, n'était pas sans poser de questions.
Primo : le trimaran de Cammas, véritable extrapolation des 60 pieds ORMA, n'est-il pas définitivement trop fragile pour boucler la boucle ?
Deuxio : La minuscule fenêtre météo est-elle propice à un bon chrono dès le départ ?
Fin, léger et hyper manoeuvrant pour un grand multi, Groupama 3 a fait merveille dans les zones de transition et les vents plus faibles de son tour du monde. Dans ce domaine, il surclasse nettement un catamaran comme Orange 2. Deux, comme deux fois plus lourd.
Photo © D.R. (Team Groupama)
En découvrant ce matin un Groupama 3 rutilant, à 100 % de son potentiel à l'entrée du Goulet de Brest, la réponse est éclatante. Pas une coulure de rouille, pas un bout qui peine, pas l'indice d'une réparation. A part les pare-brises qui ont été démontés, le bateau est nickel ; on croirait qu'ils sont partis hier, c'est presque irréel.
Quant à la raison de leur exploit, elle tient en un mot : "Lé-ge-re-té".
Dragster assagi mais extraordinaire machine à vent, Groupama 3 doit à cette légèreté sa capacité à toujours maintenir des vitesses élevées. Ainsi, le trimaran orange et vert n'a-t-il connu en tout et pour tout que trois journées en dessous de 300 milles contre six pour Orange 2 en 2005.
Lemonchois et Ravussin confirment l'analyse de Cammas : le bateau est extraordinaire et c'est à ses performances dans l'Atlantique éreinté de pétole qu'ils doivent leur victoire. Le pari architectural de ce trimaran géant a été gagné, même s'ils pensent en avoir touché les limites dans le Sud...
Même si certains ont été surpris que Groupama 3 arrive si vite, toute la presse était bien présente, ce matin, pour interviewer Franck Cammas, le skipper du record.
Photo © Didier Ravon
On notera d'ailleurs que c'est la première fois dans l'histoire des records qu'un bateau nettement plus petit que son prédécesseur (plus de 6 m en l'occurrence !) lui brûle la politesse sur la ligne d'arrivée. Mais Groupama 3 est tout bonnement deux fois plus léger qu'Orange 2...
Pas trop pour naviguer tambour battant à 18,76 noeuds de moyenne (contre 17,89 noeuds pour Orange 2) sur le parcours pendant 48 jours sans casser ; suffisamment pour enchaîner les phases de transition, capitales sur chaque record et peut-être un peu plus cette fois-ci.
Cammas n'hésite pas à enfoncer le clou : <Avec une bonne météo, on pourrait descendre à l'aise en dessous des 45 jours.>
Démonstration en quelques temps forts d'un tour du monde exceptionnel.
31 janvier. Top départ à 13h 55 TU dans une situation complexe : vent de Nord modéré juste derrière un front froid peu actif et face à un système de hautes pressions se renforçant. Il faut revenir avant le mardi 23 mars à 6 heures pour battre Bruno Peyron. Banque Populaire V reste au port.
1er février (jour 2). Groupama 3 franchit le Cap Finisterre après avoir empanné en bordure de l'anticyclone grossissant sur le proche atlantique. La vitesse a chuté à un peu moins de 15 noeuds, sorte de côte d'alerte sur ce genre de bateau ! Trois heures plus tard, le trimaran est englué dans les calmes. Prochaine étape du slalom : contourner la dépression centrée sur Madère pour récupérer les vents portants.
6 février (jour 7). Passage du Pot au noir avec plus de 600 milles d'avance sur Orange 2. La première partie du contrat est remplie. Mais comme pendant une bonne partie de l'hiver, l'anticyclone de Sainte Hélène est particulièrement vigoureux et décalé vers l'Ouest... Le pire est à venir.
11 février (jour 12). Le long des côtes brésiliennes, retard sur Orange 2 de 400 milles. Ce qui fait un delta de 1 000 milles creusé en moins de 5 jours. Des chiffres essentiels pour comprendre le jeu de yoyo des vitesses sur ces grands multicoques de record. Groupama 3 ne peut couper le fromage comme l'avait fait Orange 2 pour rejoindre l'hémisphère Sud ; il fait le grand tour en slalomant entre de petites cellules anticycloniques.
13 février (jour 14). Près de 800 milles en 24 heures. Première dépression australe accrochée. Route incroyablement rectiligne devant un front qui se propage entre 32 et 36 noeuds. Voilà l'un des secrets du trimaran : rester sur un billard devant les fronts le plus longtemps possible en navigant quasiment aussi vite (plus de 33 noeuds !)
23 février (jour 24). Match nul. Sous l'Australie, Groupama 3 revient à égalité avec Orange 2 après deux semaines dans le rouge. Mais au passage, l'équipage de Cammas rafle le meilleur temps de la traversée de l'Indien (8 jours, 17 heures et 39 minutes.) Après avoir bataillé une bonne partie de l'océan Indien pour rattraper un front farceur qui s'échappait par l'avant, Groupama 3 est maintenant contraint de conserver une route assez Nord pour éviter les icebergs positionnés par 47° Sud.
1er mars (jour 30). Groupama 3 a beau signer des pointes à 42 noeuds, il n'en a pas fini avec ce Pacifique express sur lequel Orange 2 avait aussi été très bon. Sur les conseils de Sylvain Mondon, le routeur, le trimaran oblique franchement vers le Nord pour éviter le plus gros d'une très forte dépression avec jusqu'à 9 mètres de creux prévus sur les fichiers.
2 mars (jour 31). Quelques jours avant le passage du Horn, on découvre une photo envoyée du bord qui montre le pare-brise de protection bâbord cassé et suturé au fil à surlier ! C'est l'une des seules avaries sur laquelle se confiera l'équipage, parfaitement rodé à la com' d'un tel marathon océanique.
4 mars (jour 33). Passage du Horn avec 175 milles d'avance "seulement". Seulement car le menu de l'Atlantique s'annonce complexe. Du près, du près et du près. En guise de cadeau d'adieu, le Pacifique offre à l'équipage le spectacle d'un <rorqual de 15 mètres surfant aux côtés du bateau>, le premier mammifère aperçu dans le grand Sud, fidèle à sa réputation de désert océanique.
Vendredi, Groupama 3 était survolé au Nord-Est des Açores, alors qu'il attaquait son dernier run, presque certain de décrocher le record du Jules Verne...
Photo © Yvan Zedda (Groupama / Marine Nationale)
10 mars (jour 39). Remontée franchement pénible. La lassitude se sent dans les vacations. Le retard sur Orange 2 ne cesse de se cumuler et Groupama 3 cherche sa voie entre l'anticyclone de Sainte-Hélène et de petites cellules orageuses le long du Brésil. Vent dans tous les sens, pointes à 47 noeuds. Ne pas craquer, ne pas casser.
13 mars (jour 42). Retard max de Groupama 3 : 540 milles, l'équivalent de 24 heures. Avant le Pot au noir, Sylvain Mondon annonce que le scenario météo du dernier tronçon est favorable et que Groupama peut terminer avec un jour d'avance.
16 mars (jour 45). Les compteurs sont remis à zéro. L'angle de l'alizé permet de foncer plein Nord après avoir avalé le Pot au noir. Et un système perturbé tend la main à Groupama 3 pour finir en beauté. Le record sera battu.
20 mars. Groupama 3 bat le record Jules Verne. Moyenne sur la route la plus courte (homologuée par le WSSRC) : 18,76 noeuds (17,89 pour Orange 2). Nombre milles parcourus : 24 375 milles à 24,6 noeuds de moyenne sur l'eau.
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Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
Hors-quart : Stan Honey (navigateur)
Routeur à terre : Sylvain Mondon
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20/03/2010 - 22:44
Groupama 3 décroche le Jules Verne !!!
Après 48 jours, 07 heures, 44 minutes et 52 secondes de mer, le trimaran géant Groupama 3 skippé par Franck Cammas a repris le trophée Jules Verne peu après 21h 30 (UTC) cette nuit, détrônant Bruno Peyron (Orange 2), le détenteur du record du tour du monde depuis 2005.
19/03/2010 - 06:20
Groupama 3 à une journée de l’exploit !
Vendredi dernier, Groupama 3 zigzaguait au large du Brésil avec 500 milles de retard sur Orange 2. Mais les dix équipiers croyaient toujours à leur Jules Verne. Sylvain Mondon, leur routeur à terre, aussi. A juste titre : le trimaran vert devrait pulvériser les 50 jours autour du monde !
16/03/2010 - 05:55
La semaine des dix Jedis... où il est dit que maître Yoda et ses disciples n’ont plus que quelques jours pour vaincre Phileas Peyron
La dernière semaine est entamée. Autour de Franck Cammas, les dix guerriers de Groupama 3 ne ménagent pas leur peine pour grappiller chaque mille en Atlantique et limiter le retard sur Orange 2, d'un peu plus d'une journée à l'équateur. D'ici mardi 23 au matin, tout reste pourtant possible pour améliorer le temps de Bruno Peyron, véritable Phileas Fogg, trois fois détenteur du Trophée Jules Verne. Alors, Semaine sainte ou Semaine sanglante ?
12/03/2010 - 17:27
D’un Z qui veut dire zigzag
Un petit dessin – le sillage de Groupama 3 au large du Brésil –, une énorme galère. Cammas et ses gars se battent. Ils virent et virent encore. Jonglent avec les bascules et les refus. Tricotent, matossent, règlent. Vendredi soir, 500 milles de retard sur Orange 2. Mais ils n’abdiquent pas.
06/03/2010 - 00:05
Moi Franck Cammas, cap-hornier, (peut-être) en route pour la gloire avec mon équipage de briscards
À 37 ans, Franck Cammas vient de réaliser un rêve de gosse, devenir cap-hornier. Qui plus est au milieu d'un équipage de briscards dont la plupart ont déjà le Horn à leur tableau de chasse. Cependant, l'ambition des dix hommes de Groupama 3 ne s'arrête évidemment pas au cap Dur. Le Trophée Jules Verne est à portée d'étraves mais l'Atlantique s'annonce tortueux...
05/03/2010 - 02:17
Groupama 3 au Horn : un peu (trop) de douceur au cap Dur !
Dans un tour du monde, le cap Horn, c’est la dé-li-vran-ce ! La fin du gris, du froid, du brutal. Groupama 3 a franchi le cap Dur le 4 mars à 18 h 30 UTC, avec 175 milles d’avance sur Orange 2. Devant les étraves du trimaran vert, du vent un peu doux et 7 000 milles difficiles. Dur dur ?