Note :
S'user les yeux sur les cartes et les écrans. Attendre. Garder la pression. Guetter la bonne fenêtre météo... Voilà deux mois que cela dure pour Pascal Bidégorry et l'équipage de Banque Populaire V. Rude pour les nerfs.
Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co)
Voilà deux mois que Pascal Bidégorry et ses douze équipiers attendent la bonne fenêtre météo pour s'élancer à l'assaut du Trophée Jules Verne. Deux mois qu'ils étudient chaque jour les champs de vent avec l'espoir de conditions favorables. En attendant, Banque Populaire V, fin prêt, tire sur ses amarres à Brest. Et pourrait bien s'élancer dès que possible en même temps que l'autre maxi-trimaran, Groupama 3.
voilesetvoiliers.com : Deux mois de stand-by depuis le 12 novembre... Le temps doit commencer à te paraître long ?
Pascal Bidégorry : Oui, plutôt... Cette longue attente n'est pas agréable. C'est même un peu usant par moments. Mais le choix de bien gérer la météo sur la descente de l'Atlantique reste primordiale pour se mettre dans de bonnes conditions sur ce tour du monde. Psychologiquement, c'est assez dur à vivre, car tu es concentré sur un objectif et qu'il est très difficile de faire autre chose.
v&v.com : Justement, comment occupes-tu tes journées pendant cette période ?
P.B. : On fait pas mal de météo, ce qui prend du temps tous les jours ! Cela dit, on essaye aussi d'organiser le planning des navigations de l'année, et de réfléchir aux projets à venir...
v&v.com : Combien de temps te prend la météo chaque jour ?
P.B. : Ça dépend. Parfois, ça prend une heure parce qu'il n'y a rien à l'horizon. Et d'autres jours, on y passe la journée lorsque des opportunités intéressantes semblent se présenter.
v&v.com : Et les équipiers, eux, que font-ils ?
P.B. : Pas mal de navigants ont leurs propres projets, donc leur propre année 2010 à gérer. Ça leur prend un peu de temps. Régulièrement, tout l'équipage se retrouve à Lorient. On fait du sport ensemble, on organise quelques briefings et des petites bouffes pour se voir régulièrement.
v&v.com : Comment se répartit l'analyse météo entre vous ?
P.B. : Marcel Van Triest fait un boulot énorme quotidiennement. Je suis en relation constante avec lui. Et beaucoup de navigants ont les compétences pour analyser la météo. J'échange souvent avec Jérémie (Beyou), Ronan (Lucas) et d'autres.
v&v.com : Jusqu'à quand es-tu prêt à attendre ?
P.B. : De manière objective, je pense qu'on peut attendre jusqu'à fin février. Mais ça serait quand même bien d'être parti avant !
Wincher, se battre, manoeuvrer, naviguer, foncer autour du monde : ils n'attendent que ça, les treize hommes du plus grand trimaran du monde !
Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co)
v&v.com : Plus on va se rapprocher de fin février, plus la pression de partir à la moindre fenêtre sera forte, non ?
P.B. : En imaginant le pire, oui, c'est sûr qu'on ne réfléchira pas pareil fin février que début janvier. On ne sera certainement pas dans le même état d'esprit.
v&v.com : D'après Bruno Peyron, vous auriez laissé passer des fenêtres météo potentiellement favorables. Qu'en penses-tu ?
P.B. : J'en pense qu'avant de faire des déclarations, il faut bien regarder les choses. Ce n'est pas parce qu'il y a trois ou quatre jours de bateau intéressant devant soi qu'il faut partir. Si c'est pour se retrouver au large du Brésil dans une situation sans issue, où il n'y a pas de vent, quel intérêt ? Avant le départ, on peut gérer 1/5e de la météo en anticipant sur les huit à dix premiers jours du record. C'est donc stratégiquement important de partir au bon moment. S'élancer pour faire demi-tour après une semaine, c'est une connerie. Ça fait perdre plus de quinze jours de navigation, soit l'équivalent d'un tiers du tour du monde. Après, il faut à nouveau vérifier tout le bateau, les voiles et changer le gréement pour ne pas prendre de risque, comme le fait Groupama en ce moment.
v&v.com : Discutes-tu avec Franck Cammas d'un éventuel départ commun ?
P.B. : Non, car je pense qu'il a eu d'autres chats à fouetter depuis qu'ils sont rentrés. Mais, comme les conditions ne se prêtent pas à un départ cette semaine, à mon avis, à la prochaine fenêtre météo correcte, les deux bateaux vont partir ensemble.
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