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Un mec en or

Arnaud Boissières, le baladin espiègle du Globe

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  • Publié le : 06/03/2009 - 18:03

Boissière, 7e aux Sables Il plane totalement, Boissières, à son arrivée aux Sables, le 1er mars ! Un dimanche, comme Desjoyeaux, s'amuse-t-il. Photo © Pierrick Contin (DPPI / Vendée Globe) Cali arrive les mains dans les poches et il se marre. Il est tout petit, ça me paraît dingue qu'il ait pu mener un Open 60 autour du Globe. Il a remonté ses lunettes de soleil fétiches dans ses cheveux - on se demande ce qu'il fait avec des lunettes pareilles à Paris, vu le temps pourri qu'il y fait aujourd'hui -, mais les branches ont du mal à contenir ses boucles châtain. Elles lui font une tête de soleil et ses yeux bleus très très clairs pétillent de malice. Il fait la bise aux filles et elles en profitent, c'est dément. Il ne faut pas cinq minutes pour comprendre que Cali a une énergie du diable et la dépense sans compter.

<Dès le début, je partais avec l'idée de le refaire.>

Il rigole. A peu près tout le temps. Il goûte son bonheur - et quel bonheur ! 7e de son premier Vendée Globe ! Il clame profiter du petit nuage sur lequel il plane depuis son arrivée aux Sables. <Y'avait un monde ! Y'a des mecs d'Arcachon qui sont venus avec des panneaux et tout, des mecs que je connaissais même pas, hein, mais comme je suis d'Arcachon, eux ils étaient contents ! C'est cool !>
Soudain, il lance une boutade en l'air, comme une bulle de savon légère, attend quelques secondes qu'elle éclate et glousse, comme un gamin. Prenant le contre-pied des mecs très sérieux, il se moque. <Desjoyeaux, il a gagné deux fois, ça devrait aller maintenant !>

Boissières, fou de foot Boissières doit beaucoup à Akena Vérandas et ne se prive pas de le dire. Il aime son sponsor et la relation qu'il a liée avec les employés de cette boîte. Photo © Arnaud Boissières (Vendée Globe) Se prendrait-il la tête ? <Ça change forcément un bonhomme de faire 105 jours tout seul. N'importe où qu'il les fasse, dans l'espace ou ailleurs. Après comment ça le change, tu sais pas...> Ça l'inquiète, il interroge ses vieux copains. Mais non, tout semble ok : Cali fait toujours la fête comme avant, aux dires de Frankie...

Rassuré, il reprend ses turlupinades. Je repère son rythme : une vanne pour les adversaires, cinq pour lui. L'autodérision, c'est sa marque de fabrique.
Interrogé sur les performances de son bateau, il coupe : <C'est là aussi où parfois je manquais de recul... Comme je suis pas très grand, j'ai pas de très grands bras non plus. Alors, les sangles de bout de bôme pour ranger les ris, je les ferai un peu plus longues la prochaine fois.>
J'ai l'impression que ce coup-ci, il meurt d'envie de faire un clin d'oeil. Rien, il ne cille pas. Boissières est décidément un type surprenant. <Y'a des mecs qui rangent pas les ris>, me précise-t-il, plein d'incompréhension.

Lorsqu'il est question de bateau, de technique, il devient différent : à l'évidence, il aime le travail bien fait, les manoeuvres propres et la minutie. Il se dit de l'ancienne génération, celle qui aime sentir ses bateaux. Il me parle de son cahier "Projet AK2", où depuis le départ il a compilé toutes les améliorations auxquelles il a pensé pour son prochain monocoque.

Son prochain monocoque. C'est clair, non ? Si le grand public vient de découvrir Boissières, ce marin de 36 ans n'a pourtant rien à voir avec un Steve White. Skipper professionnel, régatier formé au Mini dans ses jeunes années, il n'a jamais confondu son premier Vendée Globe avec une aventure. <Dès le début, je partais avec l'idée de le refaire.>

Lorsqu'il détaille sa course, il analyse en parallèle celle des autres. <Dick m'a fait halluciner ! C'est lui qui a donné son rythme à la course dans l'Indien. Desjoyeaux, je le classe à part, c'est même pas un exemple, c'est de l'irréel.>

Lui aime être joueur et tire sa gloire de son option Est aux Canaries et au Cap Vert.
Il la referait ?

Et les Eliès, Peyron, Josse... Il se met à parler compétition et performance. En 105 jours de mer, Boissières a observé et s'est étalonné. Mais pas pour se trouver un maître ! Des étoiles, oui, il y en a plein dans son ciel - mais lui ne rêve d'être qu'un seul homme, un héros et un champion : Arnaud Boissières. Les autres comparaisons, il ne les souffre guère. Sans complexe et sans fard.

Si, un Farr. Parce qu'à part Safran qui n'est pas à vendre, il ne jure que par ses plans. Il s'apprête à en racheter un. Lequel ? Il est presque fixé mais préfère rester discret - Cali est un peu superstitieux, malgré tout. (Mais sa bonne étoile est énorme, il le précise.)
Que pense-t-il de la jauge, controversée après l'hécatombe de cette édition ? <A la réunion Imoca, moi je dis que c'est pas normal que les caractéristiques des bateaux ne soient pas à la disposition de tout le monde, qu'on puisse pas avoir accès au certificat du copain... Parce que là, par exemple, ils veulent limiter les tirants d'air. Ben pourquoi on limiterait les tirants d'air ? Moi je sais pas quelle taille il fait, Pindar. Je vois bien que son mât est plus grand que le mien, mais à part ça... Je fais le con en disant ça. Je mets volontiers les pieds dans le plat, c'est sûr... Y'a six mois, quand je faisais ça, les mecs ils rigolaient, mais maintenant...>
Maintenant. Maintenant, le piquant Boissières l'a fini, son tour, et il compte bien se faire une place au soleil. A commencer par le Tour d'Europe de cet été et la Jacques Vabre. Akena Vérandas a définitivement eu le coup de coeur pour ce baladin espiègle.
Autoportrait d'Arnaud Boissières Arnaud Boissières, 36 ans, pourrait bien passer pour un excentrique... Mais gare à ce garçon. Photo © Arnaud Boissières (Vendée Globe)

Boissières a les crocs.

Trêve de plaisanterie : ne craint-il pas de connaître la pression, aussi ? <Sérieux, quand ça bataillait en bas avec Brian et Dee, je me suis dit : "Déconne pas. Si vraiment tu finis dans les cinq, c'est bouillant pour la prochaine fois !">

Il plaisante ?
Il recommence à se marrer en tout cas.

Et puis franchement, il trouve que sur la descente de l'Atlantique les copains se la sont jouée trop tranquille, très Figaro. Lui aime être joueur et tire sa gloire de son option Est aux Canaries et au Cap Vert. Il la referait ? <Bon, je sais pas comment je ferais avec un nouveau bateau... Si, si, je la referais. Je suis certain qu'avec un bateau performant, elle serait passée. J'aime bien être joueur.>

Comment le reprendre ? Boissières n'a pas tort... Des trente qui sont partis, c'est bien le plus joueur qui a emporté la mise 2008-09 ! Boissières a les crocs, donc. Mais avec un sacré sourire. Ça compte.

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