Actualité à la Hune

VOLVO OCEAN RACE

Mono, Multi : le cœur de la Volvo balance...

Mark Turner, ancien officier dans la Royal Navy, ex-directeur de Spinlock, ex-fondateur et président exécutif d’OC Sport, désormais patron de la Volvo Ocean Race, et qui révéla en son temps une certaine Ellen MacArthur, a réuni une poignée de journalistes mardi 16 mai dans un hôtel chic de Paris. Sous son impulsion, la Volvo Ocean Race va sans nul doute beaucoup évoluer, même si tout n’est pas encore validé. Ce qui est sûr, c’est qu’à 50 ans le nouveau boss, natif de l’île de Wight, a de l’ambition et des idées qu'il nous a présentées en petit comité.
  • Publié le : 18/05/2017 - 11:00

Mark TurnerMark Turner, nouveau patron de la Volvo Ocean Race qui a pris la suite de Knut Frostad, veut faire radicalement évoluer la course !Photo @ Volvo Ocean Race
Ces Anglais ne font jamais tout à fait comme tout le monde. Conviés à un petit déjeuner informel, les six journalistes que nous sommes apprenons en préambule qu’on ne peut ni enregistrer ni tweeter ni prendre de photos, et qu’il convient même de signer un courrier nous engageant à ne rien divulguer avant 48 heures… Dans les pays anglo-saxons, on appelle ça un «non disclosure agreement» et c’est une pratique courante. La présentation officielle a lieu en Suède chez Volvo ce jeudi 18 mai, à 159 jours du départ d’Alicante, le 14 octobre prochain. A écouter Mark Turner, les choses devraient bouger. Lui connaît bien la course autour du monde en équipage. Il a disputé l’édition 1989-1990 sur British Staquote Defender. Dans un excellent français, il n’élude aucune question, joue cartes sur table. Depuis 1973, date de la création de ce qui se nommait alors la Whitbread, 312 marins français ont pris part à l’épreuve, de Tabarly à Viant, de Guillet à Loizeau, de Guilly et Riguidel à Poupon, de Gabbay à Deguy… ou encore de Péan à Cammas tous deux vainqueurs en 1986 et 2013.

Mers australesL’édition 2017-2018 va retrouver les grandes étapes dans les mers australes.Photo @ Volvo Ocean Race

Retour dans les mers du Sud cette année

Et pour fêter les cinquante ans de la course en 2023 (elle a été rachetée en 1997 par Volvo, ndlr), Turner ne s’interdit pas de proposer le même parcours originel et ses quatre étapes entre Portsmouth, Le Cap, Sydney et Rio. Aujourd’hui, l’épreuve en compte douze, sans parler des régates en baie (in-port) ! Déjà, pour cette édition 2017-2018 de 45 000 milles, la course qui avait mis du Nord dans sa route allant visiter des ports payant au prix fort et finançant des bateaux (Abu Dhabi par exemple), retrouve un parcours plus classique et moins tropical, et trois fois plus de milles dans les mers du Sud qu’il y a quatre ans. Mais pour son 50e anniversaire, la Volvo Ocean Race pourrait aussi se disputer sans escale comme un Vendée Globe ou un Jules Verne. «L’objectif est clairement de raccourcir la durée de l’épreuve, de limiter le temps aux escales, et pourquoi pas d’augmenter le cycle, soit une édition tous les deux ans», explique Mark Turner. Le syndrome de la Coupe de l’America qui va passer elle aussi à une édition tous les deux ans pourrait encore frapper !

Guillaume VerdierL’architecte le plus en vue du moment, Guillaume Verdier, a été choisi pour dessiner le futur monocoque VO60.Photo @ Volvo Ocean Race

Un mono et un multi ?

La question sur toutes les lèvres en ce moment est de savoir par quoi va être remplacé le plan Farr VO 65 actuel, lourd et peu novateur. «C’est un vrai camion, dépassé, physique et dont le seul mérite est d’être costaud et monotype» exagère à peine un mercenaire de la course qui préfère ne pas être cité. Mark Turner en a manifestement conscience, mais argumente, rappelant que grâce à la monotypie, le niveau est très élevé et homogène, tous les bateaux ayant gagné au moins une étape lors de la dernière édition. On sait déjà que le futur monocoque sera un plan Guillaume Verdier de 60 pieds, muni d’un mât de 28 mètres, portant 320 mètres carrés de toile au près et 490 au portant… et j’oubliais, bien sûr, d’une paire de foils ! A bien y regarder, ce nouveau monotype ressemble à s’y méprendre à un 60 pieds du Vendée Globe ! En gros, cette plate-forme pourrait même entrer dans la jauge IMOCA avec quelques «menues» modifications. L’idée semble bonne mais un peu utopique, car le plan de pont pour un équipage n’a pas grand-chose à voir avec celui d’un solitaire, quand le parcours impose plus de près lors de la Volvo Ocean Race.
Et le multicoque dans tout ça… sur lequel nombre de marins lorgnent de plus en plus ? Turner, qui a été régatier et connaît parfaitement la tendance actuelle, doit encore convaincre le staff de Volvo qui n’était pas très chaud au début, mais qui «s’ouvre» selon ses mots.

Nouveau VOR 2020Les caractéristiques basiques du nouveau VO60 qui sera le monotype du tour du monde en équipage à partir de 2020.Photo @ Volvo Ocean Race

Vers un compromis !

Certains expliquent que la philosophie d’un grand multicoque filant à plus de 35 nœuds et pouvant chavirer n’est pas très compatible avec l’image de robustesse et de sécurité que le constructeur de véhicules initialement suédois (mais aujourd'hui propriété d'un groupe chinois, ndlr) a toujours prônée, mais Turner considère à juste titre qu’en cas de chavirage, la course serait finie pour lui… à moins d’avoir d’autres sister-ships prêts à reprendre la mer lors de l’étape suivante.
Et la course la plus dure du monde, qui a aussi bâti sa légende sur l’aspect «on en prend plein la figure !» n’a peut-être pas forcément envie de voir son ADN s’estomper.


Aussi, l’objectif serait que chaque équipe possède pour un même budget de base deux monotypes : un VO60 pour les étapes au large et un catamaran entre 32 et 50 pieds, équipé d’une aile rigide et évidemment de foils pour les courses in-port. Sur les premiers croquis, ce multicoque ressemble furieusement à un Class AC comme on en voit aux Bermudes en ce moment. Mystère et boule de gomme ? «Nous allons lancer un appel d’offre», explique en conclusion Turner.

Nouveau VOR 2020Dessiné par Guillaume Verdier, le futur monotype de la Volvo Ocean race, qui sera le support de la course à partir de 2020, ressemble à s'y méprendre à un IMOCA !Photo @ Volvo Ocean Race

Des bateaux plus propres et des VO 65 «recyclés»

C’est dans l’air du temps, mais c’est une volonté de la part des organisateurs de profiter de leur course autour du monde pour sensibiliser le public à la pollution dramatique des océans par les matières plastiques. Et Turner de s’appuyer sur des prévisions alarmistes stipulant qu’en 2050, si on ne fait rien, il pourrait y avoir plus de sacs en plastique que d’espèces de poissons !
L’édition 2017 lance donc une campagne qui sera largement diffusée et en fera sa grande cause, soutenue par l’ONU Environnement. Le 8
e et dernier VO65 pourrait même être confié à un tout jeune équipage, financé par des acteurs du développement durable. Enfin, Turner rêve d’un bateau dépensant peu ou pas d'énergie fossile, rappelant que le Néo-Zélandais Conrad Colman a bouclé son Vendée Globe sans une goutte de gazole. Mais ça, c’est une (belle) idée récurrente, et pas forcément compatible avec la logique qui est d’envoyer toujours plus d’images à terre, et dont on sait que leur transmission est terriblement gourmande en énergie.

Media ManL’objectif de réduire considérablement l’énergie fossile à bord des VO65 n’est pas forcément compatible avec la transmission d’images en HD par le reporter embarqué (ou média man) imposé à bord de chaque bateau et qui réclame beaucoup d'énergie.Photo @ Volvo Ocean Race

Enfin, le Britannique souhaite que les actuels VO 65 soient «recyclés», soit pour effectuer des opérations de relation publique aux escales avec les sponsors des équipes, soit afin de pouvoir disputer quelques étapes en course dans une épreuve du type «Global Challenge» pour des marins amateurs rêvant de se «faire mal» et de goûter aux sensations des quarantièmes. L’idée n’est pas saugrenue, loin s’en faut, et pourrait attirer du monde.

Parcours Volvo Ocean RaceLe parcours cette année compte onze étapes et treize régates in-port pour une distance totale de 45 000 milles. Départ de la première étape : le 22 octobre à Alicante (Espagne).Photo @ Volvo Ocean Race
 

Volvo Ocean Race 2017-2018

Les cinq équipes engagées au 18 mai 2017

Team AkzoNobel (HOL, skipper : Simeon Tienpont, HOL)

Dongfeng Race Team (CHI, skipper : Charles Caudrelier, FRA)

MAPFRE (ESP, skipper : Xabi Fernández, ESP)

Vestas 11th Hour Racing (DAN/USA, skipper : Charlie Enright, USA)

Team Sun Hung Kai/Scallywag (HKG, skipper : David Witt, AUS)

Trois autres équipes sont pressenties.

Volvo Ocean RaceLa Volvo Ocean Race quittera Cape Town le 10 décembre 2017 pour rallier Melbourne en Australie distant de 6500 milles.Photo @ Volvo Ocean Race