Actualité à la Hune

Multi 50

Un tri express pour Hervé Cléris

Trois nouveaux trimarans de 50 pieds seront mis à l'eau dans l'été pour Franck-Yves Escoffier, Yves Le Blévec et Hervé Cléris. Comme Escoffier avec VPLP, Cléris s'est appuyé sur des architectes réputés du multicoque, Irens et Cabaret, pour dessiner sa nouvelle monture. Celle-ci doit toucher l'eau début août après seulement cinq mois de chantier ! Visite en cours de construction au chantier Marsaudon de Lorient...

  • Publié le : 14/07/2009 - 08:07

La Classe Mutli 50 profite actuellement de l'absence de ses grands frères de 60 pieds pour se faire une place au soleil. Avec trois nouveaux trimarans dévoilés cet été, elle sera sans nul doute l'attraction de la prochaine Transat Jacques Vabre à destination du Costa Rica en novembre. Trois voiliers dessinés par trois cabinets d'architectes différents. Et dès le chantier, il est intéressant de voir les différentes voies suivies.

Construction multi 50' Prince de Bretagne Le Tri 50 Prince de Bretagne d'Hervé Cléris en construction chez Marsaudon à Lorient. A droite, on aperçoit un trimaran 60 pieds de croisière signé Irens/Cabaret et réalisé dans les moules de Fuji. Photo © Loïc Le Bras Celles du futur Prince de Bretagne d'Hervé Cléris optent pour la performance au large. <On est moins extrême qu'Actual, analyse Benoît Cabaret, co-architecte du bateau avec Nigel Irens. La philosophie du bateau était simplicité, fiabilité et ergonomie du cockpit.>

Dans les faits, cela se traduit par un cockpit très large qui déborde de la coque central, mais dépourvu de moulin à café. Les postes de barre se trouvent en bordure de cockpit, soit une position très exposée aux embruns. <Je voulais une liaison intérieur/extérieur très facile, détaille le skipper Hervé Cléris. C'est pourquoi nous avons opté pour une grande ouverture de descente avec seulement deux marches pour rejoindre une zone humide à mi-hauteur de la coque centrale où se trouvent la table à cartes, la cuisine et une bannette.> Cette coque centrale, construite entièrement en infusion, est assez volumineuse - plus que celle très fine d'Actual en tout cas - et présente une coupe transversale en forme de losange. Des petites virures sur la coque centrale et les flotteurs devraient à la fois renvoyer les embruns vers l'extérieur et détacher les filets d'eau sur les flotteurs.

Quatre hommes pour un tri express De gauche à droite, les architectes Benoît Cabaret et Nigel Irens, le constructeur Samuel Marsaudon et le skipper Hervé Cléris n'ont disposé que de quelques mois pour dessiner et construire Prince de Bretagne. Photo © Loïc Le Bras La première qualité de Prince de Bretagne aura été la rapidité de sa construction. Le contrat signé en novembre, les architectes n'ont eu que trois semaines - au lieu de trois mois habituellement - pour dessiner la coque centrale, et un mois supplémentaire pour les flotteurs ! Une fois les moules réalisés par Charlie Capelle et livrés début mars, le chantier de Samuel Marsaudon ne dispose que de cinq mois pour construire et assembler ce trimaran qui touchera l'eau début août.

Pour des raisons économiques (environ 40 000 euros d'économies) mais aussi de timing serré comme on vient de le constater, les bras sont issus du moule du Fujicolor de Loïck Peyron, trimaran 60 pieds construits en 1999. Ils ont été raccourcis par le milieu pour obtenir la bonne largeur sur ce voilier de 50 pieds. Quoi qu'en dise son architecte français, Prince de Bretagne est plus extrême qu'Actual sur un point : les appendices. La jauge interdit les foils et n'autorise que quatre appendices mobiles, soit généralement trois safrans et une dérive centrale. Pour tenter de limiter la traînée - et au passage contourner un peu la règle anti-foils - Irens et Cabaret ont dessiné deux dérives et deux safrans sur les flotteurs.

La déco de Prince de Bretagne Out la première mouture rouge et verte qui ressemblait involontairement à celle d'Actual. Voici la nouvelle décoration du futur Prince de Bretagne. Photo © Nicolas Gilles Les dérives asymétriques (qui doivent rester verticales à l'arrêt) sont moins larges et présentent moins de traînée qu'une dérive centrale. Le dièdre et la gîte du bateau leur font jouer un léger rôle de foil en navigation.

A ces nombreux avantages en termes de performances s'opposent trois principaux inconvénients.
D'abord l'utilisation, puisqu'à la place d'une dérive centrale à laquelle on ne touche pas dans un virement, Hervé Cléris devra descendre et relever ses deux dérives.
Deuxième point : la manoeuvrabilité du bateau en fera les frais sur les Trophées puisqu'un tel trimaran virera moins bien que celui qui tournera autour de sa dérive centrale. Pour virer de bord, il faudra plonger la dérive au vent au début du virement pour créer un effet croche-pied qui fera pivoter le bateau - et du coup le ralentira. On pourra s'attendre à quelques manques à virer lors des premières sorties ! Et ensuite, il faudra relever la nouvelle dérive au vent avant que le trimaran n'accélère trop...
Dernier inconvénient : en cas de choc avec un OFNI. En l'absence de safran central, seul le safran du flotteur sous le vent aura la charge - dans tous les sens du terme - de la conduite du trimaran. Mieux vaut donc ne rien heurter !

Un trimaran signé Irens/Cabaret Récents architectes d'Idec et Sodeb'O, Nigel Irens et Benoît Cabaret ont dessiné un trimaran pour la performance au large. On voit ici l'importance des dièdres des bras et la coque centrale en forme de losange. Photo © Loïc Le Bras

Pour le Brestois Hervé Cléris, 61 ans, Prince de Bretagne sera son quatrième multicoque de course après un catamaran 40 pieds (plan Lerouge) dans les années 80, un trimaran 40 pieds (plan Newick) en 1988 et son fidèle trimaran 50 pieds (plan Irens) mis à l'eau en 1990 et qui aura effectué vingt transats ! Ex-dentiste depuis une semaine, Cléris s'élancera en novembre sur la Jacques Vabre avec Christophe Dietsch.