Actualité à la Hune

SOLITAIRE URGO LE FIGARO 2018

Une 49e édition plus ouverte que jamais

Trente-six skippers ont pris le départ du Havre, dimanche 26 août, de la première étape de la Solitaire Urgo Le Figaro 2018. Destination la baie de Saint-Brieuc via les côtes méridionales anglaises. En l’absence d’ancien vainqueur de la course pour cette édition, les prétendants à la victoire sont nombreux.
Mais qu’ils soient bizuths ou ayant sur leur palmarès un certain nombre de participations, ils rêvent tous d’aller au bout d’eux-mêmes sur les quatre tronçons à venir les menant également vers la ria de Muros-Noia et Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Impressions avant les 1700 milles s’ouvrant devant leurs étraves.
  • Publié le : 27/08/2018 - 10:00

Une 49e édition plus ouverte que jamaisLe départ de la 49e édition de la solitaire Urgo Le Figaro a été donné dimanche au Havre.Photo @ Yvan Zedda

Honneur aux dames : elles sont cinq sur l’épreuve. avec ses 32 printemps et ses jolis yeux bleus, Joan Mulloy (Taste the Atlantic-The Seafood Journey) débarque pour la première fois sur le circuit Figaro Bénéteau en tant que compétitrice. Préparatrice de la feue Artemis Challenge Academy, entité anglaise préparant les marins anglo-saxons à la course au large, elle en connaissait l’atmosphère. La jeune Irlandaise est la seule femme des huit bizuths de cette Solitaire Urgo Le Figaro.

A quelques heures du départ, le stress commençait à monter pour cette native de Galway : «J’arrive à avoir un moral stable pour l’instant. Je sais que les conditions vont être dures au départ mais comme je suis de la côte Ouest de l’Irlande, la tempête ne me fait pas peur. Je suis là avant tout pour apprendre, mon rêve étant de faire un tour du monde en solitaire. C’est pour moi le plus gros challenge dans une carrière de marin et la meilleure école pour arriver à ce niveau, c’est le circuit Figaro.»

«Je suis la première navigatrice irlandaise à me lancer dans l’aventure. Il est d’ailleurs difficile de trouver des sponsors par chez nous car la presse parle peu de notre sport. Avec mon compatriote Tom Dolan (Smurfit Kappa), qui est également bizuth sur la course, nous avons beaucoup travaillé pour cela. Ce que je souhaite c’est d’être cool sur l’ensemble des étapes et d’en profiter au maximum.»

«Être dans le bon wagon»

Deuxième du classement Bénéteau des bizuths l’an passé et 15e au classement général, récent quatrième de la Transat AG2R La Mondiale en compagnie de Christopher Pratt, Pierre Leboucher (Guyot Environnement) aborde l’épreuve cette fois-ci avec un nouveau sponsor : «Je pars moins dans l’inconnu par rapport à l’an dernier. Mais j’aime bien l’inconnu en général car il n’y a aucune raison de stresser. Avec une année d’expérience, je sais dans quoi je m’engage. Surtout dans la première étape où cela risque d’être long et technique. Avec deux traversées de la Manche plus de la navigation côtière et du rase-cailloux. Qui plus est avec du vent fort au début, puis de la pétole pendant deux jours.»

Une 49e édition plus ouverte que jamaisPierre Leboucher aborde cette 49e édition avec un nouvel état d"esprit et un nouveau sponsor.Photo @ Alexis Courcoux

«Je connais aussi désormais les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Surtout dans les phases de transition. Certes, parfois on peut se refaire dans le petit temps mais il faut quand même être dans le bon wagon. C’est plus dur dans la tête quand tu n’as pas les bonnes cartes en main. Avec mon nouveau sponsor qui va également me suivre sur les prochaines saisons et la société Ardian, cela se passe bien. Ils me donnent les moyens de naviguer dans les meilleures conditions. Et j’ai envie de bien faire pour eux en essayant de ne pas me mettre trop de pression. Le principal pour moi sera de prendre du plaisir au maximum.»

Benjamin Dutreux (Sateco-Team Vendée Formation) a déjà déroulé de la pelote sur l’emblématique épreuve puisqu’il en est à sa quatrième participation. Après un Tour de France à la Voile quelque peu épuisant en juillet avec le Team Ocewood, il a su prendre une peu de repos pour être prêt et motivé dès ce 26 août: «Avec de vrais moyens cette fois-ci, j’ai pu travailler sereinement avec le Team Vendée  cet hiver et cela a changé pas mal de chose pour moi. Surtout qu’il y avait Xavier Macaire (Groupe SNEF) qui est un skipper parfait pour s’étalonner.»

«Je me retrouve avec plus de sérénité, ajoute-t-il. Mon break sur le Tour va peut-être me donner également un peu plus de fraîcheur. Le bateau sur lequel nous avons démâté avec Frédéric Denis sur la Transat AG2R La Mondiale après quatre jours de course est prêt. Gréement neuf compris.»

«Prendre du plaisir»

«Pour mes aspirations, je n’ai pas envie de me brider en me donnant un objectif précis. Je sais que lors de mes dernières épreuves sur le circuit j’étais aux avant-postes alors pourquoi pas rester sur la même dynamique. Sachant malgré tout qu’il y a un plateau de fou. Avec de nombreux favoris et des coureurs comme moi qui jouent un peu leur avenir sportif. Et puis, le fait d’arriver à Saint-Gilles-Croix-de-Vie est super motivant. Mes sponsors ont prévu d’y faire les choses en grand. J’espère donc prendre du plaisir en jouant devant.»

Une 49e édition plus ouverte que jamaisPour sa quatrième participation, Damien Cloarec sera à 80 % de ses capacités physiques.Photo @ Yvan Zedda

Damien Cloarec (SafeRail) en est pour sa part également à sa quatrième présence sur la Solitaire. Blessé en début de saison et ayant dû abandonner dès les premiers milles de la Transat AG2R La Mondiale, le Carantecois croise les doigts pour ne pas connaître de nouveaux soucis de santé : «La saison 2018 est vraiment compliquée et frustrante. J’ai contracté une hernie discale doublée d’une névralgie aux cervicales. Avec une douleur insupportable, genre coup de poignard dans le dos.»

«Au quotidien, assis dans un canapé, tu douilles. Parler de voile est alors impensable. Depuis quatre mois, je suis toujours sous traitement. Kiné : acupuncture, ostéopathie, etc. Pour ma reprise, il y a un mois, j’ai dû apprendre à naviguer autrement. Avec comme objectif d’être au départ au Havre. Quand tu fais de la voile depuis longtemps, tu exécutes des gestes naturellement et c’est là où je dois faire très attention. Tu dois poser le guidon et anticiper vachement.»

«J’ai maintenant l’autorisation de courir mais je suis à 80 % de mes moyens, avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Le but va donc être de ne prendre aucun risque et d’être à l’arrivée, en accord avec mon sponsor. Et surtout parce que je n’ai pas envie de ruiner mes dix prochaines années en voile car à 34 ans, je suis encore jeune dans ce sport. C’est une drogue pour moi. Je m’éclate.»

Alexis Loison (Custo Pol) croise les doigts, d’une toute autre façon. Cela devient même du fétichisme puisqu’il attaque sa treizième aventure sur la Solitaire et rêve de décrocher enfin la timbale : «Je ne sais pas si ce chiffre 13 porte bonheur mais le principal problème c’est que je ne suis pas tout seul à chercher la gagne. La course reste très ouverte, surtout pour ceux qui ont déjà remporté des étapes comme moi ou sont montés sur un podium final. Mais à chaque fois, il y en a un qui sort du chapeau. J’adore le parcours de cette année, avec beaucoup de large et surtout un petit sprint à la fin depuis Saint-Gilles où l’on peut tout perdre ou tout gagner.» 

Deux grands marins

Deux participants 2018, qui savent déjà qu’ils seront l’an prochain sur leur projet IMOCA en vue du Vendée Globe : Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) et Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), sont des favoris légitimes. Mais ils auront la même gnaque que ceux qui sont morts de faim car ils restent deux grands marins.

«Tous les voyants sont au vert pour moi et je suis actuellement deuxième du Championnat de France Élite de Course au large après cinq courses, explique ainsi Charlie Dalin. Cela me donnera de la confiance et une grosse envie. Je le dois bien à mes sponsors qui m’offrent les moyens pour réussir.»

Une 49e édition plus ouverte que jamaisPour tourner en beauté sa page Fogaro, Sébastien Simon se donnera à 100%.Photo @ Alexis Courcoux

Sébastien fait donc partie des épouvantails de cette 49e édition de la Figaro pour ses adversaires. Menant le classement provisoire du championnat, le Sablais Sébastien Simon se projette avec plus de sérénité pour sa cinquième participation alors qu’il avait terminé au pied du podium l’an passé : «Sachant que la voile est un sport d’expériences, je pense avoir eu la chance de progresser très vite.»

«Grâce à la filière Bretagne CMB, je pense que j’ai gagné en maturité pour assumer mon rôle de leader sur cette course. Penser à mon futur 60 pieds Arkéa-Paprec m’a demandé pas mal de travail mais quand je retrouve mon Figaro Bénéteau, je navigue plus libéré qu’auparavant, en prenant du plaisir à tous les instants en me disant que la vie est belle. Quand je suis stressé, je ne suis jamais à 100 % de mes possibilités. Là, comme la page Figaro va se tourner, il faut que je vive à fond ces derniers instants. L’occasion est trop belle et je ne dois pas la rater.»

Course à suivre sur www.lasolitaire-urgo.com